Dimanche 15 avril 2018

3ème dimanche de Pâques

[1ère lecture : Lecture du livre des Actes des Apôtres (Ac 3, 13-15.17-19) – Psaume : (4, 2, 4.7, 9) – 2ème lecture : Lecture de la première lettre de saint Jean (1 Jn 2, 1-5a) – Évangile selon saint Luc (Lc 24, 35-48)

Dimanche dernier, je soulignais combien il est étonnant d’entendre le Christ apparaître à ses disciples en leur disant : « La paix soit avec vous ». « La Paix soit avec vous », est-ce que nous le disons ? Nous pourrions le dire. Dans l’Évangile, il nous est recommandé lorsque nous allons chez quelqu’un, de mettre la main sur la porte avant de frapper et de dire : « Que la paix soit sur cette maison ». Pas notre paix, mais la paix de Dieu. Quel plus beau cadeau que de souhaiter à une communauté, à une famille, à une paroisse, à une société, à nous autres, humains, que la paix soit entre nous !

Le Christ nous donne sa paix, gratuitement, constamment. Il la donne à ses apôtres qui, comme je l’avais souligné, l’ont trahi, l’ont renié, se sont sauvés. Jamais on entend dans la parole du Christ un reproche, bien au contraire. Il cherche constamment à nous relever alors que nous tombons. Jamais le Christ ne juge. Je ne sais pas pour vous, mais je suis parfois fort pour juger, me juger, juger les autres, juger ceux qui ne pensent pas comme moi. Quelle erreur, quelle incompréhension, quelle trahison de la Parole même de Dieu !

Saint Paul, dans la première lecture s’adressant à ceux qui avaient livré le Christ, qui l’avaient condamné, qui avaient tué le Prince de la Paix, leur demande « simplement » de se convertir. Il ne leur fait pas de reproche, ne les accuse pas, mais les relève et leur dit : « Convertissez-vous, tournez-vous vers Dieu et vos péchés seront effacés ». Oui, la Parole du Christ à travers les évangiles, la Parole de Dieu à travers la Bible, est constamment une parole qui relève, qui élève.

Alors nous, chrétiens, il est de notre responsabilité d’avoir la même parole, de parler comme Lui, de ne pas juger, de ne pas condamner, de ne pas critiquer, mais de témoigner. Pour cela, il n’y a qu’une manière, une seule manière, il nous faut – et c’est l’expression d’un père dont j’ai oublié le nom, Isaac le Syrien, peut-être ? – : « Nager dans les évangiles ». Nous sommes appelés à nager dans la Parole de Dieu. Cela signifie : nous immerger dans la Parole de Dieu. Ce n’est pas nous qui allons comprendre la Parole de Dieu, c’est Dieu qui va nous la faire comprendre. En lisant ce passage ce matin, cette Parole du Christ : « Il leur ouvrit leur intelligence à la compréhension des écritures », je n’ai pu m’empêcher de penser à certains moments de mes études de théologie où l’on nous inculquait des vérités, du type : « Croire pour comprendre et comprendre pour croire », comme si l’intelligence humaine pouvait à elle seule comprendre Dieu. Nous ne le pouvons pas, mais Dieu, Lui, peut se donner à comprendre. Je trouve que la démarche est beaucoup plus belle et beaucoup plus humble.

Alors, peut-être, qu’éclairés par la lumière de Pâques, à travers ce cierge pascal, éclairés par le dimanche de la Miséricorde que nous avons fêté, nous pourrions demander à Dieu, en toute humilité, pauvrement : « Seigneur, donne-moi de comprendre ta Parole. Donne-Toi à comprendre afin que je puisse en vivre ».

La compréhension de la Parole de Dieu ne se prend pas, elle se reçoit.

Soyons de bons récepteurs.

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Dimanche 8 avril 2018

Fête de la Divine Miséricorde

[1ère lecture : Lecture du livre des Actes des Apôtres (Ac 4, 32-35) – Psaume : (117 (118), 2-4, 16ab-18, 22-24) – 2ème lecture : Lecture de la première lettre de saint Jean (1 Jn 5, 1-6) – Évangile selon saint Jean (Jn 20, 19-31)

Je ne sais pas si c’est la lumière de Pâques ou si c’est la lumière des rayons qui émergent du Christ de la Divine Miséricorde, mais il m’a semblé cette semaine ne pas voir les choses de la même manière. Il m’a semblé que des choses, qui auraient dû être évidentes, ne l’étaient pas. Ainsi, aujourd’hui, dans l’Évangile, une phrase m’a frappé : « La paix soit avec vous ». Nous sommes habitués à cet évangile de Thomas, nous le connaissons. Nous connaissons cette parole du Christ, c’est d’ailleurs ainsi que les évêques commencent les célébrations : « La paix soit avec vous ». Mais quand on replace cette phrase dans son contexte, sa puissance devient infinie. Quel est le contexte ? Jésus est entré à Jérusalem le dimanche des Rameaux avec ses disciples, tous contents de le voir acclamé. Le Jeudi Saint, après que Judas ait été le « vendre » au grand prêtre, Il leur annonce ce qui allait se passer, leur lave les pieds, institue l’Eucharistie et leur demande de veiller avec Lui. Ils ne veillent pas, ils s’endorment. Alors que le Christ se déclare « triste jusqu’à en mourir », Il se retrouve seul, car ses disciples dorment. Le lendemain, le Christ est jugé, de manière abjecte, Il est humilié, fouetté, couronné d’une couronne d’épines. Pierre, le fidèle, le renie. Judas, quant à lui, l’un des douze qui l’avait suivi dans son ministère, se suicide. Le Christ meurt. A l’annonce de sa mort, nombre de disciples quittent Jérusalem, s’en vont sur les routes d’Emmaüs et ailleurs. D’autres se terrent par crainte de subir le même sort que Jésus.

Jésus commence à apparaître, aux femmes tout d’abord, comme nous l’avons vu. Aujourd’hui, à ses disciples, et en apparaissant à ses disciples, Il aurait pu leur dire : « Vous n’êtes pas très glorieux. Vous n’avez pas veillé avec moi. Vous n’avez pas cru à mes paroles. Vous n’avez pas cru que j’allais ressusciter. Toi, Pierre, tu m’as renié, Judas, qui est mort, m’a trahi. Il y en a d’autres qui sont déjà bien loin de Jérusalem ». Et pourtant, aucun reproche ! Aucun reproche de la part de Dieu ! Une seule parole : « La paix soit avec vous ». Cette parole du Christ, remise dans son contexte, illustre de manière lumineuse la miséricorde divine.

Je vous l’avais dit déjà, mais Isaac le Syrien, au IVe siècle, écrivait « que le sable de nos péchés n’est rien par rapport à l’océan d’amour de Dieu ». Mais il nous faut en faire l’expérience, il nous faut goûter cette miséricorde quand le Christ nous élève du bourbier dans lequel nous sommes. Quand le Christ nous élève, Il nous demande alors de devenir comme Lui : « Soyez miséricordieux comme le Père est miséricordieux ». Je constate, personnellement dans ma vie, qu’il y a des objets matériels auxquels je prête le plus grand soin : des objets de famille dans des vitrines, je les époussette régulièrement pour qu’ils gardent leur éclat. Cette croix, elle-même, qui m’a été donnée par un prêtre oriental le jour de mon ordination et qui m’unit sans cesse à tous ces chrétiens d’Orient persécutés, j’y tiens, j’en prends soin. Pourtant la lumière de Pâques et la lumière de la Divine Miséricorde ont éclairé mon cœur. J’ai alors constaté que, si je prenais soin d’objets matériels, je prenais moins soin de certains mots : le mot « amour », le mot « pardon », le mot « miséricorde ». Or ces mots quand on ne les vit pas, on les abîme, on les ébrèche, on cache leur éclat. Quand nous ne savons pas pardonner comme Dieu et gardons de la rancune, nous abîmons le mot « pardon ». Quand nous ne savons pas aimer comme Dieu, non seulement ceux qui nous aiment, mais ceux et celles qui ne nous aiment pas, nous abîmons le mot « amour ». Quand nous ne savons pas tout au long des jours témoigner de la miséricorde de Dieu envers et contre tout, nous abîmons le mot « miséricorde ». Quand nous jugeons les autres, quand nous critiquons les autres, quand nous nous estimons supérieurs aux autres, nous abîmons le mot « frère ».

Alors oui, aujourd’hui, en cette fête de la Divine Miséricorde, puissent les yeux de notre cœur s’ouvrir comme le cœur du Christ Lui-même, afin que nous puissions dans nos vies glorifier ces mots : amour, paix, pardon, miséricorde, réconciliation. Afin que nous puissions glorifier le nom qui est au-dessus de tout nom, le nom de Jésus-Christ. Parce que, lorsque nous ne vivons pas en chrétien, nous défigurons son nom, nous le faisons saigner comme avec une couronne d’épines, nous le clouons de nouveau.

Dans cette Octave de Pâques, cette fête voulut par Jean-Paul II est la bienvenue. De la lumière de la Résurrection, elle nous amène à la lumière de la Miséricorde. C’est ça être chrétien. Être chrétien, c’est être animé par la lumière de Dieu. Non pas cette lumière extérieure qui est devant nous, mais cette lumière intérieure qui brille au plus profond de nous. Nous devons croire à la miséricorde de Dieu. A Poitiers, nous avons eu la chance que sœur Josépha parle de la Miséricorde alors qu’elle était aux Feuillants. La vie a voulu que sœur Josépha soit oubliée, que sa cellule où elle logeait soit une chambre d’EPAD, et que l’église où elle a vu le Christ soit vendue. Mais Dieu est persévérant, Il a suscité sainte Faustine pour rappeler que la miséricorde de Dieu est plus forte que tout, plus forte que notre péché, plus forte que notre noirceur.

Alors oui, ce jour de la Divine Miséricorde nous invite à nous mettre devant les rayons d’amour de Dieu qui sont sur ma chasuble, devant le cœur de Dieu. Ce n’est pas de nous-mêmes que nous effacerons la noirceur, ce sont les rayons de la miséricorde divine.

Alors, pendant quelques instants, en écoutant la voix de Dieu qui appelle les hommes, confions nous à sa miséricorde.

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Dimanche 1er Avril 2018

Fête de Pâques

[1ère lecture : Lecture du livre des Actes des Apôtres (Ac 10, 34a.37-43) – Psaume : (117 (118), 1.2, 16-17, 22-23) – 2ème lecture : Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens (1 Co 5, 6b-8) – Évangile selon saint Jean (Jn 20, 1-9)

Comme les disciples, qui ont couru jusqu’au tombeau, nous avons pu, ou non, nous entraîner, pour vivre ces jours de Pâques, durant quarante jours de Carême. Le Carême est un entraînement, en effet, pour nous préparer à vivre trois jours à la fois hors du temps et inscrits dans le temps. Durant le Carême, nous avons pu, ou non, les uns et les autres, consacrer plus de temps au Seigneur, le prier, lire la Parole de Dieu, prendre du temps dans un cœur à cœur individuel. Nous avons pu aussi, ou non, nous consacrer aux œuvres de Miséricorde et aider ceux et celles qui n’ont rien, ceux et celles qui souffrent. La croix que je porte à la main, qui m’a été donné le jour de mon ordination par un prêtre copte catholique, nous rappelle qu’aujourd’hui des chrétiens souffrent pour leur foi, qu’aujourd’hui, alors qu’il peut nous arriver d’être tièdes, des chrétiens meurent pour leur foi, et quand je tiens cette croix à la main, je ne peux m’empêcher d’y voir le sang des martyrs.

Durant ces quarante jours, nous avons préparé notre cœur au Seigneur, et pour cela nous avons pu, ou non, mettre une garde à nos pensées, tournant celles-ci vers le Seigneur. Nous avons pu aussi, ou non, mettre une garde à nos lèvres, afin de ne pas dire tout ce qui nous passe par la tête, et être vigilants sur nos paroles : pas de jugement, pas de condamnation, pas de colère, pas de révolte, mais uniquement, comme le Christ, des paroles d’amour. Nous avons pu aussi, ou non, mettre une garde à notre cœur, et ne pas laisser entrer dans notre cœur ce que l’on appelle les pensées impures, celles qui nous éloignent de Dieu.

L’Église, pour nous aider à vivre le Carême, inspirée par l’Esprit et à la demande du Christ, nous a invités à nous réconcilier avec Dieu. Nombreux fûtes-vous à être allés vous confesser. Ce sacrement que le Concile Vatican II n’a en rien supprimé… Ce n’est pas facile de se confesser – je parle pour moi -, reconnaître devant un autre que l’on n’est pas parfait !… Que l’on n’est pas exceptionnel ! Et qu’il y a dans nos vies des zones d’ombre, et que, parfois/souvent, nous succombons à Satan le diviseur. Tout cela nous rend honteux. Mais qu’est-ce que cette honte ? Elle est surmontée par l’esprit d’humilité. Aurions-nous honte d’aller nous confesser alors que le Christ, le Fils de Dieu, Lui, s’est laissé humilier par les hommes, fouetter, couronner d’une couronne d’épines et crucifier. Ce sacrement de réconciliation a pour objectif de nous guérir de nos maladies, de nos maladies spirituelles. Mais parfois, nous ne les voyons même plus, d’où l’importance pour les uns et pour les autres, si nous voulons réellement progresser spirituellement, d’aller voir régulièrement ce que l’on appelle un père spirituel : un prêtre, un religieux, une religieuse, un laïc, formés à l’accompagnement. Aucun d’entre-nous n’est lucide sur lui-même – je parle pour moi – et je sais que, personnellement, j’ai besoin de rencontrer mon père spirituel régulièrement, pour qu’en miroir, il me renvoie ce qui est beau dans ma vie et ce qui l’est moins, et de ces dialogues fructueux sortent toujours du bien, du beau, du grand.

Tous ces efforts, durant cette période de Carême, ont eu pour objectif de nous faire vivre ces trois jours exceptionnels : Jeudi Saint, le lavement des pieds. Le Christ, le Fils de Dieu, se met à genoux devant ses disciples. Une invitation pour nous à ne nous croire jamais supérieurs aux autres, mais à être capables de nous mettre à genoux devant notre frère, notre sœur en qui rayonne l’image de Dieu. Jeudi Saint, institution de l’Eucharistie. Le Christ nous donne son corps et son sang, nous invitant à reproduire ce geste à chaque messe, et depuis deux mille ans, les chrétiens continuent de célébrer l’Eucharistie. 96 % des catholiques n’ont pas compris que ce sacrement n’est pas optionnel et que l’on ne va pas à la messe quand on a envie ou quand on a rien d’autre à faire. S’il y a un rendez-vous important dans la semaine, un rendez-vous capital, c’est bien la messe ! Ne nous en privons pas. Sachons dégager du temps pour Dieu, qui a donné sa vie pour nous. Invitez d’autres à le faire et à nous rejoindre, parce que le corps et le sang du Christ sont liés à la Résurrection : « Qui mange mon corps et bois mon sang aura la vie éternelle ». Avons-nous envie de nous couper de la vie éternelle ? Certainement pas. C’est pourquoi la messe est fondamentale. C’est pourquoi préparer notre corps, cœur, âme, est fondamental. Si nous estimons que l’image de Dieu est voilée en nous, que notre cœur est malade, alors de nouveau, n’hésitons pas avant la messe à aller nous confesser pour nous préparer à recevoir le Christ dans un cœur pur.

Mais de ces trois jours, le plus important, à mes yeux, le plus original, le plus surprenant, c’est le Vendredi Saint. Le Vendredi Saint, Dieu meurt, et nous ne pouvons pas, au risque d’aménager la religion à notre sauce, passer du Jeudi Saint au Dimanche de la Résurrection. Le Vendredi Saint, le Christ donne sa vie. Il meurt. En disant cela, je suis moi-même surpris. Dieu meurt par amour pour nous. Mais de quoi meurt-Il ? Des coups de fouets, des lacérations, de la couronne d’épines, des clous plantés dans son corps, de la lance transperçant son côté ? Non. Les textes lus le Vendredi Saint sont d’ailleurs étonnants. En effet, le Christ meurt avant les deux larrons qui sont autour de Lui. Pilate est surpris d’une mort aussi rapide. Les mystiques nous disent que le Christ n’est pas mort des coups, que le Christ n’est pas mort des clous : le Christ est mort de notre mort. Notre mort spirituelle, quand nous sommes loin de Dieu. Le Christ s’est chargé de nos péchés. Il est devenu, selon l’expression de saint Paul, péché. Ce qui tue Dieu, c’est notre mort spirituelle. Ce qui tue Dieu, c’est notre tiédeur. Ce qui tue Dieu, c’est notre colère, ce qui tue Dieu, ce sont nos jugements, ce qui tue Dieu, ce sont nos manques d’amour. C’est cela qui a tué le Christ le Vendredi Saint. Le Christ est mort de notre mort, et Il nous appelle à la vie. Survient alors le dimanche, la Résurrection, qui, au final, n’a rien d’étonnant en fait. En effet, le Christ est le Prince de la Vie, Il ne pouvait que ressusciter et vaincre la mort. Mais Il l’a vaincu pour nous montrer que notre mort spirituelle peut être vaincu à tout moment si nous nous tournons vers le Christ. Le bon larron l’a bien compris, criminel certainement, juste avant de mourir, il s’est tourné vers Dieu en demandant pardon, et Dieu l’a accueilli immédiatement.

Vous le voyez, ces trois jours s’articulent harmonieusement : le Jeudi, le Christ institue l’Eucharistie, le vendredi, Il meurt de notre mort, mais cette mort n’aura pas le dernier mot car le dimanche, Il ressuscite. En effet, Dieu nous connaît. Il sait, et je parle pour moi, que nous sommes faibles, que nous tombons régulièrement, et que nous avons besoin de Lui pour nous relever. Il nous relève sans cesse, et c’est ce en quoi nous devons avoir foi : dans la Miséricorde de Dieu. Isaac le Syrien, un père du désert du VIe siècle, disait que « le sable de nos péchés n’est rien par rapport à l’océan d’amour de Dieu ». Dieu ne sait qu’aimer. Dieu est amour. C’est nous qui ne savons pas nous laisser aimer.

En ce jour de Pâques, laissons-nous aimer. Sachons durant les mois, les années à venir, nous réconcilier régulièrement avec Dieu à travers le sacrement de Réconciliation. Ne nous privons pas de l’Eucharistie et invitons ceux et celles qui y vont rarement à y venir tous les dimanches. Chaque messe est un recommencement, chaque messe est une résurrection, non seulement celle du Christ, mais la nôtre. Un chrétien ne désespère jamais. Un chrétien est un être debout. C’est ce que nous célébrons aujourd’hui. Pendant quelques instants, dans le secret de nos cœurs, sachons nous tourner vers le Christ, vers le cierge pascal illuminé pour la première fois cette nuit, ici même. Dieu est amour, laissons-nous aimer. Sachons dans nos cœurs lui dire merci. Sachons dans nos cœurs, nous laisser aimer. Sachons dans nos cœurs, nous laisser pardonner.

Alors nous vivrons en ressuscités en ressuscité.

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Samedi 31 mars 2018

Veillée Pascale

[1ère lecture : Lecture du livre de la Genèse (Gn 1, 1 – 2, 2) – Psaume : (103 (104), 1–2a, 5–6, 10.12, 13–14ab, 24.35c) – 2ème lecture : Lecture du livre de la Genèse (Gn 22, 1–18) – Évangile selon saint Marc (Mc 16, 1-7

Aujourd’hui, vers 19h, la nuit commençait à tomber. L’obscurité prenait peu à peu la place du jour. Les uns et les autres, nous étions chez nous et comme tous les soirs, nous vaquions à nos occupations, peut-être avec une certaine habitude. Les yeux des plus jeunes commençaient à se fermer, le sommeil prenait ses droits. Dehors, le soleil rougeoyant donnait à la nature un autre visage. Ce qui nous était familier semblait étrange, différent. Ce qui avait paru réel pendant la journée revêtait une autre apparence. Mais nous ne faisions pas attention.

Telle est un peu la métaphore de nos vies. C’est une question, mais est-ce que, très souvent, nous ne sommes pas, selon l’expression désormais consacrée « en pilote automatique », agissant finalement avec habitude ? Est-ce que parfois dans nos vies, nos yeux voient le réel tel qu’il est, ou bien est-ce que l’assoupissement ou l’obscurité ne donnent pas à celui-ci une autre apparence ? Notre cœur lui-même peut être touché, et, comme nos paupières, il peut se faire lourd et habitué. Ce qui devrait nous paraître inacceptable, nous paraît alors acceptable. Nous croyons vivre, mais nous ne vivons pas vraiment, nous survivons, nous nous agitons. Nous croyons « être » au milieu d’un « faire » omniprésent, guidé souvent par « l’avoir », mais nous ne sommes plus, nous survivons.

Mais ce soir fut un soir différent : les uns les autres, nous avions rendez-vous. Nous nous sommes mis en route alors que l’obscurité se faisait plus forte. Ce qui nous a réuni : un feu, un feu béni, où le cierge pascal, désormais bien au milieu de notre célébration, a été allumé, représentant le Christ, la Lumière du Christ. C’est à ce cierge que les uns et les autres nous avons éclairé nos bougies et nous avons avancé, notre procession perçant l’obscurité. La lumière a vu le jour, et nous sommes arrivés dans cette église abbatiale en chantant : « Réveille-toi, ô toi qui dort. Réveille-toi d’entre les morts ». Mais est-ce que nous avons compris que c’est de nous qu’il s’agissait ? Que l’endormi ou le mort, c’était nous ? Le Christ est venu nous réveiller, nous ressusciter, nous provoquer à sortir de nos certitudes, de notre univers connu. Il est venu pour nous éclairer, et le cierge que vous aviez à la main, et que vous aurez encore tout à l’heure, est la représentation visible de la lumière qui brille dans vos cœurs, Parce que ce soir, c’est la fête de la lumière, nous fêtons la résurrection du Christ, Il a vaincu la mort. Il a vaincu notre mort. Il est venu nous ressusciter, nous réveiller, nous inviter à nous lever. C’est ce que nous avons fait.

Mais l’habitude est forte, le pilote automatique aussi, et peut-être avons-nous été vigilants à la première Lecture, mais ensuite notre âme, notre cœur s’est assoupi, nos pensées se sont mises à vagabonder, nos pensées ont quitté cette église, notre corps restant présent. Nous nous sommes interrogés : « Mais, au fait, nous en sommes à combien de lectures ? Vont-elles faire les sept ?». Oui, l’habitude, l’endormissement, la mort reviennent rapidement !

Alors, il nous a fallu faire un effort, et à chaque fois revenir dans cette église, rassembler nos pensées, rassembler notre attention et être vigilants. Le fait de se lever a pu nous y aider, et encore, ne l’avons-nous pas fait mécaniquement parfois ? Avons-nous compris ces lectures ? Avons-nous compris le sens de ces lectures ? C’était long, oui, j’en conviens, mais il est fondamental de rappeler que, depuis l’origine, Dieu aime l’homme. Dieu est un passionné de l’homme, mettant en lui son image comme il était dit dans le Livre de la Genèse, et appelant l’homme à la ressemblance. Il inaugurait avec lui une histoire sainte qui s’est déployée au fil des temps, à travers le Premier Testament. Avons-nous perçu que les fils d’Abraham, c’était nous, aujourd’hui ? Avons-nous perçu que l’Église était déjà en naissance, et qu’aujourd’hui, elle est là réunie autour du Christ ? Avons-nous été capables de veiller un peu plus d’une heure, ou avons-nous été comme les apôtres hier qui se sont endormis dans la nuit du jeudi au vendredi, et qui n’ont même pas été capables de veiller une heure avec le Christ ? Dieu ne veut pas des endormis. Dieu ne veut pas de morts. Dieu veut des êtres réveillés, vigilants, ressuscités, et c’est que nous sommes appelés à être.

Nous voulons un monde meilleur, nous voulons que l’Église soit blanche, immaculée, resplendissante, qu’elle annonce au monde la Bonne Nouvelle. Devenons immaculés, devenons resplendissants. Que tous ceux et celles qui nous croiseront à l’issue de cette célébration, et durant les mois à venir, puissent dire : « Mais qu’elle est cette lumière qui brille dans ses yeux, rien ne semble l’abattre ? ». Il est, elle est, debout. Oui, si nous ne voulons pas tout à l’heure nous endormir de nouveau en disant : « Ce fut long, ce soir ! J’aurai du mal à me lever demain », si nous ne voulons pas qu’il en soit ainsi, puisons nos forces dans la lumière.

Nous avons fait l’expérience durant cette veillée de notre faiblesse, de notre absence de vigilance. Demandons au Seigneur, supplions-Le, de devenir des êtres vigilants et éveillés comme le furent ceux qui ont précédé les sœurs : les Pères du désert. Des Pères neptiques, les appelait-on, des « éveillés », des vigilants, des êtres debout. Le Christ a besoin de nous. Le Christ a besoin de chacun d’entre-nous. A vue humaine, nous sommes parfois tentés de désespérer, mais si nous supplions Dieu, si nous crions, l’avenir peut être différent ; l’avenir de l’Église, et à travers cet avenir l’avenir du monde. Ne baissons pas les bras, que nos églises soient pleines tous les dimanches, que nous ne soyons pas des chrétiens fatigués, que nos liturgies soient belles, que le sacré reprenne sa place au sein de nos églises, car ce sacré nous renvoie du visible à l’invisible. Que nos vies elles-mêmes deviennent sacrées, que tout acte dans nos vies devienne sacré : manger en rendant gloire à Dieu, dormir en nous laissant glisser dans ses bras, nous lever en nous levant avec Lui, parler comme Lui aurait parlé, regarder comme Lui regarde, écouter comme Lui sait écouter. Je puis vous l’assurer, si réellement nous devenons ainsi, oui, demain sera différent, demain sera lumineux. Il ne dépend que de nous, que de chacun d’entre-nous.

Que ce cierge, que cette lumière, qui semble si fragile, resplendisse dans le monde entier. C’est ce que le Christ nous demande. C’est là notre vocation de baptisés. Amen.

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Dimanche 25 mars 2018

Fête des Rameaux

[1ère lecture : Lecture du livre du prophète Isaïe (Is 50, 4-7) – Psaume : (21 (22), 8-9, 17-18a, 19-20, 22c-24a) – Lecture de la lettre de Saint Paul apôtre aux Philippiens (Ph 2, 6-11) – Évangile selon saint Marc (Mc 14, 1-15, 47)

Hier, à quelques heures du début de la Semaine Sainte, une certitude m’a déchiré l’esprit. Certitude confirmée par l’Oraison qui a été lue au début de cette célébration. Cette semaine, où allons-nous nous trouver ? Où serons-nous ?

Certainement pas sur le bord du chemin en spectateur. Ce n’est pas la place des baptisés. Cette Semaine Sainte, nous n’allons pas « assister » à la mort et à la résurrection du Christ : nous allons la vivre au plus profond de notre cœur. Nous ne serons pas sur le côté, mais nous serons avec Lui et en Lui.

Le Jeudi Saint nous rappellera que nous sommes appelés les uns et les autres à nous mettre à genoux devant nos frères pour leur laver les pieds, en position de serviteur, car le Christ nous a appelés à faire comme Lui. Ce Jeudi Saint, avec le prêtre qui agit durant la célébration in persona Christi, nous rendrons grâce à Dieu, nous célébrerons l’Eucharistie comme si c’était la première. Je vous invite, ce jour-là, à prier de manière intense, pour que le Seigneur envoie des prêtres, pour que des vocations surgissent, car, je le dis souvent, il n’est pas d’Église sans Eucharistie. Il n’y a pas d’Eucharistie sans prêtre.

Le Vendredi Saint, nous « n’assisterons » pas à la crucifixion du Christ, nous la vivrons dans notre chair comme si c’était la nôtre. Nous crucifierons en nous l’ego, les passions, et nous nous rappellerons qu’être chrétien, c’est être prêt à donner sa vie et à laisser couler son sang si c’est nécessaire. En France, cela semble être une clause de style, mais nous savons bien que, dans nombre de pays, les chrétiens sont persécutés, humiliés, massacrés, crucifiés, égorgés, et cette croix, que je porte aujourd’hui à la main, qui m’a été offerte par un prêtre copte catholique le jour de mon ordination, est là pour nous rappeler le prix du sang. Je ne peux, évidemment, m’empêcher de penser à Arnaud, ce gendarme qui a donné sa vie pour un otage, et qui lors de son agonie, la nuit, a eu à ses côtés un prêtre, ce prêtre qui devait bientôt le marier, ce prêtre qui, la nuit de sa mort, lui a donné l’extrême-onction. Oui, nous, catholiques, n’espérons pas avoir un sort meilleur que celui du Christ, et soyons prêts à verser le prix du sang.

C’est alors que, le Samedi Saint, nous n’assisterons pas à la résurrection du Christ. Nous la vivrons intensément, parce que le Christ est ressuscité, et que nous allons ressusciter avec Lui. C’est une tragédie de voir qu’aujourd’hui nombre de catholiques, y compris pratiquants, ne croient pas à la Résurrection. Je le redirai dimanche prochain, mais la Résurrection est le centre de notre foi. Comme le dit saint Paul : « Si nous ne croyons pas à la Résurrection, notre foi est vaine ». Le Christ n’est alors qu’un philosophe, un sage, un penseur, et nous savons qu’Il est bien plus que cela.

Ne soyons pas des spectateurs, mais vivons cette semaine intensément, avec le Christ. Soyons prêts, s’il le faut, à retrouver ce que les pères du désert faisaient : ces « agripeni », autrement dit, ces veilles nocturnes où durant une heure, nous serons capables de rester en prière avec le Christ.

Il a donné sa vie pour nous. Cette semaine, donnons-Lui ce qu’il y a de plus précieux : notre temps. Chaque instant avec le Christ sera pour chacun d’entre-nous un instant d’éternité.

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Dimanche 18 mars 2018

5ème dimanche de Carême

[1ère lecture : Lecture du livre du prophète Jérémie (Jr 31, 31-34) – Psaume : (50 (51), 3-4, 12-13, 14-15) – Lecture de la lettre aux Hébreux (He 5, 7-9) – Évangile selon saint Jean (Jn 12, 20-33)

Aujourd’hui se termine le cycle des homélies de Carême qui avait pour thème : « Fais fleurir ton cœur ». Mais, avant d’aborder celui-ci, j’aimerais revenir sur la finale de cet évangile de Jean. Cette finale, vous l’avez perçue, nous alerte sur l’intensité dramatique de ce que nous allons vivre à partir de dimanche prochain. Dans cette finale, il n’est pas question d’élégance des mots ou d’éloquence, il est question de Jésus, le Fils de Dieu, qui sait exactement ce qui va arriver. Imaginez-Le, Lui le Fils de Dieu, Lui qui n’a eu de cesse de nous enseigner que Dieu est amour, que Dieu nous aime, que nous sommes appelés à l’aimer profondément et à aimer nos frères comme nous-mêmes. Lui, qui a guéri des malades, ressuscité des morts, calmé des tempêtes, sait qu’Il va être trahi, qu’Il va être abandonné par la plupart de ceux et celles qui le suivaient. J’imagine la peine intérieure que le Christ, le Fils de Dieu, vrai Dieu et vrai homme, a pu ressentir. Cette intensité dramatique de cette finale sonne pour nous – ou du moins pour moi, à chacun de voir comment elle résonne – comme un avertissement : comment vais-je vivre les jours qui me séparent de Pâques ? Dans l’insouciance ? Dans la précipitation des journées ? Ou dans un cœur entièrement tourné vers le Fils de Dieu qui va donner sa vie ? Vais-je dégager plus de temps pour être proche de Lui ? Pour lire sa Parole ? Pour contempler la croix, contempler l’amour ? et si je n’ai pas bien vécu ces quatre dernières semaines de Carême, il en reste une, intense, pour se préparer à Pâques. Alors oui, ne perdons pas notre temps et cette semaine, vivons-là intensément.

Pour nous y aider, quelques pistes sur le thème « Fais fleurir ton cœur ». Les lectures d’aujourd’hui, que ce soit la première ou l’Évangile, vont nous y aider. Vous le savez, un jardinier jette les graines en terre. Celles-ci vont disparaître pour donner place à des germes et ensuite à de jeunes pousses qui, quelle que soit l’espèce, vont grandir et à leur tour porter du fruit. Ce passage, de la disparition de la graine à sa germination jusqu’à sa croissance, est un peu, aussi, le passage que connaît le jardinier. De débutant qu’il était, il a appris au fil des semaines, des mois, des années, les contraintes de la terre et des saisons. Il a appris que sa bonne volonté ne suffisait pas et qu’il fallait savoir écouter la nature. Le jardinier, comme le jardin, mûrit au fil des années. Il en est ainsi dans notre vie spirituelle, nous sommes appelés les uns et les autres à mûrir au fil des années, à grandir. Le piège, nous le savons, c’est de nous habituer aux années liturgiques, aux fêtes, et de croire que toutes les années se ressemblent. Aucune n’est identique spirituellement, car chaque année, si nous en prenons la peine, si nous savons être vigilant, si nous sommes de plus en plus en contact avec Dieu, nous allons grandir et porter peu à peu du fruit. Mais il y a d’autres graines extrêmement importantes dans la vie spirituelle.

Ces graines, Dieu les a semées dans notre cœur et la première lecture nous rappelle que la loi de Dieu est inscrite dans nos cœurs : Dieu a créé l’homme à son image, Il a semé en lui des graines qui ont le potentiel de se développer, si nous le laissons se développer.

Je n’en citerai que quelques-unes : la Foi, ce qui nous fait suivre le Christ deux mille ans plus tard. La conviction qu’Il est le Fils de Dieu, et la confiance que nous avons en Lui au quotidien. L’Espérance : quel que soit le temps, gris ou ensoleillé, quelle que soit l’actualité, légère ou dramatique, quelle que soit notre vie, insouciante ou tragique, un chrétien ne désespère pas. La Charité enfin : l’amour, cette graine est en nous parce que Dieu est amour et qu’Il veut qu’à notre tour, comme le disait l’Oraison de départ de cette messe, nous puissions l’imiter, devenir comme Lui. Aimer comme Lui. L’amour de Dieu n’est pas conditionnel. L’amour de Dieu est un amour inconditionnel. Nous n’aimons pas uniquement que ceux et celles qui nous ressemblent, nous sommes appelés à aimer chaque être humain, ce qui humainement est impossible du fait de notre ego, de nos limites, de nos emprisonnements, mais, avec l’aide de Dieu, nous pouvons devenir amour. Trois graines : Foi, Espérance, Charité, mais il y en a d’autres : Prudence, Tempérance, Force, Courage, et bien d’autres encore. Notre cœur peut devenir un jardin merveilleux. Mais nous le savons, comme le jardin, notre cœur peut aussi être envahi de mauvaises herbes, et ces mauvaises herbes polluent notre existence, nous freinent, et elles poussent très jeunes – il y a beaucoup de jeunes parmi nous – il n’y a pas besoin d’être adulte pour être égoïste, il n’y a pas besoin d’être adulte pour être en colère, il n’y a pas besoin d’être adulte pour dire du mal des autres, des enfants peuvent le faire, parce que ces graines, ces mauvaises graines sont là aussi.

Alors, que faire ? Contrairement à ce qu’enseigne une certaine agriculture aux jardiniers, la vie spirituelle ne nous encourage pas à nous acharner sur les mauvaises herbes, avec des pesticides ou bien d’autres poisons encore. Dans la vie spirituelle, et les Anciens nous le montrent, il nous suffit de faire pousser ce qu’il y a de plus beau en nous. De faire pousser, avec l’aide de Dieu, ces graines qu’Il a déposées dans notre cœur avec délicatesse, et les mystiques nous le disent tous, en faisant pousser ces graines, les mauvaises disparaissent. Vous êtes égoïstes, nous sommes égoïstes, nous sommes médisants, faisons pousser l’amour et la charité. Nous sommes pessimistes, constamment à râler, faisons pousser l’espérance. Nous ne nous faisons pas confiance à nous-mêmes, nous ne faisons pas confiance aux autres et à l’avenir, faisons pousser cette graine de la confiance que Dieu a semée en nous.

Vous le voyez, notre travail de jardinier intérieur ne va se terminer aujourd’hui, il va continuer. Parce que le jardin n’est pas dehors, il est dedans. Parce que Dieu n’est pas dehors, Il est dedans.

Cette semaine, peut-être plus intensément que d’habitude, vivons trois choses : la Foi, l’Espérance et la Charité. Si chaque jour nous vivons ces trois choses, alors nous serons prêts, avec le Christ, à entrer dans Jérusalem. Amen.

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Dimanche 11 mars 2018

4ème dimanche de Carême

« Fais  fleurir ton cœur » (4/4)

[1ère lecture : Lecture du deuxième livre des Chroniques (2 Ch 36, 14-16.19-23) – Psaume : (136 (137), 1-2, 3, 4-5, 6) – Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens (Ep 2, 4-10) – Évangile selon saint Jean (Jn 3, 14-21)

Dès le Premier Testament, Dieu nous a prévenu : « Mes pensées ne sont pas vos pensées ». Nous savons bien que les pensées de Dieu sont extrêmement élevées, et nous, humains, avons bien du mal à entendre, écouter, comprendre, pratiquer ce que Dieu nous demande. Dieu a envoyé son fils dans le monde. Dieu s’est fait homme, et Jésus le Christ, le Fils de Dieu, a enseigné. Tout au long de ces premiers deux mille ans d’histoire d’Église, les hommes ont interprété cette Parole. Interprétation, fruit de leur histoire, fruit de la culture, fruit de l’époque. Quand on regarde en arrière, on s’aperçoit, qu’au fil des siècles, il y eut de multiples manières d’interpréter la Parole de Dieu. Ce n’est pas étonnant car l’homme a beau lever les mains, il n’arrive pas à La saisir dans toute sa plénitude.

Aujourd’hui, dans le cadre du cycle de Carême intitulé « Fais fleurir ton cœur », j’aimerais que nous portions notre attention sur la lecture de saint Paul, essentielle mais bien difficile, mais aussi sur une phrase de l’Évangile. Je vais reprendre l’image du jardin, du jardinier, que je développe depuis quatre semaines : le jardinier se trouve face à son terrain, terrain constitué de terre qu’il n’a pas faite, cette terre lui ayant été donnée par Dieu. Il va planter des graines, graines qu’il n’a pas conçues car créées par Dieu. Il va aménager son jardin, l’entretenir, veiller à ce que les plantes se développent le mieux possible, grâce à de l’eau créée elle-aussi par Dieu, sous le soleil créé par Dieu. Dans ce travail du jardinier, on s’aperçoit que sont unis de manière étroite tout à la fois l’effort fondamental du jardinier – et ceux qui jardinent parmi vous savent qu’un jardin demande beaucoup d’efforts – et, en même temps, en union avec tout ce qui est donné par Dieu par grâce : la terre, les graines, l’eau, le soleil.

Ainsi en est-il, à mes yeux, de la vie spirituelle. La vie spirituelle est ce travail que nous accomplissons tous les jours avec l’aide de Dieu. Dans notre vie spirituelle s’unissent de manière extrêmement étroite l’effort de l’homme et la grâce de Dieu. Sans Dieu, nous ne pouvons rien faire. Sans le soleil, sans la pluie, sans la terre, sans les graines, le jardinier ne pourrait rien faire. Mais en même temps, il y a son effort, effort quotidien, afin d’entretenir, de faire pousser, de veiller à… La vie spirituelle, c’est cette union de la grâce et de l’effort. J’ai coutume d’employer l’image d’un oiseau : Je ne connais aucun oiseau qui puisse s’envoler vers le ciel avec une seule aile, il lui en faut deux : la grâce et l’effort. Sans Dieu, nous ne pouvons rien, sans notre effort, Dieu ne peut rien.

Pourquoi ce développement ? Parce que le texte de saint Paul, de cette lettre aux Éphésiens où saint Paul nous parle de la grâce, a parfois été interprété de manière à sens unique : l’homme ne peut rien, l’homme est impuissant, seule la grâce de Dieu compte. C’est vrai, mais Dieu a besoin de nous. Tout au long de l’Évangile, Dieu dit : « Venez et voyez », il nous faut venir, alors Dieu se révèle. « Frappez et l’on vous ouvrira », il nous faut frapper et Dieu nous ouvrira. Si la grâce est fondamentale, je le répète, notre effort l’est tout autant. Et durant ce Carême, il nous est demandé justement de faire des efforts. Je m’interroge parfois : Est-ce que nous, chrétiens du troisième millénaire, n’avons pas perdu le sens de l’effort ? Est-ce que notre vie spirituelle ressemble à un mouvement de développement personnel, à une séance de relaxation, de sophrologie, ou est-elle guidée par la vigilance, le désir et la brûlure ? Les Anciens avaient bien compris ce que Dieu voulait dire, ils discernaient dans la vie spirituelle, en quelque sorte, deux périodes, la première : la Praktikè, développée par Évagre le Pontique au IVe siècle. La Praktikè, c’est ce temps où nous luttons contre ce qui nous sépare de Dieu : nos égoïsmes, nos vices, nos passions, notre paresse, notre manque de persévérance. Nous luttons au quotidien et dans cette lutte, Dieu est présent, Il nous aide, mais pour nous aider, il faut le supplier de nous aider. Alors arrive, ce qu’Évagre a appelé : la Theôria qui est la contemplation. Dieu, alors, se donne à contempler et c’est Lui qui choisit le moment, pas nous. Nos efforts n’ont pour but que de nous mettre à disposition de Dieu, qui se révélera pleinement quand Il le décidera.

Ainsi en est-il du jardinier, il peut faire des efforts pour cultiver la terre, pour entretenir son jardin, enlever les mauvaises herbes, irriguer, mais finalement, la floraison, la germination, le développement des plantes ne dépendent pas de lui.

Alors, ne nous trompons pas, un chrétien est quelqu’un qui, constamment, se met à l’œuvre, et le Christ nous le dit : « Celui qui fait le mal déteste la lumière. Il ne vient pas à la lumière de peur que ses œuvres ne soient dénoncées, mais celui qui fait la vérité vient à la lumière pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu ».

Cette union est fondamentale. Dieu a tant d’amour pour chacun d’entre-nous, et je dis bien : « tant d’amour pour chacun d’entre-nous » et non pas « pour l’humanité » comme une masse informe. Dieu aime chacun d’entre-nous, personnellement. Il a tant d’estime pour nous qu’Il a mis en nous son image et qu’Il nous appelle à la ressemblance. Chacun d’entre-nous est grand et unique aux yeux de Dieu. Chacun d’entre-nous est important aux yeux de Dieu. Certaines tendances de la spiritualité développent l’aspect, pardonnez-moi le mot, « minable » de l’homme : pauvre pécheur, incompétent, qui ne peut rien. Mais Dieu donne sa vie pour un minable ? Dieu donne sa vie pour quelqu’un en qui Il a mis son image.

L’homme, chacun d’entre-nous, est le sommet de la Création. N’oublions jamais cette dignité qui nous vient de Dieu, qui nous est donnée par Dieu. Le Carême est certainement un temps exceptionnel pour que chacun d’entre-nous retrouve cette dignité, enlève de son cœur toutes ces zones d’ombres, avec l’aide de Dieu, afin de vivre pleinement dans la lumière.

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Dimanche 4 mars 2018

3ème dimanche de Carême

« Fais  fleurir ton cœur » (3/4)

[1ère lecture : Lecture du livre de l’Exode (Ex 20, 1-17) – Psaume (18b (19), 8, 9, 10, 11) – Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens (1 Co 1, 22-25) – Évangile selon saint Jean (Jn 2, 13-25)

Nous allons continuer aujourd’hui le troisième volet de ce cycle du Carême qui a pour thème, je vous le rappelle, « Fais fleurir ton cœur ». Nous avions vu, au départ, les tentations du jardinier, autant de tentations dans la vie spirituelle. La semaine dernière, nous avons vu que ce qui animait le jardinier, c’était l’amour, et que dans nos vies spirituelles, c’est l’amour qui nous guide. Aujourd’hui, une phrase m’a arrêté : la dernière de l’Évangile.

« Lui-même, en effet, le Christ, connaissait ce qu’il y a dans l’homme. »

Dieu sait ce qu’il y a en chacun d’entre-nous. Dieu sait ce qu’il y a de plus beau. Dieu sait aussi ce qu’il y a de moins avouable, car Il nous connaît parfaitement. De même, le jardinier, pour pouvoir avoir un beau jardin, doit connaître aussi les règles de la nature. On ne plante pas à n’importe quel moment. Il faut savoir être patient. Certaines plantes fleurissent à telle époque, d’autres à une autre. Il y a des règles dans un jardin, des lois naturelles. Vouloir aller contre ces lois, comme le veut parfois l’être humain, entraîne des fraises sans goût, des pommes sans saveur.

Dans la vie spirituelle, il en est de même. Dieu nous aime passionnément, et c’est pourquoi Il nous donne, et c’est la première lecture, des commandements qu’Il a toujours donnés à l’être humain. Ces dix commandements sont le début d’un certain nombre de lois, de préceptes que Dieu, à travers les prophètes et ensuite avec le Christ, communique à l’être humain. Dans notre esprit, un peu révolutionnaire, mais très français, nous avons du mal à admettre les lois et les commandements. Mais en fait, et je cite toujours cet exemple, c’est un peu comme des parents qui voient soudainement leur enfant en train de faire une bêtise qui risque de lui coûter la vie. L’enfant l’ignore parce qu’il n’a pas conscience du danger. Les parents, eux, le savent, et, en règle générale, se précipitent vers l’enfant, lui donnent un bon coup sur les fesses en lui disant : « Ne fais plus jamais ça !». Est-ce un abus de pouvoir ? Non, c’est un signe d’amour. Il en est de même pour Dieu. Dans la Bible, les lois, les commandements, les préceptes sont autant de pistes de vie, et c’est ce que nous dit aujourd’hui le psaume 18 : « La loi du Seigneur est parfaite qui redonne la vie ».

Le christianisme n’est pas une morale. Le christianisme est cette rencontre avec Dieu Lui-même qui communique directement sa parole à l’homme pour l’élever, et tout comme le jardinier qui serait sourd aux appels de la nature, si nous nous montrons sourds aux commandements, aux lois, aux préceptes de Dieu, nous allons à notre perte. Le plus grand des commandements, c’est d’aimer Dieu.

C’est ce que nous dit le Christ, c’est ce qui était déjà présent dans l’Ancien Testament. Cet amour de Dieu est fondamental pour notre vie spirituelle. Interrogeons-nous sans cesse : aimons-nous le Christ ? Aimons-nous Dieu ? Parce que c’est l’amour qui va nous guider. Si nous restons au stade d’une religion formelle, alors notre foi est vouée à vivoter, dans le meilleur des cas, à devenir une apparence de…, dans le pire des cas, à s’éteindre. Tous les grands saints sont des amoureux, comme le jardinier qui cultive avec amour la terre qui lui a été donnée, avec les graines qui lui ont été données, et qui fait fructifier l’ensemble. C’est dans cet amour de Dieu que se puise ensuite l’amour du prochain, quel qu’il soit, et pas seulement le prochain qui nous ressemble, tout être humain sur cette terre est notre prochain. Dans l’Église, nous avons du travail pour vivre cet amour, parce que, parfois, cet amour n’est pas vécu dans nos communautés, dans nos paroisses, dans nos mouvements. Nous parlons du Christ, mais nous n’aimons pas l’autre parce qu’il est différent. J’ai encore en tête ce discours redoutable du pape François, en 2014, sur les maladies spirituelles de l’Église, où il pointait, justement, ce manque d’amour dans les communautés. J’ai en tête aussi son discours, encore plus terrible, de Noël dernier, devant certains représentants de la Curie, où le Pape parlait de traîtrise, de trahison, et à travers cela pointait le manque d’amour.

Aimer s’apprend, et le Christ qui est amour nous apprend à aimer non seulement à travers ce qu’Il dit, mais à travers ce qu’Il est. Si nous ne savons pas aimer, regardons le Christ. Il est le maître de l’amour. Saint Paul l’avait bien compris : « L’amour pardonne tout. L’amour endure tout. L’amour supporte tout. L’amour ne juge pas. L’amour ne passera jamais ». A nous, en gardant le contact avec le Christ, de puiser la force d’aimer, parce qu’aimer n’est pas facile. Aimer est difficile. Parler d’amour de manière sirupeuse est facile. Vous dire, par exemple que je vous aime tous, est facile. Mais c’est dans le contact, au quotidien, que l’amour se vérifie. Les grands mots, les belles homélies aseptisées, si elles n’ont pas de conséquences dans l’existence, ne sont qu’hypocrisie et pharisaïsme. Et malheureusement, l’Église ne coupe pas, parfois, à cette hypocrisie. Mais l’Église, c’est nous.

Enfin, la troisième dimension de l’amour, c’est cet amour de nous-mêmes. On a trop dit pendant des générations : « Ne pense pas à toi. Occupe-toi des autres. Ne te regarde pas », comme s’il fallait ne pas s’aimer. Mais quelle bêtise, quelle ignorance ! Qui finalement a entraîné le départ de nombre de personnes de l’Église elle-même. L’amour de soi, le bon amour de soi, la « philotie » spirituelle, c’est d’être capable de reconnaître en soi l’image de Dieu. De reconnaître que nous sommes porteurs de Dieu et que nous ne sommes pas n’importe qui, que nous pouvons puiser l’estime de nous-mêmes dans cette image. Le mauvais amour de soi consisterait à s’aimer parce qu’on est plus beau que le voisin ou plus intelligent ou plus musclé. Ça c’est le mauvais amour de soi. Le bon amour de soi, c’est de reconnaître cette image de Dieu en nous-mêmes.

Alors oui, le jardinier a besoin de suivre les lois de la nature, et nous-mêmes avons besoin pour aimer d’écouter le Christ. N’écouter l’Évangile que le dimanche peut nous entraîner à ne pas savoir aimer. Le lire quotidiennement nous apprendra à aimer. Voilà une belle piste pour le Carême. Mais le Christ nous invite aussi à ne pas nous laisser emprisonner par la loi. A travers ce que dit Paul, à travers la folie de la croix, il nous rappelle que la foi est une folie et qu’elle peut passer parfois par des actes incompréhensibles par ceux et celles qui nous entourent. Mais n’est-ce pas là la folie de l’amour ? Alors, interrogeons-nous aujourd’hui : sommes-nous des fous de Dieu ? Au bon sens du terme. Amen.

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Dimanche 25 février 2018

2ème dimanche de Carême

« Fais fleurir ton cœur » (2/4)

[1ère lecture : Lecture du livre de la Genèse (Gn 22, 1-2.9-13.15-18) – Psaume (115 (116b), 10.15, 16ac-17, 18-19) – Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Romains (Rm 8, 31b-34) – Évangile selon saint Marc (Mc 9, 2-10)

En ce deuxième dimanche de Carême, je vais continuer de déployer avec vous le fil directeur que j’ai choisi pour celui-ci : « Fais fleurir ton cœur ». Cette phrase me fut inspirée, rappelez-vous, à la fois par les motifs de ma chasuble, mais plus sérieusement par les écrits de mystiques chrétiens qu’ils soient orientaux ou occidentaux. « Fais fleurir ton cœur » : La semaine dernière, à l’occasion des tentations du Christ, nous avons vu qu’un jardinier pouvait osciller entre deux tentations. La première tentation : la vaine gloire, voire l’orgueil, être fier de son jardin au point de le trouver bien plus beau que celui des autres, et tout faire pour qu’il en soit ainsi. Se réjouir par un auto-centrement, une auto-satisfaction. L’autre tentation, paradoxale, est le découragement car la terre est basse, la météo changeante et parfois le jardin ne produit pas ce que nous aimerions qu’il produise.

Dans la vie spirituelle, avions-nous vu, il en est de même. Nous pouvons être tentés par la vaine gloire et l’orgueil, spécialement en période de Carême : « Regardez comme je suis formidable, regardez tout ce que je fais durant ce Carême, regardez mes exploits dans le jeûne ou dans la générosité ». Paradoxalement, nous pouvons à certains moments ressentir un découragement, car le Carême est une période dure, une période difficile qui nous invite à un changement intérieur. Il ne suffit pas durant le Carême de faire un chèque pour un organisation caritative pour que notre cœur change. Changer son cœur est un gros travail. Extirper de son cœur la dureté, l’absence de tendresse et l’absence d’amour, est un travail à plein temps.

Aujourd’hui une phrase, plus que toute autre, a retenu mon attention. Cette phrase de Dieu le Père sortant de la nuée et déclarant : « Celui-ci est mon fils bien-aimé ». Cette courte phrase est fondamentale pour comprendre ce qu’est le christianisme, pour comprendre pourquoi nous sommes ici aujourd’hui. Qu’est-ce qui unit le Père, le Fils et l’Esprit-Saint ? L’amour. C’est l’amour qui unit les trois personnes de la Trinité. C’est l’amour qui fait leur ciment. C’est l’amour qui fait leur identité. On comprend dès lors que saint Jean, dans sa première lettre, nous dise sans cesse que Dieu est Amour. Le Dieu des chrétiens nous montre l’exemple et le fait qu’Il soit trinitaire est d’une richesse absolue pour nous. Il nous montre que c’est l’amour et la tendresse qui unissent le Père, le Fils et l’Esprit-Saint. Il nous invite à notre tour à partager cette tendresse, comme des parents la partagent avec des jeunes enfants. Et c’est une richesse pour nous aujourd’hui d’avoir tant de jeunes enfants, fruits de l’amour du père et de la mère.

Alors oui, aujourd’hui, interrogeons-nous : qu’est-ce qui motive un jardinier ? Je pense que c’est à la fois l’action de grâce et l’amour.

En effet, nous l’avions vu, le jardinier ne fait pas pleuvoir. Il ne fait pas rayonner le soleil. Ce n’est pas lui qui rend la terre fertile. Ce n’est pas lui qui fait pousser les graines. C’est Dieu, le Dieu de la Création. Le jardinier, face à ces tiges qui poussent, ces arbres qui croissent et qui fleurissent, donnant leurs fruits, ne peut qu’être dans l’action de grâce.

C’est une invitation pour nous. Nous sommes ici aujourd’hui, est-ce que nous rendons grâce à Dieu de nous avoir appelés à venir, à partager ce moment, à partager son amour, à écouter sa Parole, à goûter à son Corps et à son Sang ?

L’action de grâce est le moteur du jardinier. Il est aussi le moteur de notre vie spirituelle. Nous pourrions rendre grâce à Dieu tous les jours. Quelle joie de se réveiller le matin en pouvant laisser jaillir de nos lèvres une prière. Quelle joie de vivre notre journée scandée par l’Angélus ou par d’autres prières. Quel bonheur de s’endormir en murmurant, comme le faisaient les anciens, une courte phrase d’un psaume, d’un texte, et de s’endormir, en quelque sorte, dans les bras tendres et amoureux de Dieu.

L’amour, c’est aussi ce qui motive le jardinier. Quel plaisir aurait un jardinier qui serait dans l’auto-contemplation égoïste et fermée de son jardin, qui ne partagerait pas les fleurs de celui-ci, qui ne partagerait pas la beauté de celui-ci, qui ne partagerait pas les fruits et les légumes ? Ce qui motive le jardinier, c’est l’amour du partage, c’est l’amour de la communication, c’est l’amour du lien.

Ainsi en est-il de notre vie spirituelle. Une heure de messe n’est pas un exercice égocentrique dans une auto satisfaction, non. Ce qui est important, c’est ce qui va se passer en sortant. Allons-nous être les témoins de ce que nous avons vécu ? Allons-nous être les témoins de la grâce de ce rayon de soleil ? Allons-nous être les témoins de cette parole de Dieu qui nous dit que Jésus est « le fils bien-aimé de Dieu » ? Oui, action de grâce et tendresse. Action de grâce et amour. Voilà deux pistes pour nous cette semaine. Arrêtons de faire du Carême cette période pour frustrés qui se plaisent dans la privation qu’ils vivent parfois mal. Je connais des personnes qui s’imposent tellement de privations et de jeûnes, qu’elles sont d’humeur massacrante avec leur entourage. Est-ce une manière de vivre le Carême ? Je ne le pense pas. En tout cas, pas conforme au Dieu des chrétiens. De même, se contenter, je le répète, de faire un chèque ou une obole pour une œuvre caritative, ne transformera pas notre cœur. Ce qui va illuminer notre cœur, comme le vêtement du Christ lors de cet épisode de la Transfiguration, c’est l’amour, c’est la tendresse que nous éprouvons. Tout d’abord pour Dieu Lui-même. C’est l’action de grâce que Dieu soit Dieu. C’est cela qui illumine notre cœur. N’oublions jamais le premier commandement : aimer Dieu de tout son cœur, de toute sa force. C’est de cet amour, de cette lumière dans nos cœurs que viendra ensuite l’amour de nous-mêmes et l’amour du prochain. Les deux sont liés.

Alors, cette semaine, en quelque sorte, pour donner une suite à cette célébration, « faire fleurir son cœur », vivons l’amour dans nos pensées, dans nos paroles, dans nos actes. Vivons l’action de grâce, Vivons la tendresse. Si nos regards sont fermés, si nos mains sont crispées, si notre cœur est triste, c’est qu’il n’est pas illuminé par la tendresse et l’amour de Dieu. Souvenons-nous de ce que disait saint Séraphin de Sarvov, mystique orthodoxe du XIXe siècle : « Ouvrez-vous, portes et verrous de mon cœur, et laissez le Christ, le Roi de Gloire, entrer ».

C’est Lui qui nous illuminera.

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Dimanche 18 février 2018

1er dimanche de Carême

« Fais fleurir ton cœur » (1/4)

[1ère lecture : Lecture du livre de la Genèse (Gn 9, 8-15) – Psaume (24 (25), 4-5ab, 6-7bc, 8-9) – Lecture de la première lettre de saint Pierre apôtre (1 P 3, 18-22) – Évangile selon saint Marc (Mc 1, 12-15)

 

Comme vous certainement, j’ai passé les deux dernières semaines à réfléchir sur la manière dont j’allais vivre ce nouveau Carême. Il me semble qu’avec les années, nous sommes confrontés à l’écueil de la routine : reproduire d’années en années les mêmes résolutions, reproduire les mêmes choses et, finalement, ne pas être émerveillés par ces quarante jours qui nous préparent à la Semaine Pascale.

En regardant autour de moi, les propositions faites à travers toute la France, j’ai trouvé, mais c’est un avis strictement personnel, qu’elles manquaient, là aussi, d’originalité : les mêmes opérations de collectes de fonds pour telles ou telles intentions, certainement fort louables, mais, comme si nous, catholiques, étions appelés à la générosité uniquement pendant quarante jours et que le reste de l’année, nous pouvions fermer notre porte-monnaie et notre carnet de chèques. De plus, ce type d’opérations, aussi louables soient-elles, je le répète, ont l’inconvénient, à mes yeux, de nous mettre en dehors de nous-mêmes. En effet, nous pouvons très bien faire un chèque, donner un billet, tout en continuant d’être médisant, orgueilleux, colérique, glouton, et plein d’autres choses encore. Donner de l’argent n’a jamais changé notre cœur.

Alors, je me trouvais quelque part, un peu dans une impasse. Heureusement, une nuit lors d’un songe, une voix me fut donnée. Cette voix me dit : « Patrice, que vois-tu sur la chasuble qui t’a été donnée pour le carême ? ». Je la regardais, et je la regarde avec vous, et je répondis : « J’y vois des fleurs ». La voix me dit alors : « Patrice, durant le Carême, fais fleurir ton cœur ».

Cette courte phrase : « faire fleurir son cœur » sera le fil directeur de nos dimanches de Carême. Il me semble qu’elle est fort bien adaptée. En effet, nombre de mystiques, depuis toujours, ont comparé notre cœur à un jardin. En ce dimanche où l’Évangile nous parle de la tentation, il me semble, et c’est un parisien d’origine qui dit cela, qu’un jardinier peut être confronté à plusieurs tentations.

La première tentation, celle de l’orgueil, de la toute puissance. Et je pense encore au village de mes grands-parents, où tous les voisins se livraient une lutte effrénée pour savoir qui avait le plus beau jardin, le plus fleuri, là où les arbres fruitiers étaient les plus beaux, et la seule satisfaction que tiraient les uns et les autres, était justement que :

« J’ai plus de fleurs que les autres, mes fruits sont plus beaux, mes légumes sont plus beaux ». Cette tentation de l’orgueil du jardinier oublie une chose : d’où vient la lumière ? Pas du jardinier mais de la Création. D’où vient la pluie qui ameublit la terre ? Non pas du jardinier mais de la Création. D’où vient la graine que le jardinier va planter dans ce jardin ? De lui ? Non, pas du tout, mais de la Création. Qui fait pousser les fleurs ? Qui fait pousser les arbres fruitiers ? Qui fait pousser les légumes ? Le jardinier ? Non, pas du tout. La main de Dieu, qui à travers tous les éléments fait pousser ce qui se trouve dans la terre.

Cette tentation de l’orgueil du jardinier, nous pouvons l’éprouver parfois dans notre vie spirituelle : « Regardez comme je suis formidable : je prie, je lis la Bible, je suis gentil, je suis vraiment extraordinaire ! ». Nous oublions alors que tout ce que nous faisons n’est que réponse et désir de plaire à Celui qui nous aime en premier, à Dieu Lui-même. Et ne pas rendre à Dieu ce qui Lui revient, c’est se couper de Dieu. Nous devons tout à Dieu, comme le jardinier qui doit tout à Dieu Lui-même, et qui finalement, lorsqu’il contemple son jardin qu’il soit très beau ou moins beau, peut rendre gloire à Dieu de ce qu’il y voit. Ayant célébré un enterrement vendredi, la famille a choisi comme psaume : le Cantique de la Création, une manière de rendre gloire à Dieu de ce que la personne avait vécu tout au long de sa vie.

Mais il y a une autre tentation, me semble-t-il, du jardinier, c’est le découragement. C’est se dire finalement : « Oui, j’ai un beau jardin, mais la terre est basse. Et, finalement, pourquoi, pourquoi le cultiver ? Pourquoi me fatiguer pendant des heures, alors que je pourrai tout simplement aller dans un supermarché acheter des fleurs, des fruits, des légumes, que d’autres auraient fait pousser ? ». Le jardinier, alors, manque de persévérance, il baisse les bras, et c’est une tentation de la vie spirituelle. Nous pouvons parfois baisser les bras, et le démon est très fort pour cela.

En effet, nous nous fixons des objectifs, nous désirons devenir meilleur, et je ne sais pas pour vous, mais pour moi, il m’arrive de chuter et de ne pas correspondre à ces objectifs. Alors, la tristesse comme un voile, le découragement comme un voile se met sur les bonnes résolutions. Le démon est content, à ce moment-là, nous n’avons plus envie de continuer, nous sommes comme le jardinier assis sur le banc de son jardin à contempler peu à peu les mauvaises herbes l’envahir. « A quoi bon ! ». Dans la vie spirituelle, c’est la même chose, nous sommes parfois tentés, et nous le serons durant ces quarante jours par le découragement.

Alors oui, aujourd’hui, en ce premier épisode, si j’ose dire, de cette série : « Faire fleurir son cœur », ne cédons ni à la tentation de la toute puissance et de l’orgueil, ni à la tentation du découragement.

Pour cela, il n’y a qu’un moyen, y compris durant ce Carême, c’est de rendre grâce à Dieu, par nos prières, par nos chants, par nos vies, par nos paroles.

Que tout ce que nous allons produire, durant ces semaines, soit floraison.

Floraison de la Gloire de Dieu.

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Dimanche 11 février 2018

6ème dimanche du Temps Ordinaire

[1ère lecture : Lecture du livre des Lévites (Lv 13, 1-2.45-46) – Psaume (31 (32), 1-2, 5ab, 5c.11) – Lecture de la 1ère lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens (1 Co 10, 31 – 11, 1) – Évangile selon saint Marc (Mc 1, 40-45)

L’Église n’obligeant pas les chrétiens à croire aux miracles, ce 160ème anniversaire des apparitions de Lourdes peut sembler, à certains, lointain. De même, même si la lèpre continue d’exister dans certains pays du monde, les lectures de ce jour avec leur lot de maladies (tumeurs, inflammations, pustules, lèpre), peuvent aussi nous sembler lointaines. Pourtant, ces deux éléments, aujourd’hui, éclairent de manière particulière cette messe célébrée et expliquée, ainsi que ce que nous allons vivre mercredi avec l’entrée en Carême.

En effet, tout à l’heure, nous allons dire : « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole et je serai guéri ». Cette parole, la prononçons-nous automatiquement ou avec le cœur ? Si nous nous adressons ainsi au Seigneur, c’est que nous estimons que nous sommes malades et que nous demandons à guérir. Si ce n’est qu’une formule toute faite, elle perd son sens, elle n’est pas habitée. Nous devrions l’espace d’un instant, après avoir prononcé cette phrase, plonger dans notre cœur afin d’y découvrir la lèpre qui s’y trouve, les furoncles, les pustules qui empêchent notre cœur d’avoir l’éclat qui devrait être le sien. Nous devrions faire l’espace d’un instant, selon une formule désuète, notre examen de conscience pour voir de quoi notre cœur est malade et comment le Carême peut nous aider à guérir.

Cette année, le monde, avec un clin d’œil particulièrement amusant, peut nous aider peut-être à vivre le Carême différemment : 14 février, mercredi des Cendres pour les chrétiens et, pour le monde, la journée des amoureux, la Saint-Valentin. Ce jour où l’on est censé, dans les couples, ne pas oublier qu’on est amoureux et témoigner par un geste cet amour par une présence plus aimante, comme un rappel. C’est important car même quand on est amoureux, on peut s’habituer à l’amour, on peut s’habituer à la présence de l’autre et finalement vivre avec, sans plus le voir, sans être émerveillé. La Saint-Valentin rappelle justement que l’amour est suffisamment important pour être fêté au moins une fois par an.

L’entrée en Carême pour nous, chrétiens, c’est un peu notre « Saint Valentin ». En effet, un chrétien est un amoureux de Dieu, un amoureux du Christ. C’est l’amour de Dieu, l’amour du Christ qui nous pousse à venir le dimanche à la messe, qui nous pousse à souhaiter prendre l’Évangile en dehors du dimanche et lire ce que Jésus nous dit au présent. C’est l’amour qui nous pousse à nous mettre, de temps en temps, à l’écart pour être dans ce cœur à cœur amoureux avec le Christ. Mais l’amour nécessite que l’on ait envie de prendre soin de l’autre. L’amour nécessite que l’on ait envie de faire la joie de l’autre y compris de Dieu. Trop souvent, nous demandons à Dieu, sans cesse, qu’Il réalise nos volontés et nous projetons sur Lui nos fantasmes, lui reprochant ensuite de ne pas nous avoir exaucés. Mais est-ce que nous avons envie d’exaucer la volonté de Dieu ? Est-ce que nous avons envie que nos pensées, nos paroles, nos actes, nos vies, plaisent à Dieu ? C’est cela qui est important ! C’est cela qui est capital ! C’est cela l’amour.

C’est une relation équilibrée entre deux personnes. C’est ce que Dieu a voulu vivre avec chacun d’entre-nous. Dès lors, cette parole que nous prononcerons tout à l’heure : « Seigneur, dis seulement une parole et je serai guéri », prend tout son sens. Nous avons envie de guérir de nos lèpres. Nous avons envie de guérir de nos blessures, et, pour cela nous avons devant nous trois pistes, trois pistes capitales : vivre profondément la Foi, l’Espérance et la Charité.

Ce qui est malade en nous, ce sont ces trois éléments. Parfois, nous ne croyons plus : « Dieu ne m’a pas exaucé. » La foi est malade. Parfois, contaminé par le monde, nous considérons que tout est pourri et que, finalement, rien de bon ne va arriver. L’Espérance est malade. Parfois, nous aimons de mauvaise manière en tenant l’autre sous notre coupe, en aimant l’autre parce qu’il correspond à nos attentes, qu’il pense comme nous, qu’il est comme nous, qu’il fait ce que nous voudrions qu’il fasse. Or, l’amour de Dieu, ce n’est pas cela. L’amour de Dieu, c’est un amour inconditionnel. et « le sable de nos péchés n’est rien par rapport à l’océan de la miséricorde de Dieu », comme l’écrivait Isaac le Syrien.

Alors oui, aujourd’hui, qu’il s’agisse de Lourdes et de cette confiance de Marie, perpétuelle, du début jusqu’à la fin, qu’il s’agisse des lectures qui nous parlent de lèpres, tout nous invite à vivre plus profondément ce que nous allons prononcer tout à l’heure et à vivre profondément le Carême.

Le Carême n’est pas privation. Le Carême n’est pas frustration. Le Carême n’est pas tristesse. Nous demandons à Dieu de nous guérir, de nous convertir pour l’accueillir. Et nous sommes acteur. Alors, durant ce Carême, prenons soin de la Foi, de l’Espérance et de la Charité, que Dieu a déposées dans nos cœurs. C’est en étant des témoins vivants de la Foi, de l’Espérance et de la Charité, qu’alors nous serons réellement les témoins du Christ.

L’Église nous demande, cependant, de faire des efforts, comme le jeûne, le Mercredi des Cendres, ainsi que le 23 février, que le Pape a proclamé Journée Mondiale de la Paix.

Pourquoi ? Jeûner de nourriture, c’est se nourrir, ce jour-là, de la Parole de Dieu. C’est estimer que la Parole de Dieu nourrit, non seulement mon âme, mais aussi mon corps. Un jour de jeûne n’a pas de sens s’il est vécu dans la frustration. Un jour de jeûne n’a de sens que s’il est vécu dans l’amour. Alors, peut-être que le Mercredi des Cendres, nous pourrons, à titre individuel ou à deux, deux amoureux, prendre un temps à l’écart, ouvrir l’Évangile et se nourrir de la Parole de Dieu.

Alors, loin de vivre la frustration, nous serons comblés.

N’oublions jamais : Dieu est amour, et nous sommes près de Dieu quand nous aimons comme Dieu.

Sachons faire ce que saint Paul nous demandait tout à l’heure : imiter le Christ. Alors, notre Carême sera un Carême d’êtres comblés et non pas de frustrés.

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Dimanche 28 janvier 2018

4ème dimanche du Temps Ordinaire

[1ère lecture : Lecture du livre du Deutéronome (Dt 18, 15-20) – Psaume (94 (95), 1-2, 6-7abc, 7d-9) – Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens (1 Co 7, 32-35) – Évangile selon saint Marc (Mc 1, 21-28)

Au milieu de textes ardus, reconnaissons-le, le psaume qui a été chanté aujourd’hui par les sœurs, le psaume 94, a résonné à mes oreilles comme un rayon de lumière. Ce psaume est le premier qui est lu par les prêtres le matin lors de l’office des laudes. Son nom : psaume invitatoire. Il est, en effet, celui qui nous ouvre sur la journée. Tout est dit dès le premier verset, souvenez-vous : « Venez, crions de joie pour le Seigneur ». La joie est ce qui nous guide chaque jour. La joie est ce qui nous guide tout au long de la journée, non pas une joie qui dépendrait du temps ou de nos activités extérieures, mais la joie de nous savoir aimés de Dieu et de pouvoir à notre tour l’aimer.

Dès lors, animé par cette joie comme le dit le psalmiste, nous acclamons notre rocher, notre salut. Tout au long des heures, c’est la certitude, qu’Isaac le Syrien exprimait dans une lettre, que le sable de nos péchés n’est rien par rapport à l’océan d’amour et de miséricorde de Dieu qui nous portera. Dès lors, c’est animé par cette joie, c’est animé par cette certitude d’être aimé de Dieu, que nous pouvons lire les autres textes, et notamment cet extrait, et je précise bien : « extrait », de la lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens, qui pourrait heurter les pères et mères de famille qui viendraient pour la première fois à une célébration. En effet, ces quelques lignes sorties d’un contexte bien difficile, pourraient faire croire que Paul ne valorise pas le mariage, qu’il y est même opposé, comme un handicap à plaire à Dieu. Il ne s’agit, bien entendu, pas de cela. En effet, Paul écrivait à Corinthe, une ville grecque où il est peu de dire que les mœurs étaient totalement dissolues. Quelques versets en arrière, saint Paul rappelait que notre corps n’est pas fait pour la fornication. Il avait fort à faire à Corinthe, car les chrétiens qui s’y trouvaient, comme le disent les pères du désert, baignant dans de l’eau grasse, pouvaient à leur tour avoir les mains grasses et le cœur gras. Saint Paul dans cette lettre nous a rappelé, il y a deux dimanches, que notre corps est le temple de Dieu et que nous devons honorer Dieu par notre corps. Quelques versets plus tôt, il dit que chacun doit rester dans l’état dans lequel Dieu l’a trouvé. Certains sont célibataires, certains sont mariés. Le peuple juif a eu des difficultés à harmoniser mariage et célibat, valorisant tantôt l’un, tantôt l’autre. Mais n’en n’est-il pas de même au sein même de la chrétienté ? Nous savons bien qu’en ce XXIe siècle les choses ne sont pas apaisées. Il suffit de voir ces débats, en général à l’extérieur de l’Église, sur le célibat des prêtres.

Le regard que les uns et des autres, à travers les âges, ont donné à cette question, a pu être différent. Nos frères orientaux ont choisi la possibilité pour les prêtres d’être mariés. Nous, Église catholique romaine, avons valorisé le célibat. Saint Paul nous invite à une bonne mesure. Quel que soit notre état, il faut respecter notre corps et le corps de l’autre.

Sujet fondamental dans une société où, encore hier soir, des scandales de mœurs secouaient tant le monde des médias que le monde politique.

Nous avons à honorer Dieu par notre corps, que nous soyons mariés ou célibataires. Mais pour cela, il nous faut l’aide du Seigneur, il nous faut sa force. Nous savons bien, et les pères du désert encore nous le montrent, que nous avons à lutter contre des passions venues d’esprits impurs, qu’il s’agisse de la gloutonnerie ou bien de la pornéïa. Nous ne pouvons être vainqueur de ce combat intérieur qu’avec l’aide du Seigneur, parce qu’il a autorité sur ces esprits impurs et que, lorsqu’on l’invoque, Il peut chasser de nous tout ce qui s’oppose à Lui, et que seuls, nous ne pouvons rien faire. Dès lors, plus que jamais, le psaume 94 reprend tout son sens : « Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous,adorons le Seigneur qui nous a faits.Oui, il est notre Dieu ; nous sommes le peuple qu’il conduit le troupeau guidé par sa main. ». Nous avons à remettre entièrement notre vie à Dieu, quelle que soit notre vie, quel que soit notre état. C’est Lui alors, qui par amour, nous porte, nous emmène sans cesse plus loin. Si nous sommes là, réunis en ce dimanche, c’est pour tourner notre regard vers Dieu, pour nous incliner devant Lui, non pas par peur, mais par amour et par désir que notre vie plaise à Dieu.

Chacun, nous avons envie, quel que soit notre état de vie, qu’elle plaise à Dieu, parce qu’intérieurement nous nous sentons aimés de Lui sans cesse. Il nous arrive de tomber, il nous arrive de succomber, mais l’important n’est pas là. L’important, à chaque fois, est de se relever. Quand on se relève, on ressent intérieurement cette joie dont parle ce psaume, cette joie qui nous permet de nous tourner vers le Christ, de nous sentir aimé de Lui et d’avoir envie, plus que jamais, de l’aimer.

Aujourd’hui, prenons peut-être le temps, quelques instants, de regarder nos cœurs, de regarder ce qui s’y trouve, ce qui est beau et ce qui est moins beau, et de demander au Seigneur de nous aider à cheminer vers Lui.

Alors, au sein même du monde, nous serons témoins de la joie, de la paix qui viennent de Dieu et que rien, jamais, ne pourra nous enlever.

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Dimanche 21 janvier 2018

3ème dimanche du Temps Ordinaire

[1ère lecture : Lecture du livre de Jonas (Jon 3, 1-5.10) – Psaume : (24 (25), 4-5ab, 6-7bc, 8-9) – Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens (1 Co 7, 29-31) – Évangile selon saint Marc (Mc 1, 14-20)

Prêtre et psychologue, j’ai appris à aimer, dans l’être humain et dans notre société, les paradoxes et les contradictions. Un être humain, par exemple, est capable de vivre clivé, intégrant certains paramètres dans des secteurs de la vie et pas dans d’autres. Ainsi en est-il, par exemple, de la peur, de la crainte, qui peut naître à la suite d’une menace, et je pense à la première lecture et aux habitants de Ninive. La peur est un concept riche et fondamental, tant à titre individuel qu’à titre collectif. La psychanalyse m’a appris que cultiver la peur dans une société est le meilleur moyen de faire pression sur elle, de même sur des individus. En psychologie, on m’a appris que la peur faisait partie de nos six émotions fondamentales et que, sans elle, nous risquerions de mourir si nous n’éprouvons pas la peur face à un danger. On m’a aussi appris que la peur possédait de véritables vertus cathartiques et que l’on peut se guérir de la peur en ayant peur, comme nous y invitent tous ces films catastrophes auxquels les uns et les autres se pressent.

Plus concrètement et plus proche de nous, quasiment au quotidien, toutes les enquêtes montrent que c’est la peur du gendarme, la répression plus que la prévention qui a permis de passer de 18 000 morts sur les routes en 1972 et 400 000 blessés, à 3 500 l’année dernière et 70 000 blessés, alors que le trafic a été multiplié par plus de 2. Derrière ces chiffres, c’est la peur du châtiment, de l’amende, qui se profile et qui conduit à changer de conduite. Une enquête récente, du mois de janvier, révèle d’ailleurs que 55 % des français réclament plus de gendarmes sur le bord des routes.

Encore plus concrètement et plus proche de nous, nous savons que dans l’amour, que dans l’amitié, il peut nous arriver d’avoir peur de blesser l’autre, de le perdre. Cette peur est guidée par l’amour et elle peut nous aider à prendre soin de l’autre. Croire qu’en amour, en amitié, tout est acquis une fois pour toute, est une erreur qui conduit parfois à des drames.

Mais alors que la peur semble bien intégrée dans notre société, elle semble totalement évacuée aujourd’hui dans le domaine de la foi. Certains accusent l’Église d’avoir largement abusé de la peur du châtiment éternel et les danses macabres, qui étaient peintes au fond des églises, ont été effacées des murs comme de notre mémoire, pour ne pas traumatiser les pauvres chrétiens que nous sommes en ce début du troisième millénaire. Nous estimons aujourd’hui, pour la plupart, et j’en fais partie, de par le catéchisme qui a été le mien, que nous n’avons plus à avoir peur de Dieu, que nous n’avons plus à le craindre. Dieu est un copain que l’on tutoie, et, de toutes manières, comme le dit le titre d’un film bien connu : « Nous irons tous au paradis ».

Penser ainsi me semble être une erreur et dangereux à quelques semaines de notre entrée en Carême. Cette absence de peur, de crainte, peut affadir notre désir de conversion : « Finalement, quoi que nous fassions, Dieu nous aime. Il pardonnera tout, alors pourquoi faire des efforts… ».

Pourtant, toute l’histoire de la Bible, celle des pères du désert, celle des grands mystiques, nous rappellent que la crainte de Dieu, et je dis bien la crainte de Dieu, guidée par l’amour constitue un puissant moteur de conversion que nous ne pouvons pas ignorer. La vie spirituelle n’est pas comme ces mouvements de développement personnel où nous cherchons à « être plus nous-mêmes », à « être en paix ». Nous cherchons beaucoup plus. Nous cherchons l’union avec Dieu, l’union avec Celui qui nous aime de manière éperdue, au point de donner sa vie sur une croix, pour chacun d’entre-nous.

Dès lors, notre vie peut ressentir, au plus profond du quotidien, la crainte. La crainte que nos pensées, que nos paroles, que nos actes ne plaisent pas à Dieu. La crainte, au quotidien, de ne pas faire la volonté de Dieu, mais la nôtre. La crainte de blesser Dieu en blessant l’autre. La crainte de blesser Celui qui est amour, en blessant, en abîmant l’amour. La crainte de ne pas partager la béatitude éternelle.

Oui, dans nos vies de chrétiens, quelle est la place de cette crainte, cette crainte guidée par l’amour ? Si nous ne l’éprouvons plus, il manque quelque chose d’essentiel à notre vie spirituelle.

L’une des premières lettres d’Isaac le Syrien, qui a vécu au VIe siècle, commence justement par l’importance de la crainte de Dieu.

Mais à mes yeux, et c’est peut-être une erreur, la crainte guidée par l’amour, n’exclue pas forcément la peur du châtiment, du châtiment éternel. Mais n’oublions jamais que dans l’Évangile, le Christ nous dit, en Matthieu, chapitre 25, que je vous invite à relire, que ce sont nos actes qui nous jugent. Saint Jean, quant à lui, dans sa première lettre, nous dit non seulement que Dieu est amour, mais que l’amour ne connaît pas la peur.

Alors oui, il nous faut vivre dans cette tension, être persuadé de la miséricorde de Dieu, mais éprouver la crainte au quotidien que notre vie soit loin de Dieu. Cette crainte, guidée par l’amour, sera alors le moteur journalier de notre conversion.

Mais souhaitons-nous à chaque instant nous convertir ?

A chacun d’entre nous de répondre.

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Dimanche 14 janvier 2018

2ème dimanche du Temps Ordinaire

 

[1ère lecture : Lecture du premier livre de Samuel (1 S 3, 3b-10.19) – Psaume : (39 (40), 2abc.4ab, 7-8a, 8b-9, 10cd.11cd) – Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens (1 Co 6, 13c-15a. 17-20) – Évangile selon saint Jean (Jn 1, 35-42)

La richesse des textes de ce jour, l’actualité de notre diocèse, la fête de la Saint Hilaire célébrée hier, m’ont fait hésiter sur le fil directeur de cette homélie. Finalement, j’ai choisi d’abolir les frontières et de me tourner vers le centre de l’Église Universelle : Rome, et l’appel du pape François à faire de cette journée « la Journée Mondiale des Migrants et des Réfugiés ». Ce fil directeur est moins confortable que les précédents. En effet, cette Journée Mondiale des Migrants et des Réfugiés agace, dans et hors de l’Église. D’aucuns accusent le pape François actuellement, avec véhémence, d’opportunisme. D’autres l’accusent de faire de la politique. Enfin, les uns les autres, avec un bon pragmatisme, déclarent : « Nous ne pouvons pas absorber la misère du monde ».

A la première objection : l’opportunisme, je rappellerais simplement que cette Journée Mondiale des Migrants et des Réfugiés a vu le jour il y a cent quatre ans, à la veille de la Première Guerre mondiale. A ceux qui accusent le Pape de faire de la politique, je renvoie à Jean-Paul II qui avait eu les mêmes accusations et qui avait déclaré à l’époque : « Si parler des droits de l’homme, c’est faire de la politique, alors je fais de la politique ». Enfin, à l’objection qui dirait que nous ne pouvons absorber la misère du monde, je rappellerais simplement que 20 % de la population mondiale, dont les pays occidentaux, détiennent désormais plus de 80 % des richesses. Il me semble qu’il y reste une certaine marge !

Mais cette Journée Mondiale des Migrants, au-delà de l’actualité que notre pays vit et que les morts en Méditerranée nous rappellent chaque semaine, puise ses sources non pas dans la lubie d’un pape au début du XXe siècle mais dans la Bible et, particulièrement, dans le Livre du Deutéronome, au chapitre 26. Dieu s’adressant à Moïse lui demande de dire :  « Je suis un Araméen errant ». Par là-même, Il rappelait au peuple hébreux délivré d’Égypte, qu’avant de devenir ce peuple hébreux, ils étaient des nomades errants, affamés, venus en Égypte pour profiter de greniers remplis de blé. L’Église, s’appuyant sur la Bible, sur trois vertus mises en avant par un psaume : l’accueil de la veuve, de l’orphelin et de l’étranger, a développé, au fil des siècle, une pensée. Une pensée appelée désormais : Doctrine Sociale de l’Église. Voilà cent quatre ans que l’Église crie, dans le désert du monde, un avertissement. Voilà cent quatre ans que l’Église pointe l’attention de tous nos dirigeants sur ces phénomènes migratoires et, à travers cela, sur le fait que 80 % de la population mondiale partagent moins de 20 % des richesses.

De tout temps, l’Église a choisi comme option le plus faible, le plus pauvre, celui qui n’a rien. Cela explique que, pendant des siècles, elle a interdit aux catholiques d’utiliser le prêt à intérêts, car on ne pouvait pas gagner de l’argent sur le plus pauvre.

Plus près de nous, le pape François, en 2014, dans l’indifférence générale, a tenu un colloque à Rome sur le trading, demandant à la communauté financière mondiale de ne spéculer ni sur les matières premières, ni sur la dette des pays pauvres. Initiative audacieuse qui répondait à l’initiative audacieuse du pape Jean-Paul II qui, quelques mois avant sa mort, lors d’un discours sur la paix du Premier Janvier, demandait la suppression de tous les brevets pour que toutes les technologies, tous les médicaments puissent profiter aux habitants du monde entier.

Oui, aujourd’hui, cette Journée Mondiale des Migrants nous invite à écouter avec attention ce qui a été lu : Dieu appelle. Il a appelé Samuel et nous appelle. Pourquoi nous appelle-t-il ? Pourquoi sommes-nous ici ? Le psaume 39 nous répond : « Me voici, Seigneur. Je viens faire ta volonté ». Et la volonté de Dieu, c’est que tout être humain sur cette terre soit reconnu dans sa dignité d’humain. L’Incarnation que nous venons de célébrer, il y a à peine quelques jours, nous rappelle à quel point Dieu met l’humain au cœur de notre foi. Dieu s’est fait homme, Dieu s’est fait vulnérable, Dieu n’a pas trouvé de lieu où naître et Il a dû naître dans une crèche parce que, dans la ville, on le refusait.

De même, la lecture de Paul, aujourd’hui, sur la dignité du corps, nous rappelle à nous, occidentaux, que tout être humain doit pouvoir être honoré dans son corps, et par les besoins essentiels mis en avant par la pyramide de Maslow qui veut qu’un être humain, avant tout, ait de quoi manger et de quoi se vêtir.

Oui, aujourd’hui, tous les textes nous appellent, nous interpellent. Jésus interroge deux disciples de Jean Baptiste et leur demande : « Que cherchez-vous ? », et eux répondent : « Où demeures-tu ? ». Alors, Il les invite en leur disant : « Venez et vous verrez ».

Nous sommes ces disciples. Nous cherchons où Dieu demeure. Il nous dit : « Venez et vous verrez », nous montrant que Dieu ne réside pas dans les temples, mais qu’Il réside en chaque être humain, et que chaque être humain qui meurt aujourd’hui, fait s’éteindre une parcelle de Dieu.

Alors oui, ce dimanche, dont le thème est : accueillir, promouvoir, protéger, intégrer, peut déranger. Mais la foi nous dérange et nous n’avons pas peur d’être dérangés, parce que nous avons en nous l’Esprit Saint, cette force qui peut faire que les chrétiens d’aujourd’hui inventent de nouvelles lois, de nouvelles voies, inventent de nouvelles manières de gérer le commerce international, la finance internationale. Nous, chrétiens, avons à être innovants. Nous ne sommes pas là pour aménager le monde, nous sommes là pour changer le monde.

Alors oui, peut-être que plus que jamais, après avoir chanté ensemble : « Me voici, Seigneur, je viens faire ta volonté », Dieu nous demande : « Et toi, ta vie chrétienne, comment veux-tu la vivre, de manière ordinaire ou de manière extraordinaire ? »

A chacun d’entre-nous de répondre…

 Voir la vidéo de l’homélie

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Dimanche 7 janvier 2018

Fête de l’Épiphanie

[1ère lecture : Lecture du livre du prophète Isaïe (Is 60, 1-6) – Psaume : (71 (72), 1-2, 7-8, 10-11, 12-13) – Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens (Ep 3, 2-3a.5-6) – Évangile selon saint Matthieu (Mt 2, 1-12)

Les rois mages ont offert au Christ de l’or, symbole de sa royauté, de l’encens, l’hommage du mortel à l’immortel, de l’être fini à l’infini, de la myrrhe, symbole de l’immortalité.

Et nous, aujourd’hui, qu’avons-nous apporté au Christ ? L’or de la chasuble, l’encens de l’encensoir, l’odeur de sainteté qui émane de chacun d’entre-nous ? Qu’avons-nous apporté au Seigneur, aujourd’hui ?

Je vous fais une proposition. Je propose que nous apportions au Seigneur, aujourd’hui, plus que jamais, nos cris, nos prières, nos larmes, afin que le Seigneur continue de se manifester. En effet, depuis l’Épiphanie, depuis plus de deux mille ans, le Christ continue de se manifester à chaque Eucharistie. Le Curé d’Ars disait que, lorsque le prêtre étend les mains sur l’autel, c’est Dieu Lui-même qui descend. Dieu se manifeste à chaque Eucharistie. Avons-nous suffisamment conscience de ce qui se joue à ce moment-là pour nous et pour l’humanité ? Ou bien, notre âme est-elle habituée, finalement, à cet évènement pourtant fondamental, fondateur de notre Église ? Car, soyons clair, il n’y a pas d’Église sans Eucharistie et il n’y a pas d’Eucharistie sans prêtres. Qu’elle que soit l’organisation qui pallie à un effondrement, rien ne remplacera ni l’Eucharistie, ni le prêtre.

Alors, je vous propose, aujourd’hui, de tendre les mains vers le Seigneur, de crier vers Lui, de Le supplier afin que des hommes continuent de répondre à l’appel de Dieu, afin qu’il y ait de plus en plus de prêtres dans le monde, de plus en plus de messes célébrées.

Moins il y aura de prêtres, moins il y aura de messes, moins il y aura de chrétiens. L’enjeu pour nous est fondamental : voulons-nous que Dieu continue de se manifester dans notre monde ? Imaginez notre pays, la France, sans messe le dimanche, juste une assemblée de prières. C’est impossible ! Il nous faut, alors, tourner nos âmes vers le Seigneur, tourner nos cœurs, pleurer comme le faisaient les Anciens, en criant vers Dieu. Mais en avons-nous envie, ou, là encore, nous sommes-nous habitués à une situation difficile et douloureuse ? Inacceptable à mes yeux !

Aujourd’hui, souhaitons-nous que Dieu continue de se manifester dans son Eucharistie à chaque célébration ? Car, vous le savez, vous qui êtes ici, si vous venez, franchissant le mauvais temps, vous déplaçant en voiture, c’est parce que c’est ici, auprès de l’Eucharistie, auprès du Seigneur, qui donne son corps et son sang, que vous puisez vos forces pour tout le reste de la semaine. Cette heure, que nous partageons ensemble, est fondatrice de notre existence, elle en est le centre, elle en est le cœur.

Lorsque ensemble nous puisons nos forces dans le Corps et dans le Sang du Christ, nous devenons, à notre tour, capables de le manifester, car Dieu s’est fait dépendant de nous.

Aujourd’hui, c’est par nos paroles, par nos pensées, par nos actes, par chacune de nos respirations que Dieu se manifeste au monde. Lorsque nous nous mettons en colère, lorsque nous faisons preuve d’égoïsme, lorsque nous médisons, nous faisons obstacle à la manifestation de Dieu dans le monde. Lorsque nous oublions que chaque être humain sur cette terre, quelle que soit sa couleur de peau ou sa religion, est un être à l’image de Dieu, nous empêchons le Christ de se manifester.

Nous vivons un moment fondamental en cette fête de l’Épiphanie. Dieu s’est manifesté au monde dans toute sa gloire et ensuite, envoyant ses disciples à travers le monde, qui sont devenus alors des apôtres, des ambassadeurs, Dieu continue à se manifester à chaque Eucharistie. C’est là, je le répète, que nous puisons nos forces. Nous devons donner envie à nos contemporains de venir nous rejoindre. Nous devons par nos vies leur faire comprendre combien cet enjeu est fondamental.

Offrons au Seigneur nos cris, nos larmes, nos supplications, nos pleurs.

Ce soir, pour ce monastère, est un moment particulier. A 17 heures, comme tous les premiers dimanches du mois, sera exposée la Relique de la sainte Croix, appelant de tous nos cœurs la vénération. Ne pourrions-nous pas venir, une fois de plus, devant la croix, au pied de la croix, supplier le Seigneur d’appeler des prêtres, supplier à des hommes de répondre à son appel ? Pour ceux qui le souhaiteraient, à 16h15 devant l’église de Saint-Benoît, nous partirons ensemble pour un court pèlerinage en priant le chapelet, en priant Marie pour les vocations, plus spécialement aujourd’hui, celles de prêtres mais aussi celles de religieuses. Afin que ce monastère, qui rayonne dans notre diocèse depuis 1400 ans, puisse continuer de rayonner.

Oui, vous le voyez, cette fête de l’Épiphanie n’est pas une commémoration, elle est fondamentale dans nos vies et elle doit pouvoir continuer.

Que chacun d’entre-vous, d’entre-nous, par sa vie, manifeste Dieu Lui-même.

Et priez Dieu d’appeler des prêtres, des saints prêtres.

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Lundi 25 décembre 2017

Messe du jour de Noël

[1ère lecture : Lecture du livre du prophète Isaïe (Is 52, 7-10) – Psaume : (97 (98) – Lecture de la lettre aux Hébreux (He 1, 1-6) – Évangile selon saint Jean (Jn 1, 1-18)

Depuis hier matin, 4e dimanche de l’Avent, je ne cesse de répéter, durant les célébrations, cette phrase du Christ : « Vous êtes en ce monde, mais pas de ce monde ». Et ce matin, les reportages sur les radios nationales m’ont fait mesurer combien cette phrase du Christ était juste. En effet, nombre de journalistes vantaient les mérites de ces sites Web où ce matin on revend les cadeaux de Noël dont on ne veut pas, ceux qui ne nous plaisent pas, ceux qui sont en double, ceux qu’on ne trouve pas utiles. Les économistes trouvent cela extraordinaire. Cette Web-économie fait marcher notre société.

Voilà une grande différence avec ce que les chrétiens vivent depuis hier soir. Ce que nous recevons depuis hier, cette naissance de Dieu parmi les hommes, nous ne pouvons pas la revendre, elle se partage. D’un côté : on revend, de l’autre, on partage. Cela, il ne faut pas l’oublier. On partage cette joie, cette joie qui est la nôtre aujourd’hui de célébrer la naissance de Dieu parmi les hommes. En prononçant cette phrase, je dois avouer très humblement que je ne suis pas sûr de la comprendre, tellement c’est extraordinaire. Alors que dans les cultes anciens, grec ou latin, les dieux, perchés sur leurs nuages, s’amusaient avec des hommes comme sur un grand échiquier, le Dieu des chrétiens se fait homme et vient partager notre condition.

En fait, tout commence pour nous par cette incarnation de Dieu, et l’oraison de départ, qui mériterait des heures d’explication, est la clé pour comprendre ce qui se joue aujourd’hui pour chacun d’entre-nous : en se faisant homme, Dieu vient donner à chaque être humain sa pleine dignité. Quand je prononce ce mot, je pense à nombre d’hommes et de femmes qui parfois sont brisés par l’existence, par une économie inhumaine où le partage des richesses, sur lequel le pape François insistait cette nuit, ne se fait pas. Rien ne change. Le pape Paul VI pointait, il y a plus de trente ans, le fait que des êtres humains vivent sur notre terre dans des conditions de vie sous-humaine. On peut même se demander parfois si, dans notre société occidentale, la dignité de l’être humain n’est pas le fait d’être un consommateur ou un produit. Lorsque je travaillais dans le monde, je me souviens des paroles terribles de mon patron qui, régulièrement, me disait : « Patrice, il faut alléger la structure ! ». Par ces mots, d’une pudeur ou d’une hypocrisie totale, il signifiait le fait qu’il fallait licencier des personnes. Mais pour lui, il ne s’agissait pas de personnes, mais de « structure ». La dignité de l’homme était ôtée. On comprend dès lors qu’un des ouvrages d’un de mes amis psychiatres, Christophe André, intitulé : « L’estime de soi », se soit vendu à des centaines de milliers d’exemplaires. Nombre d’êtres humains, brisés par l’existence, perdent l’estime d’eux-mêmes.

Le Christ, en se faisant homme, nous donne la raison profonde de l’estime de nous-mêmes, de notre dignité intérieure, Il nous rappelle que cette incarnation s’inscrit dans une histoire biblique où Dieu, loin de jouer avec les hommes, veut tout partager avec lui. Alors que, dans nombre de mythologies, les récits de créations sont assez sanglants, la Bible, dans les premiers chapitres de la Genèse, nous dit que Dieu crée l’homme à son image.

En chaque être humain, se trouve l’image de Dieu. Nous ne devons jamais l’oublier. Il n’y a pas des êtres humains supérieurs aux autres. Tout être humain possède cette image de Dieu. Mais parfois l’image de l’homme est défigurée par l’homme, quand des êtres sont réduits à ramper sur le sol et à tendre la main pour demander l’essentiel pour vivre. Cette image de Dieu est au fond de chacun d’entre-nous. Dieu ne s’en est pas tenu là, par amour profond pour l’être humain, en nous inscrivant cette image au plus profond de notre cœur, Il nous rend « capable de Dieu » comme disent les Anciens : « Capax Dei », c’est-à-dire capable de s’adresser à Dieu, de communiquer avec Lui par la prière. Dieu, par amour pour l’être humain, n’a cessé de lui parler par les prophètes, se révélant sans cesse. Arrive alors le point culminant de l’Histoire Sainte dans laquelle, aujourd’hui, nous nous incluons : Dieu se fait homme. Comme le disent les Pères de l’Église : saint Irénée de Lyon, Grégoire de Nysse et bien d’autres encore : « Si Dieu se fait homme, c’est pour faire de l’homme Dieu ».

Cette notion, malheureusement, est peu connue chez les catholiques, car l’Occident a choisi dans sa transmission de la foi d’insister sur la condition pécheresse de l’homme, elle est largement plus développée par nos frères et sœurs orthodoxes pour qui cette notion de divinisation de l’homme est fondamentale. Dieu crée l’homme à son image, Il se révèle à lui en se faisant homme nous permettant alors d’accéder à la ressemblance.

C’est cette question qui se pose à nous aujourd’hui par l’Incarnation : avons-nous envie de ressembler à Dieu ? Ne dites-pas – et j’entends déjà des oppositions – : « Mais c’est impossible, mon père, Dieu est Dieu. Nous ne sommes que de pauvres êtres humains ! ». Mais non, Dieu a créé l’homme à son image et l’appelle à la ressemblance, Il veut tout partager avec Lui, tout lui donner, y compris sa condition divine. Alors qu’Adam et Eve ont voulu devenir des dieux sans Dieu, Dieu nous propose de devenir dieu par grâce. Et la suite logique de l’Incarnation sera la Pentecôte avec le don de l’Esprit saint, cette force de Dieu en nous qui nous permet de ressembler à Dieu.

Mais alors, soyons concrets : Comment ressembler à Dieu ? La réponse est d’une simplicité déconcertante et d’une difficulté colossale : En aimant comme Lui. L’amour de Dieu n’est pas un amour conditionnel : « Je t’aime parce que tu penses comme moi, je t’aime parce que tu fais ce que j’attends de toi, je t’aime parce que tu me ressembles ». Non, Dieu nous aime de manière inconditionnelle et nous appelle à aimer ceux et celles qui nous entourent de manière inconditionnelle, même s’ils ne sont pas comme nous, même s’ils ne pensent pas comme nous. Ceux et celles qui sont parents parmi vous savent combien parfois cet amour inconditionnel est difficile. Qu’on le veuille ou non, on attend de ses enfants qu’ils fassent ce qu’on espère pour eux et, parfois, ces mêmes enfants suivent des voies bien opposées, bien contradictoires. Cela veut-il dire qu’on ne doit pas les aimer ? Si, on doit les aimer comme Dieu, de manière inconditionnelle.

Alors oui, aujourd’hui, nous célébrons la naissance du Christ, l’Incarnation, mais nous célébrons aussi notre dignité, notre pleine dignité. En se faisant homme, Dieu nous appelle à devenir comme Lui. En fait, tout va commencer en sortant de cette église. Qu’allons-nous choisir : de laisser entre parenthèse cette célébration d’une heure ou de se dire que, désormais plus que jamais, nous avons envie de répondre « oui » à l’invitation de Dieu, de devenir comme Lui par grâce ?

A chacun de répondre dans le secret de son cœur et de traduire sa réponse par des actes.

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Dimanche 24 décembre 2017

Messe de la nuit de Noël

[1ère lecture : Lecture du livre du prophète Isaïe (9, 1-6) – Psaume : (95) – Lecture de la lettre de saint Paul apôtre à Tite (2, 11-14) – Évangile selon saint Luc (Lc 2, 1-14)]

Que cette messe de la nuit de Noël ne soit pas la première pour certains, que cette messe de la nuit de Noël soit la première pour les bébés présents parmi nous, une chose est certaine, nous vivons en ce moment, ensemble, et nous partageons des minutes étoilées. Nous vivons un instant inoubliable qui nous unit à ceux qui nous ont précédés, qui nous unit à nos contemporains à travers le monde, qui nous unit à ceux qui vont venir. Dépassant le visible, cette messe de la nuit nous unit aux troupes célestes innombrables, aux anges présents avec nous, et qui, tout à l’heure, ont pu, avec nous, les vivants et avec ceux qui nous précèdent déjà auprès de Dieu, chanter : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime ». Ces deux courtes phrases devraient être marquées dans notre cœur pour toute l’année à venir, pour tous les moments que nous allons vivre et particulièrement peut-être pour les moments difficiles qu’il nous sera donné de vivre. Cette courte phrase, comme ce soir, jaillie du fond de la nuit, jaillie de l’obscurité, éclaire nos cœurs : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime ». Nous devrions la répéter sans cesse, à tout instant, parce qu’elle est à l’origine de cette joie intérieure que rien ne pourra nous enlever. Cette joie intérieure qui nous permettra d’être les témoins de cet enfant qui, tout à l’heure, symboliquement, va être déposé dans la crèche. Cet enfant : Jésus, le Christ, le Fils de Dieu qui est venu partager notre condition humaine, qui est venu nous enseigner durant trois années, qui est venu nous montrer qu’il était le chemin, la vérité et la vie, qui nous appelé ce soir à venir ici, quittant nos domiciles, pour rejoindre l’essentiel, l’authentique, la vraie source de la joie.

Cette nuit est une nuit inoubliable : Dieu se fait homme. Dieu se fait homme, l’histoire de l’humanité en est transformée. Notre histoire en est transformée. En partageant notre histoire humaine, Dieu nous montre ce qu’il y a de plus beau en nous, ce qui fait que nous sommes vraiment des êtres à son image. L’étoile qui guidait les bergers, l’étoile qui se trouvait au début de la crèche, cette étoile présente sur ma chasuble ce soir, est présente dans le cœur de chacun d’entre-nous à tout instant, à tout moment, et cette étoile intérieure est source de joie, source de lumière, source de bonheur. Elle illumine tout notre cœur, tout notre être et nous pousse à devenir des êtres lumineux. Plus que jamais, ce soir, en quittant cette église, la main sur votre cœur comme pour protéger cette étoile qui s’y trouve, notre vie aura changé. Car, même si nous fêtons Noël chaque année, nous pouvons parfois nous habituer et oublier cette nouveauté de Dieu qui sans cesse devrait être présente à notre esprit. Notre monde a besoin de Dieu, notre monde a besoin de lumière, notre monde a besoin de joie, et ce soir, Dieu a besoin de vous. En se faisant homme, en partageant notre condition, Dieu nous a envoyés en mission. C’est nous, aujourd’hui, qui l’annonçons à nos contemporains, non pas seulement avec des mots, mais par des actes.

Chaque jour, nous devrions nous lever, ces deux phrases sur les lèvres :« Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime », ces deux phrases, chaque jour devraient guider nos pensées, nos paroles et nos actes. Elles devraient nous pousser non pas à vouloir aménager le monde, mais à vouloir changer le monde, et pour cela, nous sommes appelés à changer, à laisser de côté notre ego, à laisser de côté la méchanceté qui parfois nous habite, à laisser de côté l’indifférence, le jugement et plein d’autres choses encore qui obscurcissent, tel un voile sombre, cette étoile qui se trouve dans notre cœur.

En sortant de cette église, ce soir, l’étoile ne sera plus au-dessus de la crèche, elle sera en vous. Vous deviendrez des étoiles, et là où vous vivez, quelle que soit votre condition, vous serez amenés à être des étoiles vivantes, témoignant de la présence vivante de Dieu au cœur du monde. Ce soir, en se faisant bébé, c’est-à-dire dépendant, totalement dépendant de ses parents, Dieu se fait dépendant de nous.

Alors oui, ce moment qui nous a poussés à quitter nos domiciles, ce moment inoubliable sera comme une force dans notre cœur, ne l’oublions jamais. Devenons des étoiles, devenons lumière, témoins de la paix et de la joie. Quelque soit ce qu’il va se passer dans les mois à venir, dans les années à venir, à tout instant avec les anges, nous pourrons louer Dieu en disant :

« Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime ».

Alors, l’étoile de vos cœurs sera jaillissante.

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Dimanche 24 décembre 2017

4e dimanche de l’Avent

[1ère lecture : Lecture du 2e livre de Samuel (2 S 7, 1-5,8b-12,14a,16) – Psaume : (88) – Lecture de la 1e lettre de saint Paul apôtre aux Romains (Rom 16, 25-27) – Évangile selon saint Luc (Lc 1, 26-38)]

Alors qu’aujourd’hui beaucoup de choses nous portent à la légèreté, mon cœur est étreint depuis quelques jours par un sentiment de gravité. Tout au long de la semaine, nuit et jour, j’ai été interpellé par une voix intérieure qui reprenait tantôt des paroles de l’Évangile, tantôt des paroles de pères du désert, tantôt des chants. Un chant revint souvent : « Qu’avons-nous fait de Lui ? » Pourquoi ? Parce que, dans le même temps, le Christ, à travers l’Évangile, nous a mis en garde, il y a deux mille ans : si le sel perd sa saveur, avec quoi salera-t-on ? Vous êtes en ce monde et non pas de ce monde.

De la même manière, les pères du désert ne cessent de dire « qu’à force de mettre nos mains dans l’eau grasse, elles deviennent grasses ». Est-ce qu’aujourd’hui, en cette année 2017, plus que jamais, ces paroles d’Évangile ou de pères du désert ne sont pas en train de se réaliser ? Certains, y compris des évêques, critiquent ouvertement les médias qui ne font pas assez de place à Noël en tant que naissance du Christ, critiquent cette société commerciale qui met en avant, avant tout, la consommation plutôt que cette joie de la naissance du fils de Dieu. C’est humain et, tous et toutes, nous agissons ainsi. Il est toujours plus facile de voir les défauts de l’autre que de voir ses propres défauts. Toute institution pour se protéger a tendance à trouver des boucs-émissaires extérieurs pour garder une cohérence intérieure.

Pourtant, aujourd’hui, c’est nous, c’est moi, c’est l’Église que j’ai envie d’interpeller : où en sommes-nous de la fête de Noël ? Est-ce que, finalement, à vouloir se rapprocher du monde, nous ne sommes pas devenus comme tout le monde ? En effet, ce soir, comme tout le monde, beaucoup vont réveillonner : un bon repas, des cadeaux vont être échangés et l’on va trouver, dans le meilleur des cas, le créneau pour venir à la messe de la nuit. Mais qu’est-ce qui est fondamental aujourd’hui, le Père Noël ou l’Enfant de la crèche ? Qu’est-ce qui nous fait vivre réellement ? Qui devons-nous célébrer, le Fils de Dieu ou alors l’homme qui s’auto-célèbre en s’échangeant des cadeaux ?

Certains, de passage dans cette abbaye aujourd’hui, vont penser : « Mais quel triste prêtre ! Il va nous flanquer le cafard ! » Tel n’est pas mon objectif, mais modestement, j’essaie de vivre mon baptême, et de vivre les trois dimensions de celui-ci : prêtre, prophète et roi. Cette dimension, que tous et toutes vous avez, et qui doit nous amener à crier à temps et à contre-temps : qu’avons-nous fait de Lui ? qu’avons-nous fait de Noël ?

Pourquoi est-ce que les catholiques ne s’échangent pas les cadeaux lors de la fête de la Saint Nicolas, comme cela s’est fait pendant des siècles ? Cet évêque, qui prenant soin des plus pauvres, jetait des pièces d’or dans les cheminées pour aider ceux et celles qui n’avaient rien.

Encore, dans quelques rares régions, c’est à cette date qu’on s’échange les cadeaux afin de pouvoir fêter le jour de Noël, le seul évènement qui nous met en joie : la naissance du Christ, et non pas le dernier I-phone, I-pad ou jeu électronique que nous échangerons ce soir dans la joie. Qu’avons-nous fait de saint Nicolas ? Sous la puissance des multinationales – et je vise bien entendu Coca Cola – saint Nicolas a perdu son habit vert pour devenir rouge et blanc, et nous, catholiques, comme tout le monde, vénérons le culte de Mammon à travers lui et non pas le culte de Dieu. Alors oui, ouvrons les yeux. Oui, écoutons l’Évangile. Écoutons la voix du Christ qui nous dit : « Le Fils de l’homme trouvera-t-il la foi quand il reviendra sur la terre ?

Hier soir, face à la cathédrale et aux illuminations, j’ai succombé un instant à ce qu’on appelle aujourd’hui la magie de Noël, mais mon cœur était triste de voir qu’en l’espace de dix minutes, deux seules représentations du Christ étaient passées au milieu de petites voitures ou d’avions, au milieu de pains d’épice qui se baladaient sur les murs de la cathédrale construite par la foi d’hommes et de femmes qui nous précédaient pour vénérer Dieu.

Qu’allons-nous voir ? Qu’allons-nous vénérer ? Sommes-nous devenus aveugles, nous, chrétiens ?

Aujourd’hui, modestement, en ce 4e dimanche de l’Avent, en ce 24 décembre, à quelques heures de Noël, j’aimerais lancer un appel comme une bouteille à la mer : retrouvons notre saveur, retrouvons le goût du sel. Nous sommes en ce monde, mais nous ne sommes pas comme tout le monde, et si les chrétiens deviennent comme tout le monde, alors le monde peu à peu oubliera Dieu et, dans quelques années, tout le monde fêtera les fêtes de « fin d’année » et le mot « Noël » sera oublié.

Il nous appartient de réagir, non pas par des mots parce que, finalement, les mots d’une homélie passent, on les oublie, mais par des actes. Pourquoi est-ce que nous, chrétiens, l’année prochaine, n’échangerions-nous pas les cadeaux lors de la fête de saint Nicolas, en solennisant celle-ci, en créant des évènements dans nos communautés, dans nos paroisses, dans nos mouvements ? Oui, Noël est une joie, saint Nicolas nous invite au partage, fêtons ce moment d’échange des cadeaux, mais à la Saint Nicolas ! Pourquoi est-ce que l’année prochaine, le 24 décembre, ne serait pas réservé à la prière, à la lecture en famille, avec des amis, des évangiles de la Nativité ? A se raconter comme on le faisait avant, au coin du feu, la Vie du Christ ? A parler en famille, entre amis, en communauté de ce que cette naissance change pour nous, de ce qu’elle transforme en nous, afin de vivre un Noël chrétien et non pas un mixte qui devient fade et insipide ?

Certains d’entre-vous dans cette assemblée sont jeunes mais peuvent comprendre : c’est à vous qu’il appartient de sauver Noël. Nous n’avons pas réussi. Notre génération n’a pas réussi, elle laisse peu à peu Noël se dissoudre. Alors, il vous appartient à vous, les plus jeunes, de retrouver l’esprit de Noël, de retrouver l’essentiel de Noël.

Aujourd’hui mon appel est simple : il faut sauver Noël, parce qu’en sauvant Noël, nous sauverons cette naissance de Dieu au cœur du monde, nous sauverons cette naissance de Dieu au cœur des hommes, au cœur de chacun d’entre-nous. Et en sauvant cette naissance, c’est le monde que nous sauverons. Le Père Noël n’a jamais sauvé personne…

Alors, à nous de faire des choix.

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Dimanche 17 décembre 2017

3e dimanche de l’Avent

[1ère lecture : Lecture du livre du prophète Isaïe (Is 61, 1-2a.10-11) – Psaume : (Lc 1, 46b-48, 49-50, 53-54) – Lecture de la 1e lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens (1 Th 5, 16-24) – Évangile selon saint Jean (Jn 1, 6-8.19-28)]

Tout à l’heure, je regardais notre assemblée : vous êtes, je suis, durant la semaine, habillés comme tout le monde. Dans le monde, vous travaillez comme tout le monde. Comme chaque citoyen, du moins ceux qui ont la chance d’en avoir un, vous avez un toit. Vous faites vos courses comme tout le monde. Comme beaucoup de gens, vous avez des loisirs, il vous arrive d’aller au théâtre, au cinéma. Ainsi, comme le disait l’Épître à Diognète, un texte très ancien du IIe siècle, sauf erreur de ma part, les chrétiens vivent comme tout le monde, dans le monde. Et pourtant, ils ne sont pas comme tout le monde. Vous n’êtes pas comme tout le monde. Mais le fait, finalement, de vivre tout au long de l’année comme tout le monde, nous fait peut-être oublier que nous ne sommes pas comme tout le monde. Vous avez reçu l’Esprit Saint. Cet Esprit dont Jean le Baptiste parle dans cet Évangile. Cet Esprit Saint est invisible aux yeux du monde. Il est au plus profond de vous. Chacun d’entre-vous est le temple de l’Esprit Saint. Chacun d’entre-nous est le temple de Dieu. Cela ne se voit pas. Et le fait que cela ne se voit pas, nous le fait peut-être oublier trop souvent. A la messe, lorsque nous communions, nous recevons le Christ et nous devenons porteur du Christ, christophores. Et nous sommes appelés, selon les expressions des pères de l’Eglise, à devenir ce que nous recevons, c’est-à-dire Dieu, par grâce. Il y a au plus profond de chacun d’entre-nous, une dignité divine invisible, qui nous rend, non pas supérieur, mais différents.

Cela se traduit par le fait que, lorsque nous faisons le bien, ce n’est pas en notre nom pour être bien vu, être remarqué, être félicité, être remercié. Si nous faisons le bien, c’est au nom du Christ. Et, en allant plus loin, nous sommes appelés dans l’absolu, mais cela aussi nous l’oublions, à penser, à parler au nom du Christ. Il dirige l’ensemble de notre existence, tout ce que nous sommes. Cela se traduit par des actes visibles, mais au plus profond, c’est là que réside la différence. Alors aujourd’hui, interrogeons-nous : nous parlons de la joie, c’est très bien de parler de la joie, mais de quelle joie s’agit-il ? Quelle est la joie fondamentale pour nous, chrétiens ? Et, ce que je vais dire est difficile à entendre, et peut peut-être choquer voire rebuter certains d’entre-nous. Je vais différencier deux types de joie : la joie fondamentale, la joie qu’aucun événement de la vie ne peut nous retirer, la joie de savoir que Dieu existe, que Dieu nous aime, que Dieu nous appelle à devenir comme Lui. La joie de savoir que Dieu s’est fait homme, qu’Il a parlé à l’humanité, qu’Il nous dit comment vivre. La joie de savoir que Dieu est présent et qu’à chaque Eucharistie, Dieu descend sur l’autel, et qu’à chaque messe, nous recevons Dieu Lui-même. La joie de savoir qu’au jour de notre baptême, nous sommes devenus temple de Dieu, et rien, ni la persécution, ni la maladie, ni la vieillesse, ni la sénilité, ne pourront jamais nous l’enlever. Cette joie est une joie fondamentale que rien ne peut abîmer, que rien ne peut recouvrir, que rien ne peut transformer en tristesse.

Et puis, il y a l’autre joie : la joie du monde que je n’oppose pas, que je différencie. La joie d’avoir une famille, la joie d’avoir trouvé sa vocation, le mariage, le célibat, la vie religieuse. La joie de passer du temps avec des amis, de bons moments partagés. La joie que l’on peut trouver dans son travail, la réalisation qui en émane. La joie de prendre conscience lorsque c’est le cas, qu’on est en bonne santé, que tout va bien. Mais cette seconde joie, humaine, peut être voilée, peut se transformer en tristesse, peut nous faire souffrir. Nous pouvons tomber malade, nous pouvons perdre notre emploi, nous pouvons voir mourir ceux et celles que nous aimons. Nous pouvons, d’un seul coup, au lieu d’avoir une vie sociale, nous retrouver isolé, seul, abandonné.

Cette joie purement humaine, que je ne dévalorise pas, a pour pendant potentiel la tristesse. Alors, il faut s’interroger : quelles sont les sources de joie dans notre vie ? Est-ce que la première joie, dont je parlais, est une joie qui nous habite tous les jours ? La joie de savoir que Dieu existe. La joie de savoir que Dieu nous aime. La joie de savoir que, quoi qu’il arrive, dans les épreuves de l’existence, et nous savons qu’il y a des épreuves dans l’existence, cette joie fondamentale, personne ne pourra nous la retirer ! Parce que, si nous en sommes persuadés, alors nous vivrons différemment la tristesse qui peut venir de l’existence. Alors, nous vivrons différemment les épreuves de la vie, les deuils, les pertes quelles qu’elles soient, les séparations. Parce que cette joie primaire sera toujours là, toujours fondamentale, « au creux de notre cœur », comme le disait, tout à l’heure l’Oraison.

Alors oui, interrogeons-nous aujourd’hui : est-ce que de nous savoir aimé de Dieu est source de joie ? Est-ce que de savoir que nous sommes le temple de l’Esprit est source de joie quotidienne ? Est-ce que de savoir que Dieu s’est fait homme, qu’Il va donner sa vie pour nous et ressusciter est source de joie quotidienne ? Parce que cette joie qui vient de Dieu est à cultiver, elle peut être voilée parfois par la tristesse lorsque la joie humaine n’est plus là.

Alors oui, il nous reste une semaine encore pour préparer nos cœurs, pour nous interroger, pour nous voir vivre, et les pères du désert insistaient beaucoup sur l’observation de soi même. Cette semaine, interrogeons-nous : sommes-nous dans la joie parce que les rues sont décorées, parce que nous allons faire les boutiques pour acheter des cadeaux, parce que nous allons préparer un bon repas pour Noël ? Est-ce que c’est là notre joie fondamentale ? Ou bien, est-ce que parce que le soir de Noël, le jour de Noël, nous allons ensemble célébrer la naissance de Dieu parmi les hommes ?

L’incarnation, événement bouleversant pour lequel tous les matins, tout au long de l’année, au réveil, nous devrions tendre les mains vers le ciel et dire à Dieu : merci.

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Dimanche 10 décembre 2017

2e dimanche de l’Avent

[1ère lecture : Lecture du livre du prophète Isaïe (Is 40, 1-5.9-11) – Psaume : (79 (80), (84 (85), 9ab.10, 11-12, 13-14) – Lecture de la 2e lettre de saint Pierre apôtre (2 P 3, 8-14) – Évangile selon saint Marc (Mc 1, 1-8)]

Il me semble qu’aujourd’hui nous ne pouvons pas vivre pleinement ce deuxième dimanche de l’Avent sans faire référence à l’actualité de la semaine. Ce fût un beau moment. En effet, ils étaient plusieurs centaines, voire plusieurs milliers, répartis sur les bords des routes, des boulevards. Ils étaient là quand le cortège est passé. Ils étaient encore plus nombreux sur la place afin d’accueillir ce cortège et alors…, quand le pape François a déposé la couronne sur la Vierge Marie de la piazza di Spagna, tous ont levé leur lumière.

De quoi, en effet, pensiez-vous que je parlais ?

Ce deuxième dimanche de l’Avent est, en effet, illuminé par Marie et par la fête du 8 décembre. Aujourd’hui, qu’il s’agisse de la première lecture ou bien de l’Évangile, nous sommes invités à préparer les chemins du Seigneur.

C’est un bel appel, mais comment faire ?

Comment faire pour préparer ces chemins activement afin que le Seigneur puisse venir, puisse naître au cœur du monde, au cœur de notre vie, au cœur de notre cœur ?

Marie nous montre le chemin. En effet, Marie, contre toute logique humaine, faisant appel à l’intelligence du cœur dont parlait l’Oraison tout à l’heure, a renoncé à tout. Elle a renoncé à une vie toute tracée : elle était promise en mariage, son avenir était écrit. Elle a renoncé à sa réputation car, souvenons-nous, à l’époque une femme juive enceinte avant le mariage était condamnée à mort, condamnée à la lapidation. Marie a renoncé à son honneur pour le Seigneur. Marie a renoncé aussi à être une mère « normale ». Souvenez-vous de ce magnifique épisode au temple où le Christ se met à enseigner alors qu’Il était enfant et que Marie et son époux Joseph le cherchaient avec inquiétude. Et là, leur enfant leur dit : « Je me dois aux affaires de mon père ». Marie a donc renoncé à avoir des enfants comme toutes les autres femmes. Elle a renoncé à leur prévoir un avenir, car l’avenir ne venait pas d’elle, mais de Dieu. Marie a ainsi renoncé à l’image de la maternité qu’on se fait normalement, souhaitant le meilleur pour son enfant. En effet, elle l’a vu fouetté, couronné d’une couronne d’épines. Elle l’a vu crucifié. Elle l’a vu souffrir. Aucune mère ne souhaite cela pour son enfant.

En parallèle, l’Évangile, aujourd’hui, nous propose Jean Baptiste qui, lui aussi, a renoncé. Il a renoncé à la langue de bois, à la langue de buis. Il a renoncé à la sécurité, dénonçant à contre-temps, sans cesse, les abus de ceux qui gouvernaient à l’époque et qui s’égaraient.

Ainsi, aujourd’hui, pour préparer les chemins du Seigneur, Marie et Jean Baptiste nous proposent un certain nombre de pistes.

D’abord, la sécurité : Tout prévoir, tout organiser. Je le disais déjà à la rentrée, que ce soient les groupes, les mouvements, les paroisses, tous nous fixons des dates tout au long de l’année. Il faut prévoir. Mais laissons-nous de la place à l’imprévu de Dieu ? Cet imprévu qui, sans cesse, peut surgir et nous entraîner plus loin, là où nous ne pensions pas aller.

Marie et Jean Baptiste nous invitent aussi, pour préparer ces chemins du Seigneur, à prendre des risques, parce qu’aujourd’hui témoigner de Dieu, c’est une prise de risques.

Ici, nous sommes libres de le faire, les portes sont ouvertes, tout le monde sait que dans les églises de France et de Navarre, on célèbre le Christ. Même les chefs d’état viennent écouter l’Évangile de Jean. Certains s’insurgent, le danger est présent, sans cesse, de l’intolérance, d’un ostracisme, d’une laïcité d’exclusion. Nous, chrétiens, sommes amenés à prendre des risques. Ainsi, vous, les guides (scouts) ici présentes, vous grandissez dans votre foi à travers vos activités, mais pourquoi ? Pour préparer demain. Parce que demain, c’est vous qui prendrez les risques que peut-être nous n’avons pas su prendre, parce que, demain, c’est vous qui allez annoncer l’Évangile à temps et à contre-temps à notre monde, c’est vous qui allez poursuivre à travers différentes vocations qui seront les vôtres : mère, religieuse, pourquoi pas?

Oui, aujourd’hui, Marie nous invite à suivre sa route. Elle nous invite en tant que première disciple à devenir comme elle, pleine de tendresse et de douceur. Elle nous invite à garder dans notre cœur, comme elle le fit, la Parole de Dieu, à faire de notre cœur le réceptacle du Christ.

Un mystique chrétien du XXe, le père Maurice Zundel, nous invite à aller encore plus loin, et, tous et toutes ici même, que nous soyons hommes ou femmes, ce que dit Maurice Zundel doit nous interroger.

Dans un texte magnifique, il invite en effet tous les chrétiens à devenir « Mère de Dieu ». Marie a de nombreux titres, mais nous aussi, nous sommes appelés à devenir Mère de Dieu. Cela signifie quoi ?

Cela signifie que c’est dans nos cœurs que naît le Christ, sans cesse et à tout moment.

Cela signifie que c’est dans nos cœurs que peut croître sa Parole.

Cela signifie que, dans nos cœurs, nous sommes appelés à éliminer toute trace de péché et à laisser régner la tendresse et la douceur de Dieu.

Cela signifie que, dans nos cœurs, doit naître la miséricorde dont Dieu est sans cesse le témoin.

Si nous devenons tous et toutes, quel que soit notre état de vie, quel que soit notre sexe, Mère de Dieu, alors, réellement, les chemins du Seigneur seront aplanis. Alors, réellement, nous pourrons accueillir Celui qui vient et en être les témoins.

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Dimanche 3 décembre 2017

1er dimanche de l’Avent

[1ère lecture : Lecture du livre du prophète Isaïe (Is 63, 16b-17.19b ; 64, 2b-7) – Psaume : (79 (80), 2ac.3bc, 15-16a, 18-19) – Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens (1 Co 1, 3-9) – Évangile selon saint Marc (Mc 13, 33-37)]

Je vous le disais en introduction, ce dimanche est pour moi source d’une triple joie, mais en même temps, il est source d’une triple inquiétude. En effet, il y a mille six cents ans, un père du désert, un moine qui vivait dans les déserts d’Égypte, déclara : « A force de mettre nos mains dans l’eau grasse, elles deviennent grasses ». Je me demande si, nous, catholiques du troisième millénaire, nos mains avec le temps ne sont pas devenues grasses.

Permettez-moi de m’expliquer. Aujourd’hui, nous fêtons le début de l’année liturgique. Or, la plupart des chrétiens sont devenus comme tout le monde : ils réveillonnent le 31 décembre et le 1er janvier. Nous faisons un bon repas, nous invitons des amis, nous décorons nos maisons, nous mettons des lumières. Or, cette fête du 31 décembre au 1er janvier est païenne, elle ne nous concerne pas. Le début de l’année pour nous, c’est aujourd’hui, parce que, ce qui est important pour nous, c’est l’année liturgique. Cette année qui, au fil des dimanches, au fil des fêtes, va nous aider à grandir spirituellement et humainement, en sagesse et en intelligence. C’est aujourd’hui que nous devrions faire un bon repas. C’est aujourd’hui que nous devrions décorer nos maisons. C’est aujourd’hui que nous devrions laisser la place aux plus pauvres pour venir se réjouir avec nous, et non pas le 31 décembre, non pas le 1er janvier qui, je le répète, sont des fêtes païennes.

Alors oui, nos mains sont-elles grasses ? Est-ce que nous sommes endormis, inconscients de ce qui se joue aujourd’hui : un nouveau départ, une nouvelle année ? Sommes-nous endormis à tel point, qu’anesthésiés, nous ne prenons pas conscience de ce qu’il va se passer devant nous et que nous n’avons peut-être pas le désir que chaque dimanche, chaque semaine, chaque messe, chaque célébration de cette nouvelle année, nous porte et nous amène sans cesse plus haut ?

De même, premier dimanche de l’Avent : joie. Joie pour chacun d’entre-nous, joie dans les paroisses car commence cette période de préparation intérieure pour célébrer la naissance du fils de Dieu parmi les hommes, pour célébrer la naissance de Dieu dans nos cœurs. Angelus Silesius, que je cite souvent, mystique chrétien du XVIIe siècle, déclare en effet : « Le Christ serait né mille fois à Bethléem, s’Il ne naît pas dans nos cœurs, cela ne sert à rien ». Oui, ce que nous préparons, c’est la naissance de Dieu dans nos cœurs. Mais un enfant qui naît, on le met dans un berceau. Je ne suis pas père de famille, mais j’imagine qu’on fait tout pour que le berceau soit doux, de douces couvertures, des draps, afin d’accueillir avec tendresse cet enfant qui va naître.

Est-ce que notre cœur est doux ? Est-ce que notre cœur est tendre ? Ou, est-ce qu’il s’y trouve des clous : la médisance, la désespérance, le manque d’amour, l’orgueil, l’ego et plein d’autres choses qui risqueraient de blesser le Fils de Dieu qui désire naître en nous ?

Alors oui, ne nous habituons pas. Cette période de l’Avent est une période qui est là pour nous aider à éliminer de notre cœur tout ce qui pourrait blesser le Seigneur. Dans nombre de paroisses se trouvera une couronne de l’Avent avec des bougies. Beaucoup pensent que la première bougie, c’est le premier dimanche et que l’on scande ainsi le temps. Mais chaque bougie possède sa symbolique. Ce matin, j’ai allumé la première qui était le symbole du pardon donné par Dieu à Adam et Eve, et chaque bougie aura sa symbolique. Sommes-nous à ce point endormis que nous en devenons ignorants ?

Enfin, troisième source de joie et d’inquiétude : la nouvelle traduction du Notre Père. Pour des motifs qui m’échappent, il y a près de cinquante ans, cette traduction a changé. Nous n’avons plus dit : « Ne nous laisse pas succomber à la tentation » mais « Ne nous soumet pas à la tentation ». Je sais bien que traduire est difficile et que souvent traduire c’est trahir, mais cette traduction du Notre Père avec « ne nous soumet pas » a pu donner de Dieu une image pervertie : un Dieu qui nous soumet à la tentation, et une fois qu’on y succombe, qui nous punit ! Est-ce cela le visage de Dieu ? Qui a soumis le Christ à la tentation au désert ? Dieu son père ? Bien sûr que non ! Le diable, le diviseur, Satan, c’est lui qui a soumis Dieu à la tentation et c’est lui qui nous soumet à la tentation. Mais avec l’aide de Dieu, avec la grâce de Dieu, comme le Christ Lui-même, nous pouvons repousser la tentation. C’est pourquoi dans le Notre Père, nous allons supplier Dieu, avec le Notre Père inscrit sur vos fiches, de ne pas nous laisser « entrer en tentation ».

Mais, au-delà de la traduction, ma source d’inquiétude est la suivante : est-ce que nos vies ne sont pas parfois de mauvaises traductions de l’Évangile ? De mauvaises traductions du visage de Dieu ? Est-ce que nos vies, nos paroles, nos pensées, nos actes ne donnent pas parfois de Dieu à ceux qui nous regardent une image pervertie. Un chrétien médisant, un chrétien qui juge, donne une image pervertie de Dieu. Un chrétien qui désespère, qui n’a pas confiance dans l’avenir, donne une image pervertie de Dieu. Un chrétien qui ne pardonne pas, un chrétien qui ne pardonne pas tout, comme Dieu Lui-même le fait, donne de Dieu une image pervertie.

Alors oui, au-delà de la traduction qui change, il est important que nos vies, nos pensées, nos paroles, nos actes, donnent de Dieu son vrai visage. Souvenez-vous de la Toussaint, j’avais dit à l’époque que nous sommes comme ces vitraux : ces vitraux ne possèdent pas la lumière, mais la lumière passe à travers eux, et c’est la lumière du soleil qui passe. C’est la lumière de Dieu qui passe à travers nous. Avons-nous décidé d’être des murs qui vont empêcher cette lumière de passer ? Avons-nous décidé de laisser passer, non pas la lumière de Dieu, mais notre lumière ?

Alors, vous le voyez, aujourd’hui, triple source de joie et d’inquiétude.

Mais, en prononçant ces mots, je me demande si moi-même, je ne succombe pas à la troisième dérive ? Un chrétien n’est pas inquiet, un chrétien est quelqu’un qui a confiance, qui est éclairé par la lumière. Donc, au final, je n’ai pas de source d’inquiétude, je n’ai que trois sources de joie.

Je vous le souhaite à la communauté des sœurs, à chacun d’entre-nous dans cette assemblée, une lumineuse et sainte année liturgique, qu’elle nous permette à tous, ensemble, de grandir, de croître pour la plus grande gloire de Dieu.

Amen

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Dimanche 26 novembre 2017

34e dimanche

Fête du Christ-Roi

[1ère lecture : Lecture du livre du prophète Ézéchiel (34, 11-12.15-17) – Psaume : (Ps 22 ) – Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens (1 Th 15, 20-26. 28) – Évangile selon saint Matthieu (Mt 25, 31-46)]

Si l’on s’en tient, tout d’abord, à un regard historique, la fête du Christ-Roi est relativement récente. Elle date, en effet, du début du XXe siècle, lors de la montée du marxisme. Elle a été instituée notamment pour montrer au monde qu’au-dessus de tout, il y avait le Christ et que c’était Lui qui gouvernait l’univers.

Mais reconnaître Dieu comme un roi n’est pas récent et, tous les matins, l’Office commence par le psaume 95 qui nous dit : « Venez, crions de joie pour le Seigneur, acclamons notre Rocher, notre salut ! Allons jusqu’à lui en rendant grâce, par nos hymnes de fêtes, acclamons-le ! Oui, le grand Dieu, c’est le Seigneur, le grand roi au-dessus de tous les dieux. A lui la terre et les sommets des montagnes, la mer, c’est lui qui l’a faite, la terre c’est lui qui l’a formée. Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous, adorons le Seigneur qui nous a faits. Oui, Il est notre Dieu, nous sommes le peuple qu’Il conduit, le troupeau guidé par sa main ».

Dieu, le Christ, est reconnu comme le Roi, et à chaque fois que nous prononçons le Notre Père, nous disons au Père : « Que ton Règne vienne ». Mais ce règne de Dieu commence en nous. C’est en effet ce qu’ont écrit tous les mystiques dès les débuts de l’ère chrétienne. Origène, dans un traité magnifique sur la prière qui était lu ce matin à l’Office des lectures, nous invite à faire régner Dieu en nous. Interrogeons-nous, qui nous gouverne ? Qui gouverne notre vie : l’impulsivité, la colère, la peur, la soif de pouvoir, la méchanceté, la médisance ? Qui gouverne notre vie ? Par qui nous laissons-nous gouverner ?

Aujourd’hui, cette fête, à quelques jours du début de l’année liturgique et du début de l’Avent, est là pour nous resituer, pour nous recadrer. Nous célébrons le Christ, Roi de l’univers, mais nous ne pouvons pas rester dans une attitude passive à reconnaître sa royauté, nous devons plus que jamais nous préparer à l’Avent en nous demandant :

Que souhaitons-nous pour notre vie ?

Souhaitons-nous que ce soit le Christ qui gouverne notre existence ?

Alors, si c’est le cas, il faut nous imprégner de la Parole de Dieu. Il faut que sa parole, ses préceptes, ses lois, ses décrets gouvernent notre existence. Parce que, sinon, quel type de sujet serions-nous par rapport à ce roi ?

Des sujets qui écoutent mais qui ne tiennent pas compte. Des sujets qui écoutent sans entendre et sans changer leur existence. Oui, aujourd’hui, nous appelons le Christ à régner dans nos vies. Cela implique une chose, comme le dit Origène, « dans nos cœurs, dans nos vies, ne peut régner en même temps Dieu et le péché. Il va nous falloir choisir, il va falloir nous positionner. Qui est le maître de notre vie ? Si nous répondons le Christ, l’Évangile de ce jour nous donne des pistes, des pistes d’action.

Ce chapitre de Matthieu (25) est extraordinaire, nous invitant à accueillir celui qui a faim, celui qui a soif, celui qui est nu, celui qui est malade, celui qui est en prison, l’étranger, parce qu’en lui, nous reconnaissons le Christ, et c’est une nuance importante. L’Église, les chrétiens, n’ont pas le monopole de la charité. On peut être généreux sans être chrétien, on peut aimer sans être chrétien, on peut s’occuper des étrangers, être visiteur d’hôpital, revêtir ceux qui n’ont rien, aller en prison rencontrer ceux qui sont enfermés, sans être chrétien. Ce texte ne doit pas être lu dans une dimension uniquement horizontale. Comme l’a dit le pape François, l’Église n’est pas une ONG, elle est plus que cela.

Ce qui gouverne notre action, ce qui gouverne notre vie, c’est Dieu, et ce texte n’a de sens que s’il est précédé par une foi brûlante en Dieu, une foi brûlante en Jésus-Christ.

C’est cette foi qui nous fait reconnaître en l’autre l’image de Dieu et qui nous pousse alors à agir. Mais cela implique que nous reconnaissions la royauté de Dieu dans nos vies. Si nous laissons Dieu régner dans nos cœurs, c’est-à-dire si nous laissons l’amour régner dans nos cœurs, alors le règne de Dieu peu à peu s’étendra dans le monde, car le Dieu des chrétiens, le Roi des chrétiens, est dépendant de l’homme. Il est dépendant de chacun d’entre-nous. Il a besoin de nous. Nous râlons parce que nous trouvons le monde dur, et nous avons raison. Nous râlons parce qu’il y a des guerres et des attentats, sans cesse, et nous avons raison.

Mais si nous voulons que tout cela cesse, il faut enlever de notre cœur toute trace de péché. Il faut supplier Dieu à genoux de nous aider à l’accueillir, de nous aider à faire de notre cœur le trône de Dieu. Notre cœur doit devenir le trône de Dieu.

Alors, si nous, chrétiens – près de deux milliards dans le monde – si nous, chrétiens, avons comme Roi de nos vies le Christ, alors le monde deviendra meilleur !

Le travail commence en nous et nous avons besoin de Dieu pour ce travail. La semaine prochaine commence l’Avent, commence l’année liturgique. Faisons comme si c’était une première fois.

Faisons comme si cette année liturgique marquait pour chacun d’entre-nous un nouveau départ, un commencement. Préparons-nous cette semaine à ce renouveau. Préparons-nous en suppliant Dieu de régner dans nos cœurs.

Je terminerai par une belle prière de Dimitri de Rostov, un orthodoxe, qui disait : « Ouvrez-vous portes et verrous de mon cœur, et laissez le Christ, le Roi de gloire, entrer ! »

A chacun d’entre-nous d’ouvrir la porte à ce Roi de gloire ou de fermer la porte de nos cœurs. Choisissons !

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Dimanche 12 novembre 2017

32e dimanche

[1ère lecture : Lecture du livre de la Sagesse (Sg 6, 12-16) – Psaume : (Ps 62 (63), 2, 3-4, 5-6, 7-8), 1, 2, 3) – Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens (1 Th 4, 13-14) – Évangile selon saint Matthieu (Mt 25, 1-13)]

Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous, mais, personnellement, je reste porté par l’élan de la fête de la Toussaint. Cette fête de la Toussaint a retenti pour moi comme un véritable appel à la sainteté. Elle m’a permis, tristement, de constater que j’étais loin d’être un saint et qu’il y a encore beaucoup, beaucoup de chemin à entreprendre, beaucoup de grâces à recevoir. Mais cet élan m’a rendu plus attentif, plus vigilant. Qu’est-ce qui, chaque jour, peut m’aider sur ce chemin de sainteté ?

Alors, quand cette semaine j’ai lu le psaume de ce dimanche, je l’ai pris comme un cadeau, comme une indication. En effet, il nous dit : « Mon âme a soif de toi », et un peu plus loin : « Comme par un festin, je serai rassasié ». Dans un cas, on fait appel à la boisson, dans l’autre à la nourriture nécessaires pour la vie. Ce psaume m’a renvoyé, si je ne m’abuse, à une parole d’Hippocrate qui disait que l’alimentation peut constituer un véritable médicament et qu’en fonction de notre manière de manger, de ce que nous mangeons, nous serons plus ou moins en bonne santé. Cette parole d’Hippocrate m’a renvoyé alors à l’Évangile et à cette parole du Christ : « L’homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole venant de la bouche de Dieu ». Et si la Parole de Dieu constituait l’aliment nécessaire, indispensable, sur notre chemin de sainteté ? Se pose alors une question, à mes yeux, tragique : nous mangeons trois fois par jour, sans compter les grignotages extra-repas. Où en sommes-nous de la Parole de Dieu ? Est-ce que notre âme en ressent le besoin aussi fortement que notre corps de la nourriture ? Est-ce qu’en dehors des messes, nous grignotons cette Parole de Dieu régulièrement ? En effet, si nous nous contentons de l’écouter à peine quatre minutes, le dimanche, nous risquons de rester sur notre faim. Il faut nous nourrir tous les jours de la Parole de Dieu, en faire un aliment indispensable à notre survie. Saint Thomas d’Aquin, si je ne m’abuse, nous invitait à « manduquer » la Parole de Dieu, c’est-à-dire à la mâcher, à la ruminer, pour mieux la digérer, pour qu’elle nous imprègne et qu’elle permette à notre âme d’être en bonne santé.

Aujourd’hui, les textes sont riches de nourritures, et je vous inviterai cet après-midi, après la messe, à les reprendre. Le livre de la Sagesse, si fantastique, si merveilleux, qui nous dit que la Sagesse est resplendissante, qu’elle est là, à portée de main et qu’il faut la chercher, qu’elle se laisse trouver, qu’elle vient à notre rencontre. Aujourd’hui pour nous, la Sagesse, ce n’est pas un concept abstrait, la Sagesse a un visage, elle a un corps, c’est le Christ. Il est la Sagesse et Il vient sans cesse à notre rencontre, mais nous, nous laissons-nous trouver ? Allons-nous Le chercher ?

La lecture de saint Paul, si belle, si riche elle aussi, qui nous donne de l’espérance, un aliment pour la vie à venir. Il n’y a pas de mort pour un chrétien, il n’y a que la vie, il n’y a que la naissance. Lorsque viendra le dernier jour de notre vie sur terre, nous naîtrons à la vie de Dieu, nous ressusciterons. Cet aliment est là pour nous empêcher de succomber à la tristesse, au désespoir qui parfois minent nos contemporains.

L’Évangile, quand à lui, peut être source de multiples interprétations. On pourrait considérer que ces jeunes filles prévoyantes sont des égoïstes, et qu’elles auraient pu partager avec celles qui, imprévoyantes, n’avaient pas pris assez d’huile. Mais lire le texte ainsi me semble incomplet, il nous faut une autre lecture plus spirituelle car il ne s’agit pas seulement d’huile. A l’époque, l’huile était faite grâce à des olives que l’on pressait. Il y avait du travail, de la préparation : la culture des oliviers, presser les olives, les mettre en bouteilles, les conserver. Un travail indispensable d’artisan qui prend du temps.

Cette huile, c’est la connaissance de Dieu, c’est l’expérience de Dieu, et aucun d’entre-nous ne peut la faire pour les autres. Cette expérience est individuelle. Nous ne pouvons qu’en témoigner. Nous ne pouvons pas donner notre expérience aux autres, nous pouvons en témoigner.

Il appartient à chacun d’entre-nous de s’interroger : sommes-nous des gourmands de nourritures terrestres ? Tant mieux ! La gourmandise, qui est devenue un péché, malheureusement par une mauvaise traduction, peut avoir du bon. Mais sommes-nous gourmands de la Parole de Dieu ? Est-ce que chez nous, nous avons à portée de main un Évangile posé, non pas au fin fond d’une bibliothèque ou derrière des étagères à l’accès difficile, mais un Évangile là, au milieu du salon, de notre chambre, à portée de main ? Sommes-nous alors capables d’en grignoter quelques passages à toute heure du jour, voire de la nuit ?

La Parole de Dieu se donne à manger à chacun d’entre-nous. Saint Paul nous dit que pour les plus fragiles, elle est laitage, pour les plus avancés, elle devient légume, pour certains, elle est viande. Soyons en certain, dans aucun cas Dieu n’est indigeste ! Elle est Vie. Alors, à nous de choisir avec quoi voulons-nous nourrir notre âme.

A chacun de répondre maintenant, dans le secret de son cœur, et de prendre les dispositions nécessaires dès aujourd’hui.

Amen.

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Dimanche 5 novembre 2017

31e dimanche

[1ère lecture : Lecture du livre du prophète Malachie (Ml 1, 14b – 2, 2b.8-10) – Psaume : (Ps 130 (131), 1, 2, 3) – Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens (1 Th 2, 7b-9.13) – Évangile selon saint Matthieu (Mt 23, 1-12)]

Cette semaine fut pour moi une semaine assez exceptionnelle. En effet, jeudi soir, j’ai rencontré Jésus. Je lui ai parlé. Nous avons échangé. Je l’ai entendu annoncer à des centaines de personnes la Bonne Nouvelle. Après avoir annoncé cette Bonne Nouvelle, il m’a confié combien c’était important pour lui de pouvoir être là présent au milieu du monde.

J’espère que vous êtes étonnés, au moins un brin interloqués ! Je vous rassure, je ne suis pas en plein délire mystique, peut-être un jour… Nous verrons. Non, tout simplement jeudi soir, j’étais à Paris Porte de Versailles, au Palais des Sports, où se jouait le spectacle de Christophe Barratier : Jésus. Des centaines de personnes étaient présentes. Un beau succès. L’acteur « Jésus », avec lequel j’ai pu échanger, m’a confié combien pour lui, c’était émouvant de jouer ce rôle. De jouer ce rôle. Mais en fait, il m’a confié qu’il ne jouait pas ce rôle, qu’il l’habitait pleinement, et qu’avant de monter sur scène, lui qui est d’origine maronite, priait toujours saint Charbel Makhlouf, un grand saint libanais. Une chose m’a attristé cependant, non pas que le metteur en scène, un de mes amis, Christophe Barratier, ne soit un peu loin de la religion. Ce qui m’a attristé, c’est ce que j’ai vu à l’extérieur. Il y avait beaucoup de groupes qui interpellaient les passants : des Évangélistes, des Témoins de Jéhovah, des groupes inidentifiables, pas de catholiques. On aurait dit qu’à Paris, aucune paroisse, aucun groupe chrétien, n’avait pensé que l’entrée ou la sortie d’un tel spectacle pouvait être l’occasion de transformer l’essai. Comment se fait-il que ce spectacle soit monté par un metteur en scène qui n’est pas un pratiquant régulier, avec la musique de Pascal Obispo, qui n’est pas non plus un pratiquant régulier, et qu’à l’extérieur, il n’y ait pas des catholiques pour annoncer la Bonne Nouvelle ?

Alors que la veille nous avions fêté la Toussaint, je me suis dit que nous étions peut-être un peu en panne, nous, les catholiques, que nous manquions un peu d’audace et d’imagination. Pourquoi est-ce que nous n’avons pas eu l’idée de monter un tel spectacle ? Pourquoi est-ce que nous n’avons pas eu l’idée d’être à l’extérieur pour accueillir et pour témoigner ? Il est très beau de fêter la Toussaint, de nous réjouir de la fête des saints, il est très beau, comme je l’ai fait, de citer Maurice Zundel et de dire que nous sommes appelés à devenir des vitraux ou des passeurs de lumière. Des paroles ! Mais comme le dit le Christ aujourd’hui dans l’Évangile : Taisez-vous un peu et agissez !

Le temps n’est pas celui des paroles, le temps est celui de l’action, et nous sommes les uns et les autres provoqués à cela. Nous avons fêté la Toussaint il y a 4 jours, mercredi – mercredi, jeudi, vendredi, samedi, dimanche – qu’est-ce qui a changé dans nos vies ? Comment nos vies se sont-elles transformées ? Est-ce que nos vies sont les mêmes ? Si c’est le cas, c’est triste ! Et je parle pour moi. Après la fête de la Toussaint, en rentrant chez moi, je me suis dit : « Patrice, cette fête de la Toussaint marque un départ, comme une nouvelle naissance, comme un élan.

Un élan vers quoi ? Un élan vers le Christ, pas un élan vers le dimanche suivant et le dimanche d’après. La vie d’un chrétien est naissance perpétuelle, élan perpétuel.

Depuis cette fête de la Toussaint, comme tout au long de l’année, et de manière peut-être plus forte, nous sommes en tension. Dans quelques semaines va s’ouvrir l’Avent, période de tension intense, de préparation. J’ai envie de vous dire aujourd’hui : Et si nous préparions la préparation ? Et si nous préparions dès à présent la période de l’Avent, plutôt que de risquer de somnoler de dimanche en dimanche jusqu’à ce qu’une couronne d’Avent éclairée régulièrement nous rappelle que les dimanches d’Avent se succèdent. Comment préparer l’Avent ? Comment préparer cette période ? En ouvrant nos cœurs à la Parole de Dieu.

De notre transformation intérieure, de notre naissance, dépend la transformation du monde. Nous râlons trop souvent sur l’actualité, sur la politique, sur la violence dans le monde, sur l’économie qui n’avance pas. Mais nous pourrions tout changer si, les uns et les autres, nous devenions des saints. Alors oui, même si la période de la Toussaint est terminée, je crois qu’il est important de le rappeler : ne soyons pas comme les médias où une information chasse l’autre et l’on oublie ce qui précède. Cet appel à la sainteté retentit, non pas chaque dimanche, non pas chaque semaine, non pas chaque jour, mais à chaque minute.

A chaque minute, le Christ s’adresse à nous : « Viens et suis moi. », mais est-ce que nous savons l’écouter ? Est-ce que nous sommes là lorsqu’Il lance son appel ?

Alors, pour agir concrètement, je vous invite de retour chez vous à reprendre le psaume 130, lu aujourd’hui. En effet, nous l’avons lu, nous l’avons écouté, mais peut-être que déjà nous l’avons oublié ! Comment se laisser transformer si nous oublions ce que Dieu dit ?

Alors oui, reprenez ce psaume 130 qui est un appel, un appel à garder son âme égale et silencieuse. Pourquoi ? Afin d’écouter la voix de Dieu. Dieu n’est pas dehors, Dieu est dedans et dehors. Dieu est partout. C’est nous qui ne sommes pas là.

Être présence à la Présence, voilà ce qui va nous transformer.

Alors, tout simplement en ce dimanche, demandons au Seigneur de raviver le désir de sainteté, s’il a été oublié.

Demandons au Seigneur de nous en indiquer le moyen, car chacun d’entre-nous, dans cette assemblée, reçoit un appel différent.

Est-ce que nous sommes là lorsqu’Il lance son appel ?

Pendant quelques instants, gardons notre âme silencieuse afin d’écouter la voix de Dieu.

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1er novembre 2017

Fête de la Toussaint

[1ère lecture : Lecture de l’Apocalypse de saint Jean (Ap 7, 2-4.9-14) – Psaume : (Ps 23 (24), 1-2, 3-4ab, 5-6) – Lecture de la première lettre de saint Jean (1 Jn 3, 1-3) – Évangile selon saint Matthieu (Mt 5, 1-12a)]

Animant depuis deux jours, au sein de ce monastère, une session intitulée « devenir saints avec Maurice Zundel et les pères du désert », vous comprendrez que je m’appuie aujourd’hui sur ces derniers. Il y a de nombreuses manières de voir les saints, certaines sont un peu mièvres. Maurice Zundel nous dit tout d’abord qu’il faut se garder de voir dans les saints uniquement des intercesseurs, j’ajouterais au risque d’une vision utilitariste des saints. Nous prions tel ou tel saint pour telle ou telle chose : saint Antoine de Padoue lorsque nous avons perdu nos clés par exemple, ou bien d’autres encore. Mais les saints, c’est plus que cela !

Ce qui rend indispensable dans notre vie chrétienne, les saints, c’est qu’ils actualisent la présence de Dieu. Les saints ne sont pas des gens qui ont forcément écrit sur Dieu, qui ont raisonné sur Dieu, qui ont construit des systèmes à propos de Dieu. Les saints sont des êtres brûlants de l’amour de Dieu. Être saint ne constitue pas une option pour un chrétien. Être saint, devenir saint, est une mission. Depuis que le Christ s’est élevé de terre le jour de l’Ascension et qu’Il a envoyé l’Esprit-Saint, c’est à travers des hommes et des femmes comme nous qu’Il se révèle. Les saints sont ceux qui ont laissé naître Dieu en eux, qui ont laissé Dieu habiter tout leur être, tout ce qu’ils sont, leur volonté, leur désir, leur mémoire, leur affectivité. Mais la sainteté n’est pas réservée à des êtres d’exception, elle est destinée, je le répète, à chacun d’entre-nous. Être saint, cela ne veut pas dire forcément faire des choses exceptionnelles, « supranormales » pourrait-on dire, comme certains saints ont pu le faire. La sainteté se vit au quotidien, là où nous sommes, quel que soit notre âge. Quand nous sommes lycéens ou étudiants, c’est auprès de ceux qui nous entourent que nous avons à être saints. Nous sommes appelés à devenir les vitraux de Dieu. C’est Dieu qui éclaire ces vitraux, mais c’est à travers ces vitraux que la lumière passe. Il en est de même de la sainteté : les saints sont des êtres qui sont devenus les vitraux de Dieu, les photophores de Dieu, là où ils étaient. Dans notre vie professionnelle, nous avons aussi à vivre cette sainteté qui fait que nous ne pouvons pas agir ou parler comme tout le monde, ou penser comme tout le monde. La sainteté consiste à sacraliser le quotidien et pour cela Dieu a besoin de nous. L’appel à la sainteté est inhérent au baptême. Par le baptême, nous avons reçu l’Esprit-Saint, la force de Dieu, et ce qui serait impossible à un humain, devient possible à celui qui est habité par cette force. Cette force est une force d’amour envers et contre tout. C’est cet amour qui rend celui qui l’éprouve saint. C’est de cet amour qu’il témoigne.

Alors, très concrètement, cela a pour nous des conséquences au quotidien, et j’oserai dire à chaque heure. « Si nous nous taisons » dit Abba Arsène, « taisons-nous pour Dieu. Si nous parlons, parlons pour Dieu ». Nous avons comme premier travail à surveiller tous nos propos, à bannir de notre vie les propos inutiles, futiles, méchants. Nous avons à faire de notre langue et de nos lèvres l’instrument de Dieu afin qu’Il parle à travers nous, qu’Il se révèle dans les mots que nous allons pouvoir prononcer, dans les silences que nous allons adopter. Dieu a besoin de nous. Un chrétien ne pense pas comme tout le monde. C’est une discipline de tous les instants : maîtriser nos pensées, maîtriser ce qui sort de notre cœur, le mettre sous le regard de Dieu.

Mais être saint, c’est adopter un comportement qui nous différencie de tous les autres. C’est par notre comportement que Dieu passe. C’est par notre témoignage que Dieu se révèle. Dieu s’est rendu dépendant de l’homme. Dieu s’est rendu dépendant de chacun d’entre-nous, totalement dépendant.

Alors, aujourd’hui, en cette fête de la Toussaint, nous pouvons nous réjouir de tous les saints qui nous précèdent, de tous saints qui, par leur vie, ont parlé de Dieu. Les saints reconnus officiellement mais aussi ces saints inconnus que nous avons croisés dans nos vies et qui nous ont éclairés.

Mais si nous voulons vivre pleinement cette fête, ce 1er novembre doit marquer aujourd’hui pour chacun d’entre-nous un commencement . Ce qui s’est passé hier, s’est passé hier, est terminé. Notre manière de vivre avant d’entrer dans cette église est terminée. Durant cette célébration, nous sommes transformés, nous allons changer, et tout va commencer tout à l’heure.

Tout va commencer dès que nous franchirons les portes de cette église : est-ce que mes pensées sont pour Dieu ? Est-ce que mes paroles sont pour Dieu ? Est-ce que mes actes sont pour Dieu ? Est-ce que je vais devenir le vitrail de Dieu ?

Alors, pendant quelques instants de silence, confrontons-nous à cette question :

Ai-je envie, ai-je le désir de devenir saint ?

Si nous disons tout de suite : « J’en ai peur, c’est pour d’autres », nous condamnons l’Esprit-Saint à se taire en nous. N’ayons jamais peur, l’Esprit-Saint est là, le Christ est présent, Il nous donnera toujours la force. Mais en avons-nous le désir ? Sommes-nous, en 2017, pour cette Toussaint, des tièdes, des chrétiens de surface ou des chrétiens de fond ?

Cette célébration a commencé par la lecture de l’Apocalypse où l’on nous parlait de la grande épreuve, je terminerai par l’Apocalypse : « Dieu vomit les tièdes ».

Ce n’est pas moi qui le dit, c’est écrit.

Saurons-nous écouter ?

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Dimanche 29 octobre 2017

30e dimanche

[1ère lecture : Lecture du livre livre de l’Exode (Ex 22, 20-26) – Psaume : (Ps 17 (18), 2-3, 4.20, 47.51ab) – Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Thessaloniciens (1 Th 1, 5c-10) – Évangile selon saint Matthieu (Mt 22, 34-40)]

Avec les années, nous constatons les uns et les autres, que parfois l’arthrose se fait forte. On nous demande alors d’accomplir des assouplissements afin de pouvoir garder une certaine souplesse du corps. Mais la plus grande difficulté est l’arthrose mentale, l’arthrose spirituelle : Nous écoutons les lectures avec une oreille habituée, comme si rien n’était neuf. Pourtant, tous les dimanches, la Parole de Dieu devrait nous apparaître neuve, provocante, nous invitant à la sortie de cette église à vouloir agir et à la mettre en œuvre. Afin de pouvoir garder un regard émerveillé sur l’Écriture, il est toujours intéressant de la mettre en rapport avec notre vie : ce que nous entendons, ce que nous lisons, ce qui nous provoque à la voir différemment. Ainsi, cette semaine, tous ces textes m’ont apparu neufs, suite à des déclarations du pape François, et du fait qu’à partir de demain, j’anime ici même une session intitulée : « Devenir saint avec le père Maurice Zundel et les pères du désert ».

Le premier texte nous disait : « Tu n’exploiteras pas l’immigré, tu ne l’opprimeras pas […] Vous n’accablerez pas la veuve et l’orphelin […] Si tu prêtes de l’argent à quelqu’un de mon peuple, à un pauvre parmi tes frères, tu n’agiras pas envers lui comme un usurier : tu ne lui imposeras pas d’intérêts », Saint Paul de son côté, dans sa lettre aux Thessaloniciens, nous invitait à nous détourner des idoles.

Le 23 octobre dernier, le pape François, commentant la parabole de l’homme riche dans l’Évangile de Luc, a pointé du doigt l’idolâtrie de l’argent qui fait mourir tant de personnes. Il a prié le Seigneur afin que Celui-ci touche le cœur de tous ceux et celles qui ont fait de l’argent et du profit le sens de leurs vies. Il ne s’agit pas de mots, il s’agit de quelque chose de vital, je le répète et je le dirai encore souvent jusqu’à mon dernier souffle : pendant que nous sommes ici, bien au chaud, un être humain meurt de faim toutes les 3 secondes, et ce scandale pourrait être évité ! En 2014 en effet, le pape François, présent à un colloque de financiers consacré à la spéculation et au trading, avait demandé que l’on ne spécule plus sur les matières premières ainsi que sur la dette des pays pauvres. A ma grande tristesse, non seulement ce texte n’a pas eu d’écho dans notre société, mais il a eu peu d’écho dans l’Église, et peu de gens en ont entendu parler. Pourtant, si des êtres humains meurent de faim ou souffrent de malnutrition, c’est à cause de la spéculation entreprise par certains au détriment des plus pauvres. Tout cela par l’idolâtrie de l’argent.

Hier, le pape François, au Vatican, a reçu des représentants de communautés chrétiennes et d’hommes et femmes de la vie politique pour un colloque consacré à l’Europe. Le thème de ce colloque était : « Repenser l’Europe, une contribution chrétienne à l’avenir de l’Europe ». Les plus anciens d’entre-nous le savent, si l’Europe est née, c’est pour faire cesser les guerres qui secouaient le continent européen, pour faire que les peuples cessent de se massacrer et se consacrent au bien commun.

Qu’en est-il aujourd’hui de l’Europe ? Qu’allons-nous laisser à vos enfants et aux enfants de vos enfants ? Une Europe fondée, là aussi, sur la spéculation et sur le profit ? Ou bien une Europe consacrée au soutien des plus pauvres, à tous ceux et celles qui n’ont rien ? Nous, chrétiens, ne sommes pas comme tout le monde, nous ne pensons pas comme tout le monde, nous ne pouvons pas penser comme tout le monde. Notre préoccupation première est toujours dirigée vers le plus faible, le plus pauvre, afin que la vie ne le broie pas, et nous pouvons, nous, chrétiens, agir. Nous le pouvons. Dans le monde, il y a deux milliards de chrétiens, imaginez si ces deux milliards de chrétiens s’étaient levés après le texte du Pape sur la spéculation en disant : « Nous, deux milliards de chrétiens, demandons à ce que l’on cesse de spéculer sur les matières premières ainsi que sur la dette des pays ». Deux milliards de citoyens, peut-être que cela aurait pu changer le monde !

Alors, une question se pose : sommes-nous là, finalement, pour écouter de beaux textes qui nous parlent d’un idéal que nous n’atteindrons jamais ? Sommes-nous là pour aménager le monde ou sommes-nous là pour changer le monde ? A chacun d’entre-nous de répondre : aménager le monde ou changer le monde ? Et je me tourne aujourd’hui vers les plus jeunes : que voulez-vous ? Avez-vous un idéal au cœur ou n’avez-vous plus d’idéal ?

Mais sur quoi est fondé cet idéal ? Le Christ nous répond dans ce magnifique évangile de Matthieu, et Maurice Zundel parlant de ce dernier, disait : « Le bien, ce n’est pas se conformer à des commandements, mais d’aimer quelqu’un qui est l’amour ». Une question se pose : est-ce que nous aimons Dieu ? Est-ce que nous aimons le Christ ? Quand on est amoureux, on a envie de changer le monde, tout paraît possible, aucune difficulté n’existe. L’amour, ne dit-on pas, donne des ailes, nous pousse à aller plus loin, parfois à la déraison. Mais heureusement que nous ne sommes pas toujours raisonnables. L’amour de Dieu, l’amour du Christ, à quoi nous pousse-t-il ? A « débiter » des prières ou bien à agir ? Maurice Zundel, dans des phrases terribles, disait : « Ne pas aimer Dieu, c’est le tuer. Ne pas aimer Dieu, c’est le crucifier. Ne pas aimer Dieu, c’est l’exiler de son cœur. Ne pas aimer Dieu, c’est l’exiler de l’univers ». Vous vous rendez compte de la responsabilité qui est la nôtre ? Ne pas aimer Dieu, c’est le crucifier. En effet, Maurice Zundel poursuit : « Là où est l’amour est la bonté, Dieu est dans l’amour, Dieu est dans la bonté ». A un enfant qui lui demandait au catéchisme : « Mon père, mon père, c’est quoi Dieu ? », Maurice Zundel a répondu : « Dieu, c’est quand tu es bon, quand tu es tendre, quand tu fais le bien, quand tu aimes ».

Nous parlons souvent du péché, nous avons parfois abusé de ce mot, mais Maurice Zundel, là encore, nous disait : « Le plus grand péché, c’est d’être un écran, un mur entre Dieu et l’homme ». Le plus grand péché, c’est de refuser d’être source. Eh bien oui, aujourd’hui se pose une question à nous : est-ce que nos pensées, nos paroles, nos actions, est-ce que notre visage cette semaine sera un mur qui fera écran entre Dieu et les hommes ? Ou bien, est-ce que par tout notre être nous serons des passeurs de lumière ? Nous sommes appelés à devenir ces vitraux, ils sont lumineux aujourd’hui, la lumière ne vient pas d’eux-mêmes, elle vient du soleil. La lumière ne vient pas de nous-mêmes, elle vient de Dieu, mais nous avons à être ces vitraux, nous avons à être des passeurs de lumière.

Alors oui, tout va commencer quand nous quitterons cette église, quand nous serons dans le monde, quand nous vivrons avec tout le monde. Serons-nous des murs ou des passeurs de lumière ? A chacun d’entre-nous de répondre et d’agir par ses pensées, par ses paroles et par ses actes.

Amen.

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Dimanche 22 octobre 2017

29e dimanche

[1ère lecture : Lecture du livre du prophète Isaïe (Is 45, 1.4-6) – Psaume : (Ps 95 (96), 1.3, 4-5, 7-8, 9-10ac) – Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Thessaloniciens (1 Th 1, 1-5b) – Évangile selon saint Matthieu (Mt 22, 15-21)]

Tout au long de l’histoire, depuis deux mille ans, des expressions bibliques sont entrées dans le domaine commun, pourrait-on dire. Malheureusement, la plupart du temps, elles sont entrées perverties. Ainsi la semaine dernière, souvenez-vous, nous avions vu cette expression bien connue : « Il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus ». Aujourd’hui, il nous est dit par le Christ : « Rendez donc à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Cette expression, aujourd’hui, dans notre belle France, est même utilisée par des partisans de la laïcité comme un instrument pour inviter l’Église à rester à sa place. Ainsi, il y a plusieurs dizaines d’années, lorsque les évêques avaient sorti un texte sur la dissuasion nucléaire, un certain nombre de personnes leur conseilla de « rester dans leurs sacristies ».

Cette expression, mal comprise, peut sous-entendre qu’il y a le monde, avec ses règles, et l’Église avec les siennes, et que les deux ne communiquent pas. Cette dualité oppose le monde et Royaume de Dieu, le terrestre et le Céleste, l’humain et le Divin. J’ose le dire, ceci n’est pas chrétien. En effet, opposer les deux serait vrai si le Christ était arrivé sur une planète inconnue afin de donner sa parole et de dire aux uns et aux autres quoi faire, comment vivre. Ce n’est pas ce qu’il s’est passé. En effet, souvenez-vous, dès le chapitre premier de la Genèse, il est dit que « Dieu a créé le monde », Dieu a créé tout ce que le monde contient, depuis le soleil et la lune, les herbes, les fruits des arbres, les animaux, le ciel et la mer, la terre, et enfin l’homme, sommet de la Création, avec une particularité que nul ne possède : d’être à l’image de Dieu. Dans notre humanité, tous les êtres sur cette terre sont à l’image de Dieu. Comment pourrions-nous opposer César et Dieu, le terrestre et le Céleste, l’humain et le Divin, alors que Dieu a tout créé ? Opposer les deux n’a pas de sens. Par contre, en ce dimanche des missions, il nous est rappelé avec force que nous avons à évangéliser le monde et, en allant plus loin, à humaniser le monde, parce que ce qui n’est pas humain ne peut pas être divin.

Les chantiers pour nous sont nombreux, pour nous, chrétiens. Ne sélectionnons pas un chantier, comme cela se fait trop souvent, au détriment des autres. Quelques chiffres, durant cette heure de célébration : 1 être humain va mourir de faim toutes les 3 secondes, sans compter ceux qui subiront à vie le fait de ne pas avoir assez mangé. La mission des chrétiens est de témoigner de cela, et d’aider les êtres humains à résoudre ce problème qui pourrait l’être si on ne spéculait pas sur les récoltes, comme cela se fait trop souvent, afin d’emmagasiner, non pas du blé pour nourrir, mais de l’argent.

D’autres chantiers, plus proches de nous, sont à notre portée : 300 000 personnes âgées de plus de 70 ans ne reçoivent pas de visites durant la semaine et sont isolées. Là aussi, les chrétiens ont à être missionnaires.

Le monde de la santé est un monde extraordinaire, et, dès les premiers siècles de l’Église, la sainteté consistait à soigner ceux qui sont malades de manière gratuite afin que tout le monde puisse bien se porter. Parfois, je m’interroge : la médecine n’a-t-elle pas perdu son âme quand certains pensent plus au nombre d’actes rémunérés qu’au bien-être des patients ? Le monde de la finance qui, vous le savez, m’est cher, est un monde à convertir, et les chrétiens ont à être missionnaires. Comment être complices de banques qui spéculent sur la dette des pays ou sur leurs matières premières ? Ce n’est pas moi qui le dit, c’est le pape François, qui, il y a trois ans, avait inauguré un colloque à Rome demandant aux banques de ne plus spéculer sur les matières premières.

Mais soyons optimistes, et je suis optimiste, le monde est en train de changer.

J’aime ce proverbe africain qui dit qu’un arbre qui tombe fait plus de bruit qu’une forêt qui pousse.

Et la forêt pousse : nombre de personnes, aujourd’hui, n’acceptent pas le monde tel qu’il est et veulent le changer. Elles veulent changer la manière de manger : moins de pesticides et plus de produits naturels, la manière d’enseigner, au service des jeunes, la manière de soigner en prenant désormais une approche plus globale de la personne, dans le respect de l’être.

Alors oui, en ce dimanche missionnaire, nous, chrétiens, nous mesurons l’ampleur de la tâche, parce que, lorsque le Christ reviendra, Il nous demandera :

« Qu’avez-vous fait de la terre que j’ai créée, de ce monde où l’homme est le sommet ? Qu’avez-vous fait de vos frères ? Qu’avez-vous fait de la terre ? ».

N’oublions jamais que ce qui blesse la nature, blesse l’homme et que ce qui blesse l’homme, blesse Dieu.

Combien de temps laisserons-nous le monde souffrir ?

A chacun d’entre nous d’en décider…

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Dimanche 15 octobre 2017

28e dimanche

[1ère lecture : Lecture du livre du prophète Isaïe (Is 25, 6-10a) – Psaume : (Ps 22 (23), 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6) – Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens (Ph 4, 12-14.19-20) – Évangile selon saint Matthieu (Mt 22, 1-14)]

Avant toute chose, il me semble important de tordre le cou à une fausse interprétation de cette finale de l’Évangile : « Beaucoup sont appelés, peu sont élus ». Certains l’ont interprétée comme étant, finalement, le fait que le Royaume serait réservé à une élite et que bien peu y arriverait. La vérité est plus simple : le Christ parle dehors, sur des montagnes, à la croisée des chemins ; beaucoup de gens viennent l’écouter, Il remarque avec tristesse une chose : parmi ces gens, il y a peu de juifs, peu de membres du peuple élu, qui viennent l’écouter, et que ce sont finalement des étrangers au peuple élu qui viennent Le rencontrer. Cela, Il le regrette.

Mais aujourd’hui, à la lecture des textes, une chose m’a frappé : on nous parle à plusieurs reprises de vêtements. Dans le premier texte, on nous parle d’un voile de deuil, d’un linceul qui couvre les nations, dans l’Évangile, on nous parle du vêtement de noce. Si je laisse parler le psychologue qui est en moi, j’aurai tendance à dire que le proverbe « L’habit ne fait pas le moine » est faux. Notre vêtement, celui que nous portons, dit quelque chose de nous, et des psychanalystes vont même jusqu’à dire que le vêtement est comme une seconde peau que nous rajoutons pour nous identifier. En effet, on remarque que, selon les époques, selon les milieux sociaux, le vêtement a permis aux uns et aux autres de montrer qu’ils appartenaient, entre guillemets, à la même « tribu ». Le vêtement est un signe d’identification, les couleurs du vêtement disent aussi quelque chose de nous, et selon les moments, nous ne possédons pas les mêmes vêtements.

Mais en allant au-delà, interrogeons-nous : quel est le vêtement du chrétien ?

Pour cela, j’ai pensé à Marie en ce Mois du Rosaire et je me suis souvenu de tableaux magnifiques qui se trouvaient à Florence, où l’on voit Marie prendre sous ses vêtements l’ensemble du peuple de Dieu, comme pour le protéger. Le vêtement de Marie protège, et l’on comprend, dès lors, que le pape François ne cesse d’insister depuis le début du mois d’octobre sur l’importance de prier Marie, l’importance du chapelet, l’importance de la prière d’intercession qui lui est dirigée. Marie, pour notre vêtement, peut être un modèle : elle a revêtu tout d’abord le vêtement de la confiance en disant « oui ». Elle a revêtu le vêtement du souci de l’autre, du bien-être de l’autre lorsqu’aux Noces de Cana, elle a insisté pour que son fils transforme l’eau en vin. Elle a revêtu le vêtement de deuil et de tristesse quand elle se trouvait au pied de la croix.

Alors, nous qui passons, sauf vous, mes sœurs, beaucoup de temps dans les magasins à chercher chaque année des vêtements, et en période de soldes, l’occasion à ne pas manquer, interrogeons-nous : passons-nous autant de temps à revêtir notre âme du vêtement de Dieu qu’à parcourir les magasins pour savoir ce que nous allons porter dans les mois qui suivent ?

Tous les matins, cette question devrait nous préoccuper : quel vêtement allons-nous revêtir pour notre âme ? Est-ce que nous allons prendre dans notre penderie le vêtement de la critique perpétuelle, de l’insatisfaction ? Est-ce que nous allons prendre le vêtement du déclinologue, à râler sans cesse ? Allons-nous prendre le vêtement du désespoir qui consiste à dire que « de toutes manières tout est foutu et que cela ne sert à rien » ? Ou alors, allons-nous prendre le vêtement du baptisé ? Parce que, vous le savez, le baptisé possède un vêtement que l’on ne revêt, finalement, malheureusement, qu’à peine quelques minutes au moment du baptême : un vêtement blanc. C’est le vêtement que, tous et toutes dans cette assemblée, nous devrions porter. Tous et toutes, en arrivant dans cette église, nous devrions prendre une aube blanche, la revêtir, et venir prier, parce que l’aube n’est pas l’apanage du prêtre ou des servants d’autel ou des grands clercs, l’aube, c’est le vêtement du baptisé.

Par souci de simplification, il n’y a finalement que ceux qui célèbrent dans le chœur qui prennent ce vêtement, et je le regrette. Imaginez, tous en blanc, est-ce que finalement, cela ne nous inviterait pas à vivre différemment ? Les autres s’interrogeraient : « Pourquoi sont-ils en blanc ? » Parce qu’ils sont baptisés, parce qu’ils sont habités par la puissance de l’Esprit-Saint. Alors que, le matin, nous sortons dans le monde habillés comme tout le monde, certains ne voient même pas que nous sommes des baptisés, et que nous avons à vivre en baptisés. Si nous étions tous les jours de la semaine habillés d’une aube, peut-être que nous serions plus témoins de la Parole de Dieu, peut-être que nous aurions tendance à surveiller nos propos, à veiller à notre attitude, à prendre soin de l’autre quand il a besoin, et à ne pas passer devant ceux qui, à même le sol, implorent notre regard. Porter un vêtement blanc, tout au long de la semaine, nous responsabiliserait et nous inviterait à être des témoins au quotidien, alors que, finalement, habillés comme tout le monde, nous pouvons, dans l’anonymat le plus complet, nous conduire comme tout le monde, et c’est peut-être là notre drame à nous, chrétiens. Nous ne pouvons pas nous conduire comme tout le monde ! Nous ne pouvons pas penser comme tout le monde ! Nous ne pouvons pas parler comme tout le monde ! Nous ne pouvons pas regarder le monde comme tout le monde ! Nous sommes appelés à transformer le monde.

Comment faire ? En ce mois de Marie, je pense à la voyante de L’Ile-Bouchard, le message que lui a laissé Marie est multiple, mais il y a en a un qui m’a marqué, Marie lui a dit : « Tous les matins, faites un signe de croix, lentement, comme si vous passiez un vêtement, le vêtement du baptisé ». Nous, occidentaux, avons choisi de faire un signe de croix en haut du corps, on s’arrête au nombril – nous sommes très fatigués – nos frères orthodoxes le font différemment, ils revêtent un vêtement, ils se signent du haut du crâne jusqu’au bas des pieds et remontent, afin de montrer qu’ils ont revêtu entièrement le Christ.

Tous les matins, après la toilette et avant de partir dans la rue, après avoir revêtu ou même avant d’avoir revêtu les vêtements du monde, revêtez le Christ par un signe de croix vécu avec intensité. Même si vous êtes habillés comme tout le monde, vous ne serez pas comme tout le monde, vous aurez revêtu le Christ.

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Dimanche 8 octobre 2017

27e dimanche

[1ère lecture : Lecture du livre du prophète Isaïe (Is 5, 1-7) – Psaume : (Ps 79 (80), 9-12, 13-14, 15-16a, 19-20) – Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens (Ph 4, 6-9) – Évangile selon saint Matthieu (Mt 21, 33-43)]

Aujourd’hui, j’aimerais développer avec vous deux points principaux. Le premier, cet avertissement du Christ à la fin de l’Évangile : « Le royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à une nation qui lui fera produire ses fruits. ». A qui s’adresse le Christ ? Aux hommes de son temps ou à nous, aujourd’hui ?

Si nous nous contentons de dire qu’Il s’adresse aux hommes de son temps, nous nous disculpons et, à partir de là, nous ne sommes plus capables de voir ce qui va et ne va pas, aujourd’hui, au sein même de notre Église, en nous. Le Christ nous a confié une responsabilité, il y a deux mille ans. Où en sommes-nous de cette responsabilité ? Je ne dis pas cela pour vous qui êtes là, aujourd’hui, pratiquants, pour la plupart, réguliers. Mais je dis cela, au final, pour tous les chrétiens qui ne pratiquent plus, qui ne lisent plus la Parole de Dieu.

Nous sommes, à notre époque, dans un entre-deux. Beaucoup d’hommes et de femmes sont en quête, même s’ils cherchent en dehors de l’Église. Mais nous avons un potentiel colossal puisque, encore aujourd’hui, en France notamment, près de 60% de la population se dit catholique. Alors, nous avons à rejoindre ces personnes, à leur montrer que la vigne dont parle le seigneur, eh bien, c’est celle que le Christ a semée au plus profond de notre humanité.

Le deuxième point, c’est la manière de lire cet évangile de la vigne. Lorsque j’étais enfant, il y avait un chant qu’on nous faisait chanter à l’aumônerie : « Une vigne à vendanger, un grand champ à moissonner » – je suis sûr qu’il résonne dans la tête de beaucoup d’entre vous -. C’est un très beau chant, certes, mais il possède un inconvénient, il met tout à l’extérieur. Le champ à moissonner, c’est le monde, la vigne à vendanger, c’est le monde. Mais le premier champ, la première vigne est en nous, c’est notre cœur, et nous l’oublions.

Aujourd’hui, dans le cadre de cette messe célébrée et expliquée, regardons le chœur de notre église, de cette église. Il est ici présent, et au cœur de ce chœur, qu’y a-t-il ? L’autel qui représente le Christ. Nous avons là une métaphore de notre cœur, au centre de notre cœur, il y a le Christ. Il y a une vigne intérieure plantée par le Seigneur. Cette vigne peut donner du grain, du vin magnifiques : la foi, l’espérance, la charité, la prudence, la tempérance, la force et le courage. Ces vertus qui ont été semées par le Seigneur dans notre cœur. Il y a aussi les dons de l’Esprit-Saint, qui sont là, aussi, dans notre cœur. Mais, qui les cultive ? Quels sont les vignerons qui les cultivent ?

On peut voir notre cœur comme cette vigne, il y a des vignerons passionnés : la luxure, l’égoïsme, l’avidité, l’orgueil, la vaine gloire, le repli sur soi, la non-écoute de Dieu. Est-ce là les vignerons qui cultivent notre cœur ? Non. Nous sommes appelés, avec l’aide de Dieu, à développer cette vigne intérieure, au jour le jour. Un chrétien pourrait être comparé à un artisan : à chaque heure, il travaille pour le Seigneur. En regardant notre cœur, comme cette vigne, nous y voyons pousser, parfois, de mauvaises herbes qui risquent de détruire la vigne, des parasites qui risquent de l’abîmer pour un temps. Il nous faut, comme des jardiniers, chaque jour, couper la mauvais herbe dès qu’elle pousse, mettre un terme aux parasites dès qu’on les voit. Comment ? C’est très simple, saint Paul nous y aide : « La paix de Dieu, gardera vos cœurs et vos pensées dans le Christ ». Eh bien, demandons à Dieu d’être le gardien de notre cœur. La tour de garde, dont il est question dans l’Évangile, c’est notre vigilance. Dès qu’un mot comme « imbécile » sort de notre bouche à l’égard d’un autre, alors nous savons que ce sont les mauvais vignerons qui cultivent la vigne, et nous sommes appelés à réagir immédiatement. Le Seigneur est le gardien de notre cœur, mais Il a besoin de nous.

Si nous ne voulons pas que ce texte reste un texte bucolique dont nous aurons ce soir, vers 19 heures, un lointain souvenir, ayons en tête cette image : notre cœur est une vigne et nous sommes appelés à la cultiver, à en prendre soin. Nous avons à être vigilant à nos pensées, à ce qui se trouve dans notre cœur, parce que de nos pensées sera produit des actes et, si nos pensées sont loin de Dieu, nos actes seront loin de Dieu.

Oui, plus que jamais, aujourd’hui, et c’est la demande de nombre de nos contemporains, ne regardons pas seulement à l’extérieur, regardons à l’intérieur. Cela ne nous coupera pas du monde. Cela, au contraire, nous rendra plus opérant au sein du monde. On peut être généreux sans amour, on peux aider les autres sans charité. Alors, soyons différents : que nos actes soient conformes à notre pensée, que notre manière de vivre reflète notre foi. Alors, les gens qui nous côtoieront, nous diront : « Mais comment fais-tu pour cultiver une vigne aussi belle, qui produit de si beaux fruits ? ».

Alors, nous lui dirons : « Le Seigneur est le gardien de mon cœur ».

Amen.

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Dimanche 1er octobre 2017

26e dimanche

[1ère lecture : Lecture du livre du prophète Ézékiel (Ez 18, 25-28) – Psaume : (Ps 24 (25), 4-5ab, 6-7, 8-9) – Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens (Ph 2, 1-11) – Évangile selon saint Matthieu (Mt 21, 28-32)]

Il y a quelques mois, un ouvrage, écrit par un parfait inconnu, est devenu un phénomène de librairie. C’est rare, mais cela arrive. En quelques mois, cet ouvrage a été traduit en vingt langues. En France, il est déjà vendu à plus de sept cent mille exemplaires.

Quand on sait que certaines personnes connues, hommes politiques ou autres, publient parfois des ouvrages qui ne sont vendus qu’à mille exemplaires, on est alors attiré et on a envie de savoir de quoi parle ce phénomène de librairie. Cet ouvrage, s’appuyant sur des enquêtes scientifiques, nous parle des arbres des forêts. Et que dit cet ouvrage ? Que, dans une forêt, les arbres se soutiennent les uns les autres, qu’ils vont même jusqu’à se guérir les uns les autres. Depuis, allant encore plus loin, certains scientifiques ont prouvé que des champignons, dans les forêts, ont la même fonction. Cela m’a rappelé un voyage au Canada où, montés sur une montagne aride où il n’y avait que des pierres, nous avons pu observer des plantes qui poussaient en rond, les unes près des autres. Le guide nous expliqua alors que ces plantes poussaient les unes près des autres pour se soutenir lors des grands froids et permettre à la majorité de survivre.

Vous comprenez certainement pourquoi je vous cite ces deux exemples : la lecture de saint Paul, aujourd’hui, est une invitation pour nous, une motivation à vivre notre vie chrétienne encore plus fort : « S’il est vrai que dans le Christ on se réconforte les uns les autres, si l’on s’encourage avec amour, si l’on est en communion dans l’Esprit, si l’on a de la tendresse et de la compassion, alors, pour que ma joie soit complète, ayez les mêmes dispositions, le même amour, les mêmes sentiments ; recherchez l’unité. ». Tout est dit dans ces quelques phrases : nos groupes, nos paroisses, nos communautés sont comme ces forêts dont parle cet ouvrage. Les uns et les autres, dans ce cadre quel qu’il soit, nous sommes appelés à prendre soin les uns des autres. C’est capital, parce que, parfois, il fait froid dans le monde, parce que, parfois, c’est la peur, la peur de l’autre, la haine, la violence, l’esprit de compétition, les intérêts économiques qui prévalent sur l’intérêt commun. Depuis toujours, l’Église, à temps et à contre-temps, est le témoin de l’option préférentielle pour les plus faibles. Dès le IVe siècle, Basile de Césarée, dans les déserts de Cappadoce, créait partout des dispensaires, des écoles pour que, ceux qui n’avaient rien, puissent être soignés, apprendre à lire, à écrire. Depuis 2000 ans, des chrétiens, dans le monde entier, se démènent pour aider le monde à devenir meilleur.

Mais le travail n’est pas fini, il n’est jamais fini, il ne sera fini que le jour où le Christ reviendra dans toute sa gloire, jour que nous attendons. Mais, pour préparer ce jour, nous devons changer le monde.

Nous sommes invités, nous, chrétiens, à changer le monde, et pour changer le monde, il faut changer notre cœur. Quel que soit notre âge, que nous soyons scouts ou à la Conférence Saint Vincent de Paul, quelles que soient les personnes que l’on côtoie, nous sommes appelés à changer notre cœur. Comment ? Que notre cœur devienne comme celui du Christ. Nous avons un modèle, un cœur plein de tendresse et de compassion. Ce ne sont pas des mots, la tendresse et la compassion témoignées aux uns et aux autres font plus de travail parfois qu’une homélie sur l’amour qui parfois peut se montrer sirupeuse, sans âme. Notre monde a besoin de tendresse.

Cette semaine encore, grâce à l’accueil de l’abbaye Sainte-Croix, nous avons pu recevoir des hommes et des femmes qui venaient de partout. En quelques jours, de par la tendresse, l’attention témoignée, nous avons vu leur visage changer, des yeux tristes, fermés, devenir lumineux et s’ouvrir. Pourtant, nous n’avons rien fait d’exceptionnel, simplement, nous avons témoigné que chaque être est unique, que chaque être est aimé de Dieu.

C’est un enjeu considérable pour notre monde, et nous avons la chance, aujourd’hui, d’être ensemble, dans cette église, à pouvoir, unis dans le même esprit, nous tourner dans la même direction : le Christ, le cœur du Christ, et puiser dans son cœur la force nécessaire pour vivre cet amour. Parce que c’est difficile, nous n’échappons pas aux maladies du monde, et parfois, nous nous montrons intrigant, vaniteux. Parfois, pour nous rassurer, nous nous estimons supérieur aux autres. Parfois, nous sommes plus préoccupés de nos intérêts que de celui des autres.

Depuis 2000 ans, le Christ, sans cesse, avec douceur, nous invite à rendre son cœur pareil au sien. Ne soyons pas comme ce fils de l’Évangile qui dit mais ne fait pas. Car parler est facile, mais, comme le disait Bernanos, « Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour ». Nous sommes appelés à vivre ces preuves d’amour au quotidien, dans nos pensées, dans nos paroles, dans nos actes.

Alors, je le répète, quel que soit notre âge, rendons grâce aujourd’hui à Dieu d’être aimé de Lui, de nous sentir aimé de Lui, de sentir sa tendresse, sa patience, sa douceur qui nous a amenés ici, Lui qui donne sa Parole, son Corps et son Sang. Rendons grâce au Seigneur d’être envoyé en mission, quel que soit le lieu, pour témoigner de cette tendresse et de cette compassion.

M’adressant aux scouts aujourd’hui, je terminerai en disant : n’oubliez jamais que le fort protège le faible. C’est ce que vous apprenez durant ces week-ends. Que les forts parmi vous soutiennent ceux qui ont du mal face au froid, face à la pluie, face à la marche. C’est dans ce soutien que vous serez témoin du Christ. C’est par ce soutien, appris si jeune, que vous pourrez plus tard changer le monde. Les uns les autres nous comptons sur vous.

Amen

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Dimanche 24 Septembre 2017

25e dimanche

[1ère lecture : Lecture du livre du prophète Isaïe (Is 55, 6-9) – Psaume : (Ps 144 (145), 2-3, 8-9, 17-18) – Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens (Ph 1, 20c-24.27a) – Évangile selon saint Matthieu (Mt 20, 1-16)]

Lorsque cette semaine, j’ai lu l’évangile de ce jour, je l’ai trouvé particulièrement adapté à ce que je vivais. En effet, depuis dimanche dernier, j’ai animé la retraite de rentrée d’une paroisse du sud de la France : Sanary sur-mer, petit village de mon enfance où j’ai été marqué par, pourrait-on dire, « un ouvrier de la dernière heure ». Quand j’étais enfant, le curé du lieu s’appelait le père Galli. Pendant longtemps, il avait été acteur de cinéma, aussi beau, dit-on, que Rudolf Valentino. Il était promis à une grande carrière, mais un jour, lors d’un tournage en Angleterre, il partit se reposer dans sa chambre. Comme cela se fait souvent dans les pays anglo-saxons, il y avait dans sa table de nuit une Bible. Connaissant l’anglais, il se mit à la lire. Le lendemain matin, arrivant sur le lieu du tournage, il déclara : « J’arrête, c’est terminé, je vais devenir prêtre ». Et Georges Galli est devenu prêtre. Il marquait les gens de son époque car, pour l’anecdote – et pour vous faire sourire – il faisait la quête avec une épuisette. En effet, il ne voulait pas de pièces, il fallait des billets ! Préoccupé de tous ces jeunes qui, dans les environs, passaient leur journée à ne rien faire, il avait de grands projets. Il a, alors, construit un gymnase, et peu à peu, à Sanary, il y avait tellement de gens qui venaient à la messe que celle-ci avait lieu le dimanche dans le gymnase, seul lieu adapté. Tout au long de la semaine, les jeunes venaient faire du sport, du basket et bien d’autres sports, et l’abbé Galli était là, sans cesse, près d’eux, parlant. J’ai pu constater que, bien longtemps après sa mort, sa mémoire était toujours présente, et surtout son énergie.

Ce qui me frappe, et je le mets en lien avec l’Évangile de ce jour, c’est que l’abbé Galli n’a pas attendu que l’on vienne dans son église ou que l’on frappe à la porte du presbytère, il allait au devant des personnes. Tout le monde le connaissait avec sa grande soutane noire : dans les cafés, lors du marché du mercredi, déambulant l’après-midi sur les plages, abordant les uns et les autres. Il est comme le maître de la vigne : le maître de la vigne n’a pas attendu que les personnes viennent le voir, mais à chaque fois, on nous dit : « …sorti vers neuf heures », « Il sortit de nouveau vers midi, puis vers trois heures… », « …il sortit encore ». Cet évangile nous invite à sortir et à ne pas rester dans notre milieu clos. A trouver pour chaque lieu la manière d’aborder les hommes et les femmes de notre temps. Nous sommes un peu dans la situation de saint Paul à Athènes : on lui montre des statues de dieux, et il y a un Dieu inconnu, et il déclare : « Je vais vous parler de ce Dieu inconnu.

Ainsi, je suis persuadé que nous ne sommes pas appelés, nous, catholiques, à juger le monde, comme nous le faisons trop souvent, mais à aimer le monde comme le Christ, et à vouloir le christianiser. Pour cela, une règle nous est donnée par saint Paul : « Ce n’est pas aux autres de s’adapter à moi » dit saint Paul, « mais à moi à m’adapter aux autres ».

Notre chance, comme par exemple aujourd’hui dans cette assemblée, c’est que nous sommes tous différents, et que tous, tout au long de la semaine, nous évoluons dans des lieux différents, nous côtoyons des gens différents. C’est là que nous avons à évangéliser, c’est là que nous avons à témoigner, et ce, pas forcément par des paroles. Ce qui m’a le plus marqué cette semaine, c’est que dans cette petite ville de Sanary, à peine 16000 habitants, il y a une Adoration perpétuelle, et que des hommes, des femmes se relayent sans cesse, nuit et jour, durant toute l’année. On perçoit les fruits de cette Adoration, et ce que j’ai préféré, personnellement, c’étaient justement ces temps de silence devant le Saint-Sacrement. Ces temps de silence des lèvres nous invitant peu à peu au silence des pensées, face au Seigneur, parce que nous n’aurons du goût que si nous sommes amoureux.

Un chrétien est amoureux, il est amoureux du Christ, il est amoureux de Dieu, et quand on est amoureux, tout semble possible. On a tendance à tout voir en rose, les difficultés du quotidien apparaissent bien risibles par rapport à l’énergie donnée par l’amour.

Alors aujourd’hui, nous, catholiques du XXIe, avons sans cesse à nous reposer cette question : suis-je amoureux de Dieu ? Est-ce que mon cœur est brûlant quand je pense à Lui ? Parce que, s’il l’est, alors il n’y aura plus de critiques sur nos lèvres, il n’y aura plus de tristesse, pas de désespoir mais uniquement la joie d’annoncer, par ce que nous sommes, Celui dont nous sommes amoureux.

Dieu est un passionné de l’homme, Il a créé l’être humain à son image et à sa ressemblance, Il a envoyé les prophètes, Il a envoyé son Fils qui nous a aimé jusqu’au bout. Et, nous, en cette période de rentrée, sommes-nous des passionnés de Dieu ?

A chacun d’entre nous de répondre.

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Dimanche 10 Septembre 2017

23e dimanche

[1ère lecture : Lecture du livre du prophète Ézékiel (Ez 33, 7-9) – Psaume : (Ps 94 (95), 1-2, 6-7ab, 7d-8a.9 – 2ème lecture : Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains (Rm 13, 8-10) – Évangile selon saint Matthieu (Mt 18, 15-20)]

Aujourd’hui, dans le cadre de cette messe célébrée et expliquée, j’aimerais décliner avec vous quelques aspects d’un mot tombé en désuétude. Pourtant ce mot est, à mes yeux, une des clés pour comprendre la messe, l’une des clés pour comprendre notre vie chrétienne. Ce mot a été largement développé par les pères du désert. Il s’agit du mot « épectase », qui désigne la tension du chrétien entre le fini et l’infini, entre le mortel et l’immortel, entre la vie présente et la vie éternelle. La vie chrétienne est une tension. Être chrétien, ce n’est pas faire partie d’un club de développement personnel. Être chrétien, c’est avoir le regard tendu vers Dieu. Je dis bien « tendu », ni avachi, ni assoupi, tendu et en éveil. C’est ce que désigne le mot « épectase ». Et ce mot explique bien la tension que nous vivons lors d’une célébration – pardon – que nous devrions vivre, parce que nous ne la vivons pas forcément, car, après deux mille ans d’histoire, il me semble que nous aménageons la vie chrétienne pour la rendre agréable : une célébration doit être plaisante, une célébration doit être agréable… De même, en ce début d’année, tous les groupes se réunissent afin de prévoir ce qu’ils vont faire pendant l’année : les temps forts, les rencontres, le programme, ceci afin que chacun puisse s’y retrouver. Il y a un risque : le risque, c’est d’oublier qu’il y a un terme.

Alors, en début d’année, histoire de provoquer un petit peu, j’aimerais vous dire une chose que je ressens du plus profond de mon cœur : tous et toutes, nous préparons la rentrée, nous préparons notre année, pourtant, mon souhait personnel, c’est que cette rentrée soit la dernière, qu’il n’y ait plus de rentrée, qu’enfin le règne du Christ arrive sur cette terre, que le règne du Christ soit triomphant, que l’amour du Christ règne sur cette terre, et que cessent ces souffrances auxquelles nous assistons dans le monde. Souhaitons-nous que cette rentrée soit la dernière ? Parce que, derrière cette question, il y a une question plus fondamentale : souhaitons-nous que le Christ revienne ? Parce que c’est cela le terme : c’est le retour du Christ. Non pas la fin du monde comme les films catastrophes aiment à nous le montrer, mais la fin d’un monde, pour l’avènement d’un monde nouveau où, comme le dit Isaïe : « l’enfant mettra sa main dans le trou du serpent sans être piqué, le lion sera avec l’agneau ». Il n’y aura plus de souffrance, plus de guerre, plus de mort. Nous contemplerons Dieu face à face. En avons-nous envie ou est-ce que nous aménageons notre vie chrétienne pour qu’elle soit agréable et qu’elle puisse séduire les uns et les autres : nos célébrations, nos groupes, et que l’année prochaine, on recommence ? Avons-nous envie que le Christ revienne ? C’est ce que désigne ce mot « épectase », qui est fondamental parce que la vie chrétienne est une tension perpétuelle, un chrétien n’est pas en repos, un chrétien n’est pas un endormi, c’est un éveillé.

La tension, nous la vivons durant la messe : nous arrivons et humblement nous disons à Dieu : « Oui, mon Dieu, cette semaine, j’ai peut-être loupé un certain nombre de choses. J’ai peut-être manqué d’amour. J’ai peut-être manqué de miséricorde. J’ai peut-être manqué de charité. J’ai peut-être manqué à pardonner à ceux qui m’avaient blessé. Alors, oui, Seigneur, je le reconnais. C’est la tension du pécheur tourné vers son Dieu. Et, à la fin de la célébration, nous partons dans la paix du Christ, c’est le dernier mot du prêtre : « Allez dans la paix du Christ ».

Une tension entre l’être humain qui reconnaît qu’il n’a pas assez aimé et qui, à la fin de la célébration, après avoir reçu le Corps, la Parole de Dieu, s’en va dans la paix.

Il y a une tension, cette tension entre la terre et le ciel, cet univers fini et l’infini, et cette tension, nous devrions la ressentir perpétuellement. Grégoire de Nysse, dans un magnifique texte, l’exprime en disant que l’être humain se tient debout, les deux pieds sur la terre, le regard tendu vers le ciel. Notre corps lui-même exprime cette tension. Nous sommes sur terre mais nous regardons vers le ciel.

Mais finalement, nous souhaitons tous le retour du Christ puisque tout à l’heure, durant le Notre Père, nous allons dire du plus profond de notre cœur, pas des lèvres seulement, nous allons dire : « Que ton règne vienne ». Souhaitons-nous que le règne de Dieu vienne ? Le souhaitons-nous du plus profond de notre cœur ou n’est-ce qu’une clause de style, une prière qu’on récite sans l’habiter ? Oui, « que ton règne vienne », et l’Évangile aujourd’hui nous dit : « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. ». Nous sommes plus de deux ou trois, donc le Christ est présent, mais Il est présent dans ce que les théologiens appellent : le « déjà là » et le « pas encore ». Le Christ est présent, mais de manière invisible, et nous attendons sa pleine révélation.

Nous attendons ce « pas encore » du plus profond de notre cœur. Nous sommes en attente de Dieu. Nous avons ce désir de pouvoir le contempler en face à face. Nous avons ou nous devrions avoir. Si nous n’avons pas ce désir, interrogeons-nous : est-ce que notre vie chrétienne s’est assoupie à ce point ? Et, si elle s’est assoupie, demandons à Dieu de nous réveiller. Cette tension est une attente, mais une attente active. Un chrétien n’est pas dans une salle d’attente à attendre que le médecin vienne. Cette attente active se traduit par tout ce que nous disent les textes aujourd’hui. Nous ne sommes pas passifs dans cette attente, nous sommes appelés à aimer, à aimer sans cesse. C’est ce à quoi nous invite le Christ, c’est ce que nous rappelle saint Paul : « N’ayez de dette envers personne, sauf celle de l’amour mutuel ». Un chrétien en attente est un chrétien amoureux, amoureux de Dieu. Et en étant amoureux de Dieu, il aime l’humanité.

Interrogeons-nous : aimons-nous notre prochain, ou est-ce que nous aimons que ceux qui nous aiment ? L’amour est une tension, parce que, quand on aime, on ne veut pas faire de peine. C’est pourquoi les pères du désert, renversant l’esprit habituel, ne demandaient pas à Dieu sans cesse d’exaucer leurs prières, ils voulaient vivre afin que leur vie plaise à Dieu. Est-ce que notre vie plaît à Dieu ? Est-ce que, si soudainement, là, brutalement, Il arrive maintenant, est-ce que notre cœur lui plaira ?

Alors préparons-nous, préparons-nous sans cesse à cette attente. Et la vraie préparation, en cette rentrée, la préparation ultime n’est pas de savoir ce que nous allons faire mois par mois, c’est secondaire même si c’est important. La préparation ultime, c’est d’être prêt à tout moment à accueillir le retour du Christ, à l’accueillir pleinement. C’est avoir un cœur tendu vers Lui, un cœur qui aime.

Alors, très concrètement, toute parole méchante nous est interdite, tout mouvement d’humeur nous est interdit. Supposez que le Christ vienne au moment où nous traitons l’autre d’imbécile ou alors au moment où nous jugeons l’autre, où nous le critiquons, où nous sommes médisant ? Que dira-t-Il : « Excuse-moi, tu viens de dire quoi ? ». J’ai dit : « Imbécile à mon frère ». Et le Christ nous dira : « Celui qui dit ‘imbécile’ à son frère est passible de la géhenne de feu ». Est-ce que tout ceci ne sont que des mots, des clauses de style ? Sommes-nous dans un bain moussant spirituel ? Non, la vie chrétienne n’est pas un bain moussant. La vie chrétienne est une tension.

Alors, en ce début d’année, vivons pleinement cette tension. Une tension non pas habitée par la peur, bien sûr que non. Une tension habitée par l’amour et le désir.

Alors, si notre amour de Dieu, si notre amour du prochain et de nous-mêmes s’est affadi, pendant quelques instants de silence, demandons au Seigneur de le réveiller, demandons au Seigneur de nous réveiller, demandons au Seigneur de nous mettre en tension.

Alors, réellement, ce sera la rentrée. Amen.

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Dimanche 3 Septembre 2017

22e dimanche

[1ère lecture : Lecture du livre du prophète Jérémie (Jr 20, 7-9) – Psaume : (Ps 62 (63), 2, 3-4, 5-6, 8-9) – 2ème lecture : Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains (Rm 12, 1-2) – Évangile selon saint Matthieu (Mt 16, 21-27)]

Après avoir été, durant deux mois, la « Belle endormie », Poitiers se réveille. Les étudiants arrivent, commencent à occuper leurs chambres. Dans les grands magasins, on voit des parents, aussi fébriles que leurs enfants, acheter des fournitures scolaires. Il y a un parfum d’enthousiasme, de nouveauté. C’est formidable. Mais au niveau spirituel, qu’en est-il ? Ressentons-nous le même enthousiasme à l’idée d’une année qui s’annonce et qui va nous permettre, si nous le souhaitons, de grandir en intelligence et sagesse ?

Alors, peut-être que ce dimanche, à l’aube de cette nouvelle année qui s’annonce, constitue pour nous l’occasion de nous poser un certain nombre de questions.

La première piste/question, au niveau spirituel au seuil de cette année, c’est : quel est notre désir ? Que désirons-nous ? Est-ce que nous envisageons, spirituellement, l’année qui s’annonce à l’identique de la précédente, avec les mêmes groupes, les mêmes activités ? Ou bien, est-ce qu’intérieurement nous avons envie d’un bouleversement ? C’est une question qu’il faut nous poser : quel est notre désir ? Aujourd’hui, le psaume 62 est un psaume très inspirant : « Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube : mon âme a soif de toi ; après toi languit ma chair, terre aride, altérée, sans eau. ». Avons-nous soif de Dieu ou sommes-nous des âmes habituées ? C’est une question qu’il faut nous poser, et pour cela, prendre du recul : où en suis-je de mon désir de Dieu ? Tout à l’heure, le prophète Jérémie nous disait que « la parole du Seigneur est comme un feu brûlant dans mon cœur ». Ressentons-nous ce feu brûlant dans notre cœur ? Et si ce n’est pas le cas, que faire pour le raviver ?

Tout simplement, et c’est la deuxième piste, faire comme les écoliers et préparer notre cartable spirituel. Nous sommes des humains et nous avons besoin de visible. Il y a beaucoup de monde dans les grands magasins pour acheter des cahiers, moins dans les librairies religieuses et c’est dommage ! Pourtant le pape François nous invite, par exemple, à avoir constamment sur nous un évangile constamment sur nous – ne vous inquiétez pas, vous ne serez pas fouillés à la fin de la célébration -. Mais peut-être qu’en ce début d’année, nous pouvons avoir un évangile sur nous. Vous avez de tous petits cahiers : l’évangile de Mathieu, l’évangile de Luc, de Jean, de Marc, qui ne tiennent pas de place, ainsi, dès que vous aurez une minute, vous pourrez prendre votre évangile et laisser infuser la Parole de Dieu, parce que, plus on lit la Parole de Dieu, plus elle infuse en nous et nous transforme. Vous pouvez aussi, à la boutique des sœurs, tout à l’heure, acheter un chapelet. Ce n’est pas ringard de dire le chapelet. Marie nous tend vers le Christ, qui nous tend vers son Père.

La troisième piste nous est donnée par le pape François qui nous invite à prier Marie chaque jour. Quoi de plus merveilleux que de commencer sa journée en disant un « Je vous salue Marie » et de la terminer ainsi ?

D’autres choses aussi peuvent nous aider à grandir : avoir le désir chaque dimanche de retenir une idée principale et de la travailler intérieurement durant la semaine. Ainsi, aujourd’hui, par exemple, j’ai envie que nous parlions des pensées. Les lectures nous y invitent, le Christ nous y invite en disant à Pierre : « tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. », parce que tout commence par les pensées : le bien ou le mal.

Nous avons réduit la religion catholique à une morale : il faut faire de bonnes actions, éviter les mauvaises. Or l’action prend sa source dans notre pensée. Peut-être que cette année, nous pourrions désirer convertir nos pensées ? Toute la journée nous pensons, c’est merveilleux : l’homme est un être pensant ; mais nous laissons la porte ouverte de nos pensées à n’importe quelle pensée. Or, les pères du désert nous invitent, depuis le IVe siècle, à mettre une garde à nos pensées, c’est-à-dire être capable en temps réel d’ouvrir la porte à des pensées qui nous font grandir spirituellement et de les fermer à celles qui nous minent et qui nous attirent vers le bas. Prenons des exemples concrets : vous croisez quelqu’un pour qui vous avez peu d’amitié – cela peut arriver – une pensée peut surgir : « Ah ! Celui-ci, celle-là, je ne l’aime pas ! » et on laisse la pensée s’incruster. Au lieu de la laisser s’incruster, on peut la chasser et se dire : « Oui, j’ai du mal avec cette personne, mais cette personne, comme moi, est aimée de Dieu. Cette personne, comme moi, a été créée à l’image de Dieu. Cette personne, comme moi, est appelée à grandir ». Alors, plutôt que d’avoir une pensée critique, ayons une pensée d’amour, de bienveillance, de compassion, d’ouverture. Essayez, et vous verrez combien c’est dur ! Parce que trop souvent notre mental, notre esprit est ouvert à toutes les pensées. Ne laissons pas les pensées mauvaises s’incruster. Vous verrez, c’est un travail à plein temps : les pensées critiques, les pensées de jugement, les pensées de médisance, les pensées d’égoïsme sont nombreuses, il faut les bloquer et ceci avec l’aide de Dieu.

Mais Dieu ne nous aidera que si nous avons le désir de les chasser. Une autre piste, aussi, nous est donnée par l’évangile : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. ». Cette parole fait peur à certains et pourtant elle est merveilleuse, et aujourd’hui, elle trouve un développement dans le monde même d’un point de vue purement laïc. En effet, vous verrez en librairie de nombreux ouvrages mettre l’accent sur l’altruisme : être altruiste fait du bien au cerveau, être altruiste fait du bien à la santé. Des protocoles scientifiques nous le montrent et nous le démontrent. Le Christ le dit depuis deux mille ans. Peut-être que nous n’avons pas assez été témoins.

Alors oui, pensons qu’une vie, et je m’adresse là aux plus jeunes, n’a de valeur que si elle est donnée. Si nous nous enfermons sur notre ego, sur nos petits problèmes personnels, nous sommes voués à étouffer. Une vie n’a de valeur que si elle est donnée et les sœurs, qui sont ici, sont pour nous un bel exemple : elles ont donné leur vie au Seigneur, renonçant ainsi à beaucoup de choses ; mais en fait, elles n’ont renoncé à rien, elles ont tout gagné en se tournant vers Dieu. Elles peuvent constituer pour nous un exemple.

Alors oui, vous le voyez, cette rentrée peut être pour nous source d’émerveillement, de découverte. Cet altruisme, nous sommes appelés à le vivre dès mardi, pensez-y mardi 5 : Journée mondiale de la charité. Qu’allons-nous faire : donner une pièce à quelqu’un en le regardant de haut ? Ou bien, comme nous y invite le pape François, à s’asseoir à côté de celui ou de celle qui n’a rien, à lui parler, à lui dire notre prénom, lui demander le sien, à être proche.

Le mot charité est un mot merveilleux, dévalorisé aujourd’hui. Il y a même des chansons où l’on nous invite à dire : « Je ne te demande pas la charité ».

Oui, le Christ nous demande d’être charitable. Être charitable, c’est quoi ? C’est aimer. Quoi de plus beau en cette rentrée que de désirer aimer ?

Oui, mardi, nous serons unis les uns les autres pour cette Journée mondiale de la charité qui commence lundi, continuera mercredi jusqu’au dimanche suivant, recommencera lundi, car pour un chrétien, c’est tous les jours la Journée mondiale de la charité. Amen.

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Dimanche 20 août 2017

20e dimanche

[1ère lecture : Lecture du livre du prophète Isaïe (Is 56, 1.6-7) – Psaume : (Ps 66 (67), 2-3, 5, 7-8) – 2ème lecture : Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains (Rm 11, 13-15.29-32) – Évangile selon saint Matthieu (Mt 15, 21-28)]

Je pense qu’aujourd’hui vous avez perçu, vu l’insistance des textes, la problématique mise en avant, et c’est rare, dans presque toutes les lectures, qu’il s’agisse du livre d’Isaïe, de la Lettre de saint Paul apôtre aux Romains ou de l’Évangile. Dieu, dans l’Histoire Sainte, a « créé », puis appelé le peuple juif. C’est à lui qu’Il a envoyé les prophètes afin que l’humanité puisse découvrir le visage de Dieu. Or, qu’il s’agisse de l’Ancien ou du Nouveau Testament, on constate que parfois, souvent, ce peuple élu n’écoute pas la Parole de Dieu et que ce sont des étrangers, comme nous le dit Isaïe, qui y sont attentifs :  «  Les étrangers qui se sont attachés au Seigneur pour l’honorer, pour aimer son nom, pour devenir ses serviteurs ». Saint Paul aussi fait part de ce refus. Le Christ, dans l’Évangile, constate que cette femme cananéenne possède une grande foi.

Alors, nous pouvons lire le texte avec un regard historique, presque prétentieux. Oui, à l’époque, le Christ n’a pas été entendu par ceux et celles à qui Il était envoyé et ce sont des étrangers qui l’ont écouté. Je crains qu’une lecture qui aille dans ce sens soit pour nous une occasion de nous disculper, une occasion d’être sourd et aveugle, par rapport à ce qui ce passe aujourd’hui en 2017. Nous le constatons, et la vieille Europe le constate, les églises sont de moins en moins fréquentées, et les évêques, cette semaine, s’interrogeaient sur l’avenir des églises-bâtiments, dans nos diocèses, dans nos villes. Que vont devenir les églises où il n’y a plus de messes ? L’État va-t-il les reprendre ? Vont-elles être vendues comme ce fut le cas à Poitiers, transformées en lofts, en hôtel-restaurants ou bien d’autres choses encore ? La vente de ces églises, et vendre une église n’est pas n’importe quoi, (nous souffrons de la vente de l’église des Feuillants actuellement où Sœur Josepha a vu le Christ près de 143 fois), est pour nous l’occasion de nous interroger : cela veut-il dire que notre humanité rejette Dieu, que les personnes ne sont plus intéressées par la transcendance ? Je réponds : non. En ce moment même, pendant que je vous parle, à peine à quelques centaines de kilomètres d’ici, se tient une immense rencontre de jeunes. Près de 800 jeunes sont réunis au Village des Pruniers autour de son fondateur : Thich Nhat Hanh, maître bouddhiste vietnamien. Partout en France se réunissent régulièrement des groupes bouddhistes. A Poitiers, il doit y en avoir une vingtaine, et vient de s’ouvrir un dojo zen. On assiste en France à l’augmentation des druides, des shamans. Tout cela montre que notre société, notre monde n’est pas indifférent à Dieu, n’est pas indifférent à la transcendance, que les uns et les autres cherchent un moyen de vivre mieux, d’être meilleur.

Les mots eux-mêmes sont attaqués quand je parle de bienveillance ou de compassion. Certains me disent : «  Mais, mon Père, vous êtes devenus bouddhiste ! » C’est ignorer que les mots « bienveillance » et « compassion » sont dans l’Évangile. Mais vous savez que les mots sont comme des verres en cristal : quand on manipule avec dureté des verres en cristal, ils s’abîment, ils se cassent. Il en va ainsi des mots.

Si l’on massacre la bienveillance, la compassion et l’amour, ces mots s’abîment et perdent leur sens. Il nous faut les protéger, et pour les protéger, il nous faut en être les témoins au quotidien.

L’enjeu pour nous est énorme, nous vivons ce qui se passe dans ces lectures. Des hommes et des femmes, qui ont soif de transcendance, vont chercher ailleurs que dans le christianisme, qu’auprès de Jésus, de quoi assouvir leur soif. Pourtant, il en faut peu… Nous le voyons bien ici, grâce à votre accueil, mes sœurs, à travers de nombreuses sessions dites « laïques » – mais animées par un curé – on se rend compte que les uns et les autres retrouvent parfois, souvent, le chemin de la messe, le chemin du Christ, et s’aperçoivent que le christianisme n’est pas une morale, n’est pas un rituel, mais est un chemin de vie.

L’enjeu est énorme parce que le combat va être violent. Je lisais récemment dans une revue que des intellectuels américains nous rejouent le « siècle des lumières » : Voltaire, Rousseau, et bien d’autres…, et sont partis en croisade avec des conférences, des congrès, des colloques contre les religions monothéistes qui, à leurs yeux, sont source de guerres et de conflits. Leur credo : la neurologie, eh oui, la neurologie, parce qu’ils se rendent compte qu’en travaillant sur soi, en travaillant sur ses pensées, on travaille sur son cerveau et on peut devenir meilleur, et ils sont en train de fabriquer de toutes pièces une transcendance sans Dieu créateur, s’appuyant notamment, bien entendu, sur le bouddhisme qui n’est pas une religion mais une science de l’esprit comme le dit si bien Mathieu Ricard.

Alors, ne regardons pas les textes d’aujourd’hui d’un air supérieur. Personnellement, je les entends comme une sirène d’alarme. Il nous faut agir. Comment ? Chacun de nous est en mission tout au long de la semaine, par nos pensées, par nos paroles, par nos actes, par notre sourire. Si un chrétien ne donne pas envie de rencontrer le Christ, il se passe quelque chose qui ne va pas ! Nous devons autour de nous parler de Jésus. Montrer comment Jésus, au quotidien, nous fait vivre et nous devons l’exprimer par nos actions. La société, et on le voit bien pour les hommes politiques, ne tolère plus le fossé entre les paroles et les actes. On peut vouloir réduire les impôts ou s’attaquer à la corruption, mais si, soi-même, on fait tout pour ne pas payer d’impôts ou si on est corrompu, la société ne croit plus, et on le voit bien actuellement ce déficit de crédibilité des hommes politiques. Mais aussi, peut être, le déficit des chrétiens, des prêtres, et je me sens impliqué. Je vous le disais, il y a quelque temps, quand un prêtre ne parle pas comme les personnes l’attendent, n’agit pas comme les personnes l’attendent, il y a un rejet, non pas du prêtre, ce serait trop simple, mais du christianisme ; et certaines personnes vous disent : « Je ne mets plus les pieds à l’église depuis que le père Untel m’a mal accueilli ». Voilà, cela tient à ça !

C’est pourquoi le chant que nous avons chanté tout à l’heure en entrée : « Dieu avec nous et Dieu en nous » est capital. Pensons à chaque instant que Dieu est avec nous, que Dieu est en nous et qu’à chaque minute nous en sommes les témoins.

Alors, j’en suis certain, et je n’en doute pas car Dieu est Dieu, et de nouveau, le christianisme retrouvera sa crédibilité, ses lettres de noblesse. Et de nouveau, ces 42000 églises, dont on s’inquiète en France de la destinée, retrouveront leur destinée : des lieux où l’on célèbre Dieu, des lieux où l’on célèbre l’Eucharistie, des lieux où l’on célèbre la joie, des lieux où l’on célèbre l’espérance, des lieux où l’on célèbre la charité fraternelle.

Alors, ces 42000 églises ne seront pas assez nombreuses. Il faudra en construire d’autres. Amen.

 Voir la vidéo de l’homélie

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Homélie du père Patrice Gourrier

Vendredi 18 août 2017

Obsèques de Mr Juste Gourrier, mon Père


Pour la plupart d’entre-nous dans cette assemblée, nous avons déjà participé à des obsèques. Mais il y en a une pour qui ce n’est pas encore habituel : Sixtine, la petite- fille de mon père. C’est donc à elle que je vais m’adresser, en priorité aujourd’hui, et, à travers elle, à chacun d’entre-nous.

Une cérémonie d’obsèques, à mes yeux, et même si cela semble paradoxal, peut constituer pour chacun d’entre-nous, les vivants, un nouveau commencement, un nouveau départ. C’est ce que je voudrais expliquer à Sixtine aujourd’hui.

Le départ d’un être cher, un époux, un père, un grand-père, un ami, crée en chacun d’entre-nous, tout d’abord, la surprise. Même si, depuis quelques jours, nous savions que Papa allait mourir, quand nous sommes arrivés lundi, nous avons été surpris de recueillir brutalement, alors que ce n’était pas annoncé, son dernier souffle. Surprise de la mort, qui, là, était annoncée, mais qui parfois dans la vie frappe nos proches brutalement, alors que rien ne le présageait.

Mais il y a aussi de belles surprises à l’occasion d’un décès. Les belles surprises, c’est votre présence à chacun d’entre vous. Vous êtes, pour nous la famille, comme de petites étoiles qui brillent dans un ciel un peu sombre aujourd’hui. Je pense aussi à tous ceux qui ne sont pas là, qui ont envoyé des messages, des coups de téléphone, des mails. Autant de belles surprises, autant de belles étoiles qui éclairent l’existence.

Nous éprouvons, bien entendu, les uns et les autres, de la tristesse parce que l’autre, aujourd’hui Juste, n’est plus là, n’est plus présent. Mais, comme me l’a écrit un condisciple de mon père en faculté de droit, Maître Grandon, ancien sénateur, saint Augustin a dit : « Ceux qui meurent ne sont plus là où ils étaient, mais ils sont partout présents où nous sommes ». C’est vrai, un mort ne meurt vraiment que s’il est oublié. S’il reste dans le cœur des uns et des autres, il ne meurt jamais.

Mais, le revers de la tristesse, le beau revers de la tristesse, et là aussi c’est un paradoxe, est la joie. La joie d’avoir vécu ce qui a été vécu, d’avoir partagé des moments avec celui qui n’est plus là. Cette joie, personne ne pourra nous l’enlever.

Mais aussi, Sixtine, le décès d’un proche – tout décès en fait – est l’occasion peut-être pour les vivants de réinitialiser, pour employer un terme informatique, les priorités. Tu découvriras, en grandissant, que les adultes ont le don pour perdre leur temps par de vaines pensées, de vaines paroles et de vains actes, qui trop souvent polluent leur existence. Ils perdent de vue l’essentiel. Les adultes ont aussi le don pour les disputes, les querelles, les rancunes. Tout cela ne mène qu’à l’enfermement et à la mort. Certes, nous pouvons, et cela a été mon cas quand j’ai vu mon père hier, éprouver des regrets, des remords, voire de la honte, pour des paroles maladroites, des actions maladroites, des pensées inutiles. Mais le remords ne sert à rien, il y a dans ce cas-là le sacrement de réconciliation qui permet, lui aussi, de redémarrer.

Il faut se tourner vers la vie, et vous avez remarqué que les textes choisis aujourd’hui sont des textes tournés vers l’amour, vers le don de soi : « Une vie ne vaut la peine d’être vécue que si elle est donnée ».

Personnellement, je me rappelle de mon père toujours serviable, qui m’emmenait à l’école en voiture. Le paradoxe c’est que sa serviabilité, sa gentillesse parfois, m’exaspéraient : il était trop gentil, trop patient ! Cette parole que Fulgence, mon frère, a reprise, m’a marquée : mon père avait mal physiquement, moralement, et je lui ai demandé ce qu’il souhaitait, il m’a répondu : « Que tout le monde soit en bonne santé ». En fait, c’est certainement l’un des secrets de l’amour : ne pas se regarder continuellement, mais aimer ceux qui nous entourent. Mais, pour aimer ceux qui nous entourent, il faut nous aimer nous-mêmes aussi, et reconnaître notre grandeur d’enfant de Dieu.

J’ajouterai une chose. Le texte de saint Macaire d’Égypte, que vous avez au dos de vos feuilles, nous dit qu’aimer ne va pas de soi, aimer s’apprend. Saint Macaire, vous le verrez dans ce texte, demande à Dieu de l’aider à aimer. Et pour aimer vraiment, il faut devenir comme le Christ.

L’autre leçon aussi d’un décès : c’est l’espérance. L’espérance en la vie éternelle. Je suis toujours étonné que les statistiques révèlent que 50% des catholiques pratiquants ne croient pas en la résurrection. Pourtant, saint Paul nous dit que dans ce cas, notre foi est vaine. La vie éternelle est le fondement de notre foi, et je suis persuadé aujourd’hui, que mon père est déjà plongé en cette vie éternelle où il a été accueilli par ceux et celles qui l’ont précédé.

Alors tu vois, Sixtine, un décès nous rappelle l’essentiel : ne pas perdre son temps, le temps est compté. Pour chacun d’entre-nous, les vivants, chaque journée peut constituer un véritable terrain d’entraînement, un entraînement à aimer – à aimer aussi ceux qui ne nous aiment pas, ceux qui nous agacent, comme dit le pape François -, un entraînement à espérer. Dans une France où on râle tout le temps, un chrétien ne râle pas, il regarde vers le ciel, conscient des réalités, mais son espérance le porte vers plus loin que nous mêmes. C’est un terrain d’entraînement aussi pour nos pensées, pour nos paroles, pour nos actes. Rien n’est neutre dans la vie. Nous devenons ce que nous pensons. Nous devenons ce que nous faisons. Nous devenons ce que nous disons. Si je suis coléreux, si je suis râleur, si je suis médisant, j’aurai une destinée de médisant.

Si, par mes pensées sans cesse tournées vers l’amour et l’espérance, je guide mes paroles et mes actes, alors ma vie sera lumière. Ne nous laissons jamais enfermer.

Nous avons fêté, il y a peu, la Transfiguration. Cette fête de la Transfiguration, c’était non seulement la fête de la Transfiguration du Christ, mais la nôtre. Nous sommes appelés à vivre en transfigurés.

Alors, tout simplement, pendant que l’orgue va jouer et pendant quelques instants de silence, pensons dans notre cœur à tous les bons moments passés avec notre père, grand-père, époux ou ami.

Pensons aussi aux éléments essentiels de notre existence : que souhaitons-nous devenir ? Que souhaitons-nous semer ?

Tu vois, Sixtine, c’est un paradoxe, mais le décès de quelqu’un peut porter du fruit en nous ramenant à l’essentiel.

Déformant un peu la parole d’un poète, j’aime à dire :

« Il faut nous aimer sur terre ; il faut nous aimer vivant. N’attendons pas au cimetière, il faut nous aimer avant. »

Amen

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Mardi 15 août 2017

Assomption de la Vierge Marie

[1ère lecture : Lecture de l’Apocalypse de saint Jean (Ap 11, 19a ; 12, 1-6a.10ab) – Psaume : (Ps 44, (45), 11-12a, 12b-13, 14-15a, 15b-16) – 2ème lecture : Lecture de la 1ère lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens (1 Co 15, 20-27a) – Évangile selon saint Luc (Lc 1, 39-56)]

C’est une joie, pour nous, de pouvoir fêter aujourd’hui l’Assomption de Marie, c’est-à-dire son élévation au ciel sans connaître la corruption du corps. Nos frères orthodoxes appellent cela : la Dormition de Marie. Ainsi Marie, préservée de tout péché, a vu son corps préservé après sa mort. De grands saints, à leur échelle, ont vu leur corps, lui aussi, préservé. Je pense à Padre Pio, que l’on a sorti de sa tombe 50 ans après sa mort et dont le corps était presque intact. D’autres saints, lorsqu’on ouvrait leur tombe, elle dégageait une odeur de rose et le corps, lui non plus, n’avait pas connu la putréfaction que la plupart d’entre-nous connaîtra.

Ce lien entre sainteté et préservation du corps, ce lien entre absence de péché et préservation du corps est un point rarement développé finalement. Pourtant, aujourd’hui, la psychologie, la psychiatrie, la neurologie moderne nous apprennent la puissance de l’esprit sur le corps. Les scientifiques ont mis, il y a bien longtemps, en avant l’effet placebo : un médicament qui ne sert à rien mais dont on nous dit qu’il nous guérira, atténue nos maux. Nous savons aussi qu’il y a l’effet « nocebo » : la capacité que nous avons de nous détruire nous-mêmes. Notre corps et notre esprit sont liés, c’est notre dimension humaine.

Mais cette fête de Marie nous appelle à nous interroger : absence de péché = corps lumineux, préservé. Avons-nous envie d’être, par notre corps, les témoins de la gloire de Dieu ? Si nous le souhaitons, alors il n’y a qu’un chemin : ne péchons plus, ni en pensée, ni en parole, ni en action, ni en omission. Alors, notre corps sera comme celui des grands saints : lumineux. Notre regard sera lumineux. Notre visage montrera à ceux qui nous entourent que nous vivons d’autre chose, que nous vivons autre chose et nous aurons un visage qui donne envie, envie de se rapprocher de Dieu.

Alors oui, aujourd’hui, interrogeons-nous : est-ce que notre visage donne envie de se rapprocher de Dieu ? Est-ce qu’après avoir quitté une célébration, après un temps de prière, notre âme, tellement lumineuse et tellement embrasée, rend lumineux et embrase notre corps ? Nous avons tous rencontré, ai-je dit, des personnes au regard lumineux, au sourire lumineux dans lesquels on voyait cette présence de Dieu, cette brûlure de Dieu.

Aujourd’hui, cette fête de Marie nous invite à vouloir devenir comme un Padre Pio et d’autres grands saints. Mais Marie, comme nous le verrons tout à l’heure dans la préface est aussi l’image de l’Église à venir. En voyant cette formule, cette semaine, je me demandais : « Mais qu’elle est cette image d’une Église à venir ? ».

Alors, j’ai repris les différents épisodes de la vie de Marie : une Église où l’on fait confiance, comme elle a fait confiance, capable de dire « oui ».

Une Église toujours prête à rendre service, serviteur de l’humanité, comme Marie l’a été auprès d’Élisabeth.

Une Église pleine d’audace, il en a fallu à Marie pour qu’elle dise à son fils, lors des noces de Cana de transformer l’eau en vin, le provoquant à agir.

Une Église, comme Marie, dont on nous dit qu’elle gardait tout dans son cœur.

Arrêtons de tout cérébraliser. Nous occidentaux, sommes marqués par ces paroles : « Croire pour comprendre et comprendre pour croire » de saint Anselme.

Mais, peut-on comprendre Dieu, et, est-ce le sujet ?

Un Maurice Zundel ne cherchait pas à comprendre Dieu, il cherchait à en faire l’expérience, il cherchait à le vivre. Aujourd’hui, ce que je constate, ce que nous constatons, au sein même de ce monastère lors des sessions, c’est que les personnes présentes ne cherchent pas à ce qu’on leur explique Dieu, elles cherchent à Le vivre, à en faire l’expérience au quotidien, à Le sentir présent, comme Marie, au plus profond de leur cœur.

Mais pour garder tout dans son cœur comme Marie, il faut avoir le cœur ouvert, et un cœur ouvert, c’est un cœur qui aime, un cœur qui peut être blessé, parce que nous savons, aimer c’est prendre le risque d’être blessé. Dans un couple, entre amis, en communauté, dans d’autres lieux encore.

Aimer, c’est accepter de se rendre vulnérable.

Mais que vaut-il mieux : un cœur blindé, cadenassé, qui a tellement peur d’aimer, qu’il s’enferme ? Mais alors, ce cœur va peu à peu s’assoupir, s’endormir et ne sera plus brûlant, même si nous le savons, l’amour, le désir ne meurent jamais, mais demeurent présents en chacun d’entre-nous.

L’Église à venir, c’est une Église proche de la souffrance, comme Marie l’a été au pied de la croix. C’est une Église qui pleure, comme Marie a pleuré devant les souffrances de son fils. Ce n’est certainement pas une Église triomphante, ce n’est certainement pas une Église autoritaire, ce n’est certainement pas une Église qui parle trop souvent de morale. C’est une Église qui aime, qui aime.

Devant nous, les chantiers sont énormes :

  • notre cœur est blessé quand des hommes, des femmes meurent noyés en Méditerranée

  • notre cœur est blessé lorsque la violence entre les races se déchaîne comme elle se déchaîne aux États-Unis et dans bien d’autres lieux encore

  • notre cœur est blessé quand des hommes et des femmes vivent sur notre territoire dans des conditions de vie sous-humaines, comme le disait déjà Paul VI, de manière prophétique. Certes, ce sont des étrangers, mais pour nous il n’y a pas d’étrangers : nous sommes des étrangers sur cette terre, et toute souffrance doit pouvoir nous toucher.

Une Église à venir, c’est une Église qui ne s’habitue pas ; et l’on pourrait s’habituer : chaque année nous célébrons le 15 août, chaque année, nous célébrons Noël, et notre cœur pourrait devenir habitué. Non, l’Église à venir, c’est une Église sans cesse émerveillée.

Mais cette Église à venir, qu’elle est-elle ? C’est nous, chacun d’entre-nous, c’est notre confiance, c’est notre capacité d’émerveillement, c’est notre espérance, c’est notre capacité de nous laisser toucher par la douleur, c’est notre capacité à chacun d’entre-nous d’ouvrir notre cœur.

Oui, si nous n’ouvrons pas notre cœur, nous pourrons entendre les cloches sonner, mais elles ne nous toucheront plus. Amen.

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Dimanche 6 août 2017

Transfiguration

[1ère lecture : Lecture du livre du prophète Daniel (Dn 7, 9-10.13-14) – Psaume : (Ps 96, 1-2, 4-5, 6.9) – 2ème lecture : Lecture de la lettre de saint Pierre Apôtre (2 P 1, 16-19) – Évangile selon saint Matthieu (Mt 17, 5)]

La semaine dernière, à l’issue de l’homélie, je nous interrogeais : croyons-nous aux songes ? Croyons-nous que Dieu parle dans les songes ? Je vous avais alors invités à modifier vos nuits en répétant, tout simplement, le soir, avec amour, une parole d’un psaume, une parole de l’Évangile, comme le faisaient des juifs mystiques afin de préparer l’arrivée de Dieu dans la nuit.

Aujourd’hui, j’ai envie de nous poser une autre question : comment recevons-nous ce texte de la Transfiguration ? Est-ce qu’il est pour nous : mythologique, symbolique, ou est-ce que nous croyons réellement que le Christ a été transfiguré, que son visage est devenu brillant comme le soleil et ses vêtements blancs comme la lumière ?

Je crois, personnellement, que le Christ a été transfiguré. Mais je vais plus loin : ce texte, cet épisode de la vie du Christ nous invite à nous poser une autre question : souhaitons-nous être à notre tour transfigurés ? C’est la question de fond, elle ne vient pas de moi, mais de nombreux mystiques à travers l’histoire de l’Église. Je pense, par exemple, à saint Syméon le Nouveau Théologien, qui vécut au XIe siècle. Père abbé d’un monastère, il a fait dans sa vie, à de multiples reprises, l’expérience intérieure de la transfiguration, et ses frères le voyaient briller comme le soleil, ses vêtements, à lui aussi, blancs comme la neige.

Plus proche de nous, à la fois dans le temps et dans la sensibilité : une bénédictine a parlé souvent de cette expérience de la lumière, de la transfiguration. Cette bénédictine est bien connue aujourd’hui pour ses recettes de cuisine, ses tisanes, et on oublie la chose capitale qui fut toute sa vie : ses visions. Il s’agit, vous l’avez deviné, d’une bénédictine qui s’appelle Hildegarde von Bingen, qui a vécu au XIIe siècle, et dont les visions prophétiques ont été reconnues non seulement par les évêques, mais aussi par les papes, ainsi que par les empereurs. Non seulement elle avait des visions, mais elle dessinait merveilleusement pour les retransmettre, et on lui doit aussi des morceaux de musique qui élèvent l’âme. Que nous dit-elle ? Dans l’ouvrage « des œuvres divines », et notamment dans la première vision, elle retransmet ce que lui dit Dieu : « C’est moi l’énergie suprême, c’est moi qui enflamme chaque étincelle de vie. J’enflamme la beauté des terres, je luis dans les eaux, je brûle dans le soleil, dans la lune, dans les étoiles. Par moi, en effet, toute vie s’enflamme ».

A travers ces quelques lignes, nous comprenons une première chose : c’est que nous ne serons pas transfigurés par nos propres forces. La transfiguration mystique, spirituelle, est un don de Dieu. C’est Dieu qui nous transfigure. La question se pose alors : avons-nous envie d’être transfigurés ?

Dieu continue, parlant des hommes : « Dans la perfection de leur foi, ils brilleront comme ces astres dont la mission est d’illuminer le monde. Dieu, créateur de tout, est la vie unique, la source de toute vie, comme le soleil est la source de ses rayons. Dieu est le feu qui enflamme tout feu ». Ainsi, nous le savons, les étoiles dans le ciel ne brillent que grâce au soleil, et aujourd’hui, si vous avez la sensation que ma chasuble brille, c’est grâce à la lumière extérieure reçue, nous serions dans les ténèbres, cette chasuble ne brillerait pas, elle ne peut briller que si elle est dans la lumière.

Il en est de même pour nous : nous ne pouvons briller que si, comme les étoiles qui se mettent devant le soleil pour illuminer, nous nous mettons devant Dieu transfiguré, pour être transfigurés. Hildegarde continue : « Dieu est une lumière dont la vie est absolue, Il est la source de l’éclat de toutes les lumières, et c’est Dieu qui permet à l’homme d’être une lumière de vie. Ainsi, l’homme est lui aussi un feu ».

Sommes-nous des feux ? Nous laissons-nous enflammer par le soleil ? Soyons clair, il peut nous arriver dans la vie de nous sentir épuisés, démoralisés, désespérés, face à l’adversité de l’existence. Ce n’est pas par nos propres forces que nous reprendrons vie, mais en nous mettant devant la lumière de Dieu, un peu – pardonnez-moi cette image, un peu estivale – comme si nous désirions bronzer à la lumière du soleil. Quand nous allons sur les plages ou à la montagne, c’est notre peau qui bronze, quand nous nous mettons face à Dieu, c’est notre âme qui s’illumine et qui s’embrase. Dieu donna à l’homme la lumière de l’Esprit vivant.

Alors oui, aujourd’hui, même si nous sommes démoralisés, désespérés, fatigués, mettons-nous devant la lumière de Dieu.

Cette lumière, quelle est-elle ? C’est la lumière de l’amour. Le feu qui embrase, quel est-il ? C’est le feu de l’amour. Quand nous nous mettons face à ce Dieu-Lumière, ce Dieu transfiguré qui est amour, nous recevons l’amour, et à notre tour, nous sommes capables d’illuminer ce qui nous entoure.

Désirons-nous, aujourd’hui, être transfigurés ?

Est-ce qu’en sortant de cette église, nous aurons des visages de transfigurés ?

Dans un monde qui parfois désespère, les hommes, les femmes de notre temps, ont besoin de rencontrer des êtres transfigurés. Un proverbe dit qu’un saint triste est un triste saint. Nous avons à vivre de cette joie intérieure, qui ne vient pas de nous-mêmes, mais qui vient de Dieu.

Alors, pour nous laisser transfigurer, il y a un chemin privilégié, ce chemin, le Christ l’a suivi, il est celui-ci :

« Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmena à l’écart ».

Nous sommes appelés à nous mettre à l’écart régulièrement, à nous isoler pour être seul avec le Seul. Nous sommes appelés à retrouver ce Dieu qui n’est pas dehors mais qui est dedans. Nous sommes appelés à retrouver le feu qui n’est pas dehors mais qui est dedans.

Pour cela, il faut savoir nous taire, l’écouter, être seul avec le Seul, dans un cœur à cœur divin…

cœur amoureux dont parlait si bien Thérèse d’Avila. Amen.

 Voir la vidéo de l’homélie

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Dimanche 30 juillet 2017

17e dimanche

[1ère lecture : Lecture du premier livre des Rois (1 R 3, 5.7-12) – Psaume : (Ps 118 (119), 57.72, 76-77, 127-128, 129-130) – 2ème lecture : Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Romains   (Rm 8, 28-30) – Évangile selon saint Matthieu (Mt 13, 44-52)]

La présence de Benoît, tout juste ordonné diacre et qui sera ordonné prêtre l’année prochaine, a fait résonner en moi d’une manière différente les textes de ce jour. Saint Paul nous parle de l’appel. Nous sommes tous appelés. Certes, à des tâches différentes, mais derrière l’appel, il y a, avant tout, un cri d’amour de Dieu pour l’humanité. Dieu aime l’humanité, et Il l’a créée par amour, mais Il n’aime pas l’humanité de manière globale et anonyme, Il aime chacun d’entre-nous et, à ses yeux, chacun de nous est sacré.

C’est ainsi qu’il faut comprendre l’appel. L’appel, c’est un « je t’aime » murmuré à notre oreille. Ensuite, et c’est là que commencent les difficultés, il nous appartient de répondre à l’appel de Dieu, non pas avec notre mental mais avec notre cœur, et cette réponse à l’amour de Dieu est, elle aussi, un acte d’amour. Si, les uns et les autres, nous sommes présents dans cette église, même si nos vies sont différentes, nos histoires sont différentes, c’est que nous nous savons aimés de Dieu et que nous l’aimons. Notre présence physique est la réponse à cet amour.

Malheureusement, parfois, nous n’avons pas, comme Salomon dans la première lecture, un cœur qui écoute. En effet, chez les Hébreux, le cœur est le centre de la personne, c’est l’intelligence, la mémoire, l’audition, la vue. Il peut arriver qu’avec les épreuves de la vie, notre cœur se durcisse, se cadenasse, et que Dieu ait bien du mal à en faire sa demeure. Il peut arriver aussi que notre cœur soit pollué. Pollué par cette graisse qui parfois nous empêche de nous élever, nous rend gras. Les pères du désert, en parlant de graisse, parlaient du péché, notre cœur est alors pollué par la méchanceté, l’orgueil, la vaine gloire, et bien d’autres choses encore.

Alors, il nous appartient de faire comme Salomon, et de demander à Dieu d’avoir un cœur attentif. En effet, quand j’entends : « Si Dieu existait, on ne verrait pas tout ce mal ! », je me dis alors que notre cœur n’est plus attentif. Les signes de Dieu sont nombreux. Notre présence est un signe de l’existence de Dieu. Imaginez : c’était il y a deux mille ans, le christ est né, a vécu, a été crucifié, est ressuscité, et deux mille ans plus tard, nous sommes là, physiquement. C’est un acte de foi qui montre toute la puissance de Dieu dans le monde.

Alors, pour dépolluer notre cœur, il ne faut pas mettre nos mains dans l’eau grasse, il faut nous garder de toute parole inutile, voire méchante. Il faut préserver notre cœur pour qu’il puisse demeurer la demeure de Dieu, alors on se met à voir Dieu partout : Dieu est présent en nous, Il est présent dans la Création, Il est présent dans le sourire d’un enfant ou d’une personne âgée, Il est présent dans une main tendue, Il est présent dans tous ces petits gestes d’amour de la vie quotidienne. Mais, quand notre cœur est dur, nous ne voyons rien.

Dieu est présent à travers ces multiples gestes de la Providence, un mot qui semble, à certains, un peu ringard et qu’on a remplacé, aujourd’hui, par « synchronicité » ou « coïncidence », mais les coïncidences dans nos vies sont nombreuses : une lecture nous renvoie à notre existence, une rencontre éclaire ce que nous vivons de manière différente. A travers tout cela, Dieu parle.

Pour terminer, j’aimerais revenir sur les premières lignes de ce Livre des Rois : « Le Seigneur apparut en songe à Salomon ». En songe, tout comme pour Joseph qui n’a jamais vu l’ange, mais qui l’a entendu en songe. Dans la Bible, l’importance des songes est sans cesse mise en avant. Je ne parle pas de l’interprétation des songes, je parle de Dieu qui se rend présent à travers nos songes. Mais, est-ce que nous y croyons encore, nous qui sommes devenus si rationnels ? Si Salomon n’y avait pas cru, il ne serait pas devenu ce qu’il était ! Si Joseph n’y avait pas cru, le Christ n’aurait pas pu s’incarner comme il l’a fait !

Oui, j’ose le dire ici, les songes sont fondamentaux, et chez nos frères hébreux, il y avait une manière d’influencer les songes, tout simplement, avant de s’endormir : de lire une prière, le passage d’un psaume, un petit bout d’Évangile, de le murmurer, de le murmurer sans cesse, d’ouvrir notre cœur afin que Dieu puisse parler.

Vous l’avez compris, je crois aux songes. Il y a un mois, une nuit, quelqu’un me demanda : « Patrice, pourquoi enseignes-tu la méditation de pleine conscience ? ». Je me revoie encore dans mon songe, silencieux, n’ayant pas de réponse. Une voix, alors, me dit : « Patrice, c’est pour préparer ces personnes à m’accueillir ». J’avais ma réponse. Ma journée, vous vous en doutez, en fut illuminée.

Alors, ne passez pas à côté de vos songes, et demandez à Dieu de vous inspirer sans cesse. Il le fera, soyez-en certain.

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Dimanche 23 juillet

16e dimanche

 

[1ère lecture : Lecture du livre de la Sagesse (Sg 12, 13.16-19) – Psaume : (Ps 85 (86), 5-6, 9ab.10, 15-16ab) – 2ème lecture : Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Romains   (Rm 8, 26-27) – Évangile selon saint Matthieu (Mt 13, 24-43)]

Pour les citadins que nous sommes tous, pour la plupart, ces paraboles de ces derniers dimanches, où il est fait référence à l’agriculture, peuvent nous paraître éloignées de notre réalité quotidienne. De plus, nous connaissons bien cette parabole. Mais, en l’étudiant plus profondément, peut-être nous rendons-nous compte que notre interprétation des paraboles change avec le temps, change avec notre expérience de vie, change avec nos rencontres, et que la compréhension des paraboles, loin de succomber à l’habitude, s’approfondit sans cesse. Ainsi, cette semaine, en lisant l’Évangile d’aujourd’hui, je l’ai vu comme différent de d’habitude. On pourrait l’interpréter, comme certains l’ont fait, de manière un peu manichéenne : sur terre, il y a le bon grain et il y a l’ivraie. En bref, il y aurait les bons et les méchants. Certains ont même vu, à travers les époques, que les bons, c’étaient les chrétiens, et que les méchants, c’étaient les « autres ». Cette perspective manichéenne ne mène à rien, si ce n’est, peut-être, à nous faire aimer les films, comme la Guerre de étoiles, où la Force s’oppose à l’Obscurité. Mais justement, l’Évangile n’est pas manichéen.

Il nous faut alors creuser un petit peu plus loin, et nous rendre compte tout d’abord d’une chose : c’est de la patience de ce maître. Ses serviteurs lui disent qu’il faut ôter tout de suite l’ivraie afin de libérer le bon grain, et lui, demande d’attendre : la patience. C’est, peut-être, un appel pour nous à être patients pour nous-mêmes, et patients pour les autres. Peut-être que dans notre entourage, il y a des personnes qui ne mènent pas une vie conforme à nos souhaits. Peut-être que dans notre entourage, il y a des personnes qui sont éloignées de nos convictions, qui semblent à nos yeux s’égarer, partir sur de mauvais chemins. Cette parabole nous invite, non seulement à ne pas condamner, mais à ne pas juger, et à miser sur le temps.

Ainsi, plutôt que de se fâcher aujourd’hui avec quelqu’un qui ne partage pas nos convictions, laissons le temps à cette personne, laissons-lui son expérience, laissons la vie lui apprendre ce qu’elle a à lui apprendre, laissons-la découvrir ce qu’elle a à découvrir. Qu’en sera-t-il dans dix ou vingt ans ? Nous n’en savons rien. Parfois, j’entends même au sein de famille, ou de communautés : « Oh, pour Untel, c’est foutu, il (ou elle) ne changera jamais ! ». Quelle horreur ! Mais si, nous pouvons tous changer, sans cesse. C’est un appel à la conversion. Il me semble que je le disais dimanche dernier, mais les neurologues, eux-mêmes, nous montrent que notre cerveau peut changer. Alors oui, nous pouvons changer.

Cette parabole nous apprend donc la patience, à prendre en compte ce qui est aujourd’hui et à miser sur demain. A laisser demain ouvert. A laisser son potentiel à l’avenir. C’est cela l’espérance. Quand nous jugeons quelqu’un, quand nous condamnons quelqu’un, nous l’enfermons et nous nous enfermons. Jamais le Christ n’agit ainsi.

Première leçon de cette parabole, la patience.

Ensuite, une chose m’a frappé : la première chose qui est semée dans le champ par le maître, et l’on pourrait dire : Dieu, c’est du bon grain. Cela m’a rendu optimiste. En chaque être humain, ce qui a été semé en premier, c’est du bon grain. C’est ce que nous disent les pères du désert plus tard, ainsi que les pères de l’Église. Dieu, qui nous a créé à son image, a déposé en nous toutes les vertus. En nous, il y a tout ce qu’il y a de plus beau, il suffirait que nous plongions dans notre cœur pour y découvrir la beauté, la bonté, la bienveillance, l’altruisme, l’espérance, la confiance. Tout un trésor a été déposé dans notre cœur, mais il est précisé qu’un ennemi a déposé de mauvaises herbes : de l’ivraie, et nous sommes confrontés à cela. Dans notre cœur, parfois, il y a les graines de l’égoïsme, de la haine, de la méchanceté, du jugement, de la condamnation. Mais ces graines n’ont pas été semées en premier, elles ne sont pas naturelles ; celles qui nous sont naturelles, ce sont les bonnes graines.

La deuxième leçon de cette parabole est, sans doute, de retenir qu’en chaque être humain, même celui que nous estimons le plus ignoble, eh bien, il y a la beauté, il y a un potentiel extraordinaire qui ne demande qu’à se développer et, là encore, plutôt que de juger, de condamner, d’enfermer, aidons l’autre à découvrir ce qu’il y a de beau en lui, comme le Christ le faisait à chacun de ses interlocuteurs.

L’homme est bon par nature ; quand il fait le mal, il n’est plus conforme à sa nature, il est tombé malade, il doit alors guérir. Retenons que l’homme est bon par nature.

Patience, première leçon. Deuxième leçon : espérance en la bonté de chacun qui ne demande qu’à se déployer.

La troisième leçon, qui est capitale à mes yeux et qui rejoint ce que je disais en préambule, il n’y a pas sur terre d’un côté les bons et de l’autre les méchants, c’est une vision sans avenir et manichéenne, mais il y a en nous cette ambivalence : notre nature profonde, la bonté, nos maladies, la méchanceté. Nous sommes appelés, et c’est çà la vie chrétienne, chaque jour, chaque semaine, chaque mois, chaque année, à travailler sur nous-mêmes, avec l’aide de Dieu, pour retirer ce qui empêche le bon grain de pousser.

Pour terminer, une quatrième piste, après ces trois premières, piste qui nous est donnée par les pères du désert : si, en nous, par exemple, se trouve de l’ivraie, par exemple : le jugement sans cesse des autres, la condamnation, l’égoïsme, l’enfermement, il ne faut pas se polariser sur ces vilaines graines, il faut faire grandir les plus belles. C’est ce que disent les mystiques. Face à l’égoïsme, faisons grandir la générosité, face au jugement, faisons grandir le non-jugement et la bienveillance, face à l’impatience, faisons grandir la patience. Ne nous polarisons pas sur ce qu’il y a de laid en nous ou dans l’autre, regardons ce qu’il y a de beau. Et en chacun d’entre-nous et, en vous regardant aujourd’hui, j’ai l’impression de voir autant de jardins, autant de jardins merveilleux, qui ne demandent qu’à donner de belles gaines mais qui parfois à leur insu, à mon insu pour moi-même, nous nous sommes laissés envahir.

Etre envahi par l’ivraie n’est pas notre état naturel. Retrouvons la profondeur de notre être, et pour cela, il nous faut plonger dans notre cœur, dans ce qu’il est réellement, parce que si nous redécouvrons la beauté de notre cœur, nous redécouvrirons la beauté du cœur de l’autre, alors ce vivre ensemble, dont on parle tant, sera tellement aisé.

En chacun d’entre-nous, il y a ce jardin merveilleux dans lequel Dieu ne demande qu’une seule chose : pouvoir se promener. Amen.

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Dimanche 16 juillet 2017

15e dimanche ordinaire

[1ère lecture : Lecture du livre du prophète Isaïe (Is 55, 10-11) – Psaume : (Ps 64 (65), 10abcd, 10e-11, 12-13, 14) – 2ème lecture : Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Romains (Rm 8, 18-23) – Évangile selon saint Matthieu (Mt 13, 1-23)]

Cet Évangile du semeur, nous le connaissons tous, presque par cœur. C’est là le danger : l’habitude. Alors, pour vérifier si nous le connaissons, il nous faut nous tourner vers la lettre de saint Paul, apôtre, aux Romains : « La création tout entière gémit », nous aussi, en nous-mêmes, nous gémissons. Est-ce que nous entendons la création gémir ?

Ce gémissement de la création s’est élevé pour nous, français, le 14 juillet lorsqu’il a été fait mémoire de toutes les victimes d’attentats, d’innocents massacrés au nom d’une mauvaise compréhension de ce que devrait être la religion. Mais la création gémit sans cesse. Elle gémit quand un être humain meurt dans l’indifférence, y compris dans notre pays. Et je pense à toutes ces personnes en fin de vie qui meurent seules dans leur chambre d’hôpital, confrontées à elles-mêmes.

La création gémit lorsque des êtres humains, nés pour la vie, meurent lorsqu’ils n ‘ont pas à manger. La création gémit encore quand un être désespéré ne trouve plus d’oreille pour l’entendre, plus de main pour l’enlacer, plus de bras pour le soutenir. Alors, dans sa douleur, gémissant, il met fin à ses jours.

Nous gémissons, nous aussi, ou nous devrions gémir lorsque nous ne faisons pas le bien que nous devrions faire, et que nous faisons le mal que nous ne voudrions pas faire. En ce dimanche si ensoleillé, au cœur de l’été, mon objectif n’est pas de vous désespérer, mais de nous interroger : « Est-ce que nous savons encore gémir ou est-ce que notre cœur est devenu, comme le disait Isaïe et comme le rappelle le Christ, « un cœur alourdi » ? Dans d’autres passages, il est dit que le cœur peut devenir un cœur de pierre, nous écoutons sans entendre, nous regardons sans regarder, nous sommes devenus durs d’oreilles, nos yeux sont bouchés, notre cœur ne comprend plus.

Cette parabole du semeur nous renvoie à notre cœur. Dans quel état est notre cœur ? Lorsque nous avons mal au cœur, nous allons voir le médecin, qui, dans un cas, soigne notre foie, ou dans un autre cas, soigne notre cœur. Nous prenons soin de nous et nous avons raison, pour que ce cœur fonctionne bien, continue de battre et d’irriguer tout notre corps. Mais notre cœur peut être malade sans que nous puissions nous en apercevoir. Le cœur malade, c’est un cœur alourdi. Le cœur malade, c’est un cœur sans joie. Le cœur malade, c’est un cœur dur qui ne sait plus pleurer. Savons-nous encore pleurer ? Pleurons-nous face à un spectacle triste ? Non pas dans les films ou au théâtre, mais face au spectacle du monde. Nous laissons-nous toucher par la peine de l’autre ? Ecoutons-nous saint Paul qui sait nous dire qu’il est triste avec ceux qui sont tristes, et dans la joie avec ceux qui sont dans la joie ? La vie peut rendre malade notre cœur, elle peut le durcir, le rendre indifférent. Alors, comme nous y invitait le pape François lors de l’année de la Miséricorde, auscultons régulièrement notre cœur : se laisse-t-il encore toucher, se laisse-t-il émerveiller, se laisse-t-il étonner, sait-il éprouver la joie, sait-il éprouver la peine ? En bref, notre cœur est-il encore vivant ?

La science, aujourd’hui, est en train de donner à nous, les croyants, une leçon. En effet, les neurologues, après avoir constaté depuis longtemps qu’il y a des neurones dans notre cerveau, qu’il y a aussi des neurones dans notre ventre, ont découvert, il y a plus d’une dizaine d’années, que notre cœur était entouré de neurones, et qu’à côté de notre cerveau, il y avait deux autres cerveaux : le ventre et le cœur. On a pensé longtemps que ces deux sous-cerveaux fonctionnaient sous la dépendance du premier, la science nous montre que non. Le cœur, cerveau à part entière, ressent à part entière. C’est pourquoi la psychologie moderne nous parle désormais de l’intelligence émotionnelle, et non pas seulement de l’intelligence cognitive, réflexive. Notre intelligence émotionnelle, cette capacité à ressentir des émotions, cette capacité à ressentir les émotions de l’autre et ne pas seulement à dire, par peur, : « Comment allez-vous ? » et, sans attendre la réponse, à tourner les talons, comme on le fait si souvent. Quand on demande à quelqu’un comment il va, il faut attendre sa réponse, parce que la question, c’est : « Comment va ton cœur ? », et si l’autre a besoin de nous dire : « Mon cœur pleure, mon cœur saigne, mon cœur a mal », prenons le temps de savoir l’écouter. Toute la Bible nous parle du cœur. Toute l’histoire chrétienne nous parle du cœur de Dieu. Poitiers est une ville où le Sacré Cœur n’a pas la place qu’il devrait avoir, n’a pas la place conforme à son histoire. Peut-être que l’un des chemins pour notre Église, c’est de redécouvrir cette richesse du cœur de Jésus.

[La cloche de l’église abbatiale sonne…]

N’avons-nous entendu qu’une cloche ? Si c’est le cas, nous sommes durs d’oreilles : la cloche, c’est la voix de Dieu qui appelle les hommes, et c’est pourquoi, j’ai préféré me taire et laisser parler Dieu.

Alors oui, ce matin, prenons le temps quelques instants, et ceux qui le désirent pourront le faire, même si nous n’avons pas l’habitude, sauf ceux qui méditent, de mettre la main droite sur notre cœur quelques instants, et d’interroger notre cœur : « Comment vas-tu ? Es-tu dans la joie ? Écoutes-tu ? Entends-tu ? Comprends-tu ? ».

Nous pourrons aussi, en référence au Sacré Cœur, prononcer cette phrase si belle : « Cœur Sacré de Jésus, rendez mon cœur semblable au Vôtre ».

N’est-ce pas le plus beau souhait que nous pouvons nous souhaiter en ce dimanche ?

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Dimanche 2 juillet 2017

13e dimanche ordinaire

[1ère lecture : Lecture du 2e livre des Rois (4, 8-11. 4-16a) – 2ème lecture : Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Romains (Rm 6, 3-4. 8-11) – Évangile selon saint Matthieu (Mt 10, 37-42)]

Comme moi, hier, en écoutant la radio ou la télévision, vous avez découvert avec, « entre guillemets », émerveillement, le succès de nos lignes à très grande vitesse : Paris-Rennes, Paris-Bordeaux. Pour le Paris-Poitiers, nous gagnons dix minutes, Paris-Bordeaux, une heure. Tout cela pour huit milliards d’Euros, ce qui fait finalement très chère la minute ! Tout le monde était enjoué, heureux : on gagne du temps. En effet, notre société semble avoir peur du temps : il faut occuper son temps, ne pas perdre son temps, gagner du temps. Ainsi, dans les futures rames du train, il y aura la wifi pour pouvoir téléphoner, des accès Internet, tout cela pour ne pas perdre de temps.

En tant que psychologue, j’aurais tendance à dire que ce souci de vouloir gagner du temps sans cesse a pour corollaire la peur de la mort, la peur de l’arrêt du temps. En effet, nous naissons, nous vivons, nous mourrons. La mort est crainte désormais. Pour preuve, nos anciens ne meurent plus chez eux, la plupart du temps, entourés de leur famille. Nous déléguons la mort des anciens aux hôpitaux où ils meurent seuls.

Peur de la mort, sans cesse, qui nous habite. Mais nous, chrétiens, pouvons-nous succomber à cette peur de la mort ? Certainement pas, et les textes d’aujourd’hui ne cessent de nous parler de la vie : depuis cet enfant donné par Élisée à cette femme, jusqu’à saint Paul qui nous dit, qu’avec le Christ, nous passons de la mort à la vie. Nous, chrétiens, ne vivons pas comme tout le monde. La plupart des gens pensent qu’on naît, qu’on vit, qu’on meurt. Non, nous, nous passons de la mort à la vie, et c’est le sens de notre présence ici : tous les jours, à chaque instant, nous sommes appelés à naître. Le point de départ de notre naissance, bien entendu, c’est le baptême, où nous avons reçu l’Esprit de Dieu, mais ensuite, à chaque instant de notre existence, il nous faut vivre ce baptême, et naître sans cesse. Pour cela, nous sommes appelés d’abord à mourir, à mourir à tout ce qui nous sépare de Dieu, à toutes les chaînes qui nous entravent, à tout ce qui nous éloigne de la voie montrée par le Seigneur. Cette naissance, qui puise sa source dans la grâce de Dieu, nécessite aussi notre effort : la grâce et l’effort sont les deux ailes du même oiseau. Sans Dieu, nous ne pouvons rien, mais sans nous, Dieu ne peut rien.

Alors aujourd’hui, en ce dimanche, une question se pose à nous :

Est-ce que nous désirons être vivant pour Dieu, en Jésus-Christ ?

Et si nous désirons vivre notre vie en vivant, comment choisissons-nous de vivre ? Quels sont les points de repère de notre existence ? Est-ce que la Parole de Dieu constitue pour nous une source d’eau vive ? Si oui, est-ce que nous prenons le temps durant la semaine, régulièrement, de nous nourrir ?

Nous passons beaucoup de temps à table chaque jour, combien de temps passons-nous chaque jour à nous nourrir de la prière, de la Parole de Dieu ? Si nous nous coupons de la source, nous sommes perdus, nous ne savons plus comment vivre, et comme disait un père du désert, nous pouvons prendre le mal pour le bien et le bien pour le mal.

L’Oraison du début de la messe nous disait que nous sommes appelés à vivre comme des fils de Lumière. En nous, il ne peut y avoir de ténèbres ; la lumière de Dieu est présente, ce qui l’empêche de briller, c’est nous.

Alors oui, aujourd’hui est un jour fantastique : on nous parle de joie, de Lumière, de naissance, de force. Nous sommes appelés à vivre la joie, la lumière, la naissance.

Alors, dans le secret de nos cœurs, prenons quelques instants pour nous tourner vers Dieu, nous offrir à Lui, quelle que soit notre vie, en n’oubliant jamais une chose : chaque jour, nous pouvons recommencer.

Chaque jour, chaque instant, chaque minute peut être un nouveau départ.

Choisissons-nous la lumière de Dieu ? Choisissons-nous la joie ?

A chacun d’entre-nous de répondre.

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Dimanche 25 juin 2017
12e dimanche ordinaire

[1ère lecture : Lecture du livre du prophète Jérémie (Jr 20, 10-13) – 2ème lecture : Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Romains (Rm 5, 12-15) – Évangile selon saint Matthieu (Mt 10, 26-33)]

Il y a des textes plus difficiles à proclamer que d’autres. Il y a des textes où il est difficile de dire à la fin, sans être pleinement conscient : « Acclamons la Parole de Dieu ». Nous l’avons tous dit, peut-être mécaniquement, peut-être comme un reflex quasiment pavlovien. Pourtant, la finale du Christ est dure, très dure : « Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux. ». Il continue : « Mais celui qui me reniera devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est aux cieux ».

Il y a de multiple manières de renier le Christ. Nous pouvons le renier par action, nous pouvons le renier par omission en ne vivant pas comme le Christ nous y invite. Cela parfois, nous le faisons même inconsciemment, quand nous n’appliquons pas la moindre ligne de l’Évangile. Vivre chacune des lignes de l’Évangile, nous le savons, est extrêmement difficile. Un seul exemple : « Ne jugez pas et vous ne serez pas jugé ». Qui d’entre-nous, cette semaine, n’a pas jugé quelqu’un d’une manière ou d’une autre ? Pourtant, en jugeant quelqu’un, nous allons contre l’Évangile parce que le Christ nous invite à ne pas juger. Ne pas juger, c’est laisser à l’autre la possibilité de changer. Juger l’autre, c’est l’enfermer et nous enfermer dans une dialectique mortifère. Juger l’autre est une manière de renier le Christ.

« Aimer nos ennemis », autre exemple. Je ne sais pas si c’est facile pour vous, mais pour moi, cela ne l’est pas. On a toujours tendance à aimer ceux qui vous aiment, qui vous disent que vous êtes formidable. Par contre, ceux qui vous critiquent ou qui disent du mal de vous, on a plus de mal à les aimer. Pourtant, c’est ce à quoi nous invite l’Évangile. Lorsque nous n’aimons pas ceux qui ne nous aiment pas, nous renions le Christ.

Oui, je ne sais pas si nous avons mesuré les uns et les autres, ce qui était demandé par le Seigneur, lorsqu’à la fin nous acclamons la Parole de Dieu. Mais si nous sommes là, c’est que nous désirons le faire, même si peut-être, aujourd’hui, nous ne le faisons pas encore. Alors, il nous faut trouver des points d’appui, des points de solidité. De multiple pistes nous sont proposées aujourd’hui. Dans l’Oraison, il nous est dit d’honorer le Nom de Dieu, d’aimer le Nom de Dieu, de lui rendre grâce. Cette dévotion au Nom de Dieu est très ancienne, les juifs eux-mêmes la pratiquaient. Cette référence au Nom de Dieu est capital chez les pères du désert, qui sont si présents, grâce à vous mes sœurs, à travers les sessions qui se déroulent ici.

Honorer le Nom de Dieu, aimer le Nom de Dieu, c’est avoir le Nom de Dieu à la bouche, continuellement, comme un antidote à tout ce qui pourrait sortir de mauvais de notre bouche. C’est pour cela que les pères du désert, tout au long de la journée, ne cessaient de dire : « Kyrie Jesu Christe, Eleison me », « Kyrie Jesu Christe, Eleison me », « Seigneur Jésus-Christ ait pitié de moi ». Toute la journée, ils disaient cela : quand ils marchaient, quand ils travaillaient, quand ils étaient seuls dans leurs cellules.

Pourquoi ? Parce qu’en le disant, ils se plongeaient dans l’amour de Dieu. Ils le disaient presque comme on dit : « Je t’aime » au Seigneur. Ainsi, par ce contact permanent, ils ne rompaient pas le fil avec Dieu, ce qui les empêchaient de succomber aux tentations de juger, de dire du mal ou de ne pas aimer leurs ennemis.

Premier point d’appui, d’une solidité absolue : avoir sans cesse le Nom de Dieu à la bouche.

Deuxième point d’appui, qui nous est proposé celui-ci par la liturgie. Cette semaine, vendredi, une fête capitale est presque passée inaperçue parce qu’elle était en semaine : la fête du Sacré Cœur. Eh oui, le Sacré Cœur. Pour certains catholiques, cette fête fleure bon le XIXe siècle et semble désuète. Nous savons bien que ce n’est pas vrai. Tout a commencé sur la croix par le cœur ouvert du Christ, ce cœur remplit d’amour qui s’est répandu sur l’humanité. Poitiers devrait, aurait dû, être quasiment comme Paray-le-Monial, un lieu de dévotion au Sacré Cœur. Mais les hommes en ont décidé autrement. Sœur Josepha Menendez, au début du XIXe siècle, a eu 153 apparitions du Christ dans l’église des Feuillants. Elle a parlé dans le désert, très peu de gens l’ont soutenue. Ses sœurs ne l’ont pas soutenue, les évêques ne l’ont pas soutenue, des prêtres ne l’ont pas soutenue. Trente ans plus tard, sainte Faustine proclamera quasiment le même message à la demande du Christ, et là, au contraire, grâce au soutien des uns et des autres, elle deviendra la sainte de la Miséricorde si vénérée en Pologne, qui a permis que le deuxième dimanche après Pâques soit le dimanche de la Miséricorde et que le cœur du Christ soit honoré comme il se doit. En Pologne, un lieu de pèlerinage, en France, à Poitiers, une église oubliée de tous qui sert de dépotoir (je l’ai visitée il y a à peine trois mois, des jeunes, même, y ont fait des messes noires) oubliée de Dieu, oubliée des hommes, oubliée de nous.

Un autre point d’appui solide qui unit le cœur, l’amour, la croix du Christ. La croix du Christ sur laquelle son cœur s’est ouvert pour l’humanité, nous rappelant que le cœur à cœur avec Dieu est une chose fondamentale. Dieu n’est pas à l’extérieur. Ne le cherchons pas des yeux, mais ouvrons ce que les anciens connaissaient bien, ne cessaient de répéter, et que nous avons oublié : Ouvrons les yeux de l’âme, ouvrons les yeux de notre cœur, pour voir Dieu au plus profond de notre cœur. C’est pourquoi nous avons ici une chance capitale : cette présence de la relique de la Sainte Croix, que dimanche prochain, ici même, nous allons pouvoir honorer à 17h, et j’espère que nous serons nombreux à le faire.

Cette relique de la Sainte Croix nous renvoie à l’amour inconditionnel de Dieu, parce que Dieu aime d’un amour inconditionnel. Souvent, notre amour est conditionnel : je t’aime parce que tu penses comme moi, je t’aime parce que tu fais ce que je veux que tu fasses, je t’aime parce que tu corresponds à mes attentes.

L’amour de Dieu, ce n’est pas cela, il est inconditionnel : « Tu t’es éloigné de moi, tu es pécheur, tu m’as rejeté, je t’aime quand même ». « Reviens, reviens », sans cesse. Venir devant cette relique de la Sainte Croix, c’est écouter le cri de Dieu : «  Reviens, reviens », sans cesse. « Plonge dans ce cœur à cœur fondamental : je suis dans ton cœur, mon cœur est à toi ».

Si nous sommes ancrés dans le Nom du Christ, si nous sommes ancrés dans le cœur de Dieu, alors jamais nous ne pourrons le renier, jamais nous n’aurons à craindre les persécutions, parce que nous serons plus fort que tout.

Est-ce que nous saurons l’entendre ? A chacun d’entre-nous de faire son choix.

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Dimanche 11 juin 2017
Fête de la Trinité

[1ère lecture : Lecture du livre de l’Exode (Ex 34, 4b-6.8-9) – Cantique :(Dn 3, 52) – 2ème lecture : Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens (2 Co 13, 11-13) – Évangile selon saint Jean (Jn 3, 16-18)]

Soyez les bienvenus, et notamment les personnes qui viennent pour la première fois à cette messe célébrée et expliquée. La messe pour nous, chrétiens, est le moment central de la semaine. La messe est l’axe sur lequel peut grandir notre semaine, sur lequel s’articule notre semaine. C’est pourquoi nous, qui sommes ici, aurons pour mission en sortant de cette célébration par nos paroles, par nos pensées et par nos actes, de faire aimer la messe à ceux qui n’y vont plus. C’est un enjeu terrible pour chacun d’entre-nous, une responsabilité, mais, sans ce moment crucial chaque semaine, notre vie perd son sens, perd sa direction.

Mais aimer la messe, ce n’est pas assister à la messe. Participer à la messe, ce n’est pas seulement faire une procession d’offrande. Aimer la messe, c’est témoigner de notre amour pour un Dieu trinitaire. Participer à la messe, c’est comprendre que nous sommes ici en mission, non pas pour un moment convivial, mais pour la gloire de Dieu et le salut du monde. Participer à la messe pour nous, chrétiens, c’est cela : participer au salut du monde dans la mesure de nos possibilités.

C’est pourquoi, il est important, et désormais ce sera mon expression, de vivre la messe avec ce que les pères de l’Église, les pères du désert et les grands mystiques appelaient : « les yeux du cœur et de l’âme ». Durant la messe, c’est ce que saint Ephrem appelait « l’œil intérieur » qu’il nous faut ouvrir pour voir, à travers le visible, l’invisible.

Ainsi, aujourd’hui par exemple, nous fêtons la Trinité, la Sainte Trinité, et j’entends dans l’esprit de certains : « Oh, cela fleure bon le XIXe siècle ! ». En juin, ces fêtes de la Trinité, du Sacré Cœur, du Saint Sacrement résonnent un peu étrangement à nos oreilles modernes, et pourtant, c’est le fond de notre foi. Il y a différentes manières de parler de la Trinité. Lorsque j’étais au séminaire, je dois le dire, et mes enseignants ne seraient pas contents, j’ai eu l’impression qu’on ne me parlait pas de la Trinité, mais qu’on autopsiait la Trinité, qu’on disséquait la Trinité comme un concept mort qu’il fallait expliquer. Or, la Trinité, c’est une dynamique dans laquelle nous sommes plongés, et une dynamique fondamentale : celle de l’amour. Ce qui unit le Père, le Fils et l’Esprit saint, c’est l’amour, et nous avons la chance d’avoir un Dieu trinitaire qui nous montre à travers ces trois personnes que l’amour est relation, relation à l’autre, relation les uns avec les autres. Je le répète, ce qui unit le Père, le Fils et l’Esprit saint, c’est l’amour, mais pas de manière égoïste et enfermée, la Trinité nous appelle à participer à sa vie trinitaire. Nous sommes appelés, comme le représentaient les mystiques, à plonger dans le cercle trinitaire qui nous attend et à vivre dans nos vies l’amour, l’amour de Dieu. Non pas l’amour purement humain qui, parfois, n’aime que ceux qu’on aime, qui nous aiment. L’amour qui va au-delà de tout. L’amour, comme dans l’Évangile, qui nous invite comme le Christ à ne pas juger le monde, mais à vouloir que le monde soit sauvé. L’amour qui nous invite, comme le dit saint Paul, à être dans la joie, à chercher la perfection, à nous encourager les uns les autres dans ce cheminement de foi.

C’est une question : ensemble nous participons à la messe, mais est-ce que nous nous encourageons les uns les autres dans un chemin de foi ? Ou, est-ce que nous sommes les uns à côté des autres de manière individualiste ? Mais, dans ce cas-là, nous ne vivons pas la Trinité !

La Trinité est relation, et nous avons un bon exemple ici : une communauté monastique, une communauté religieuse de sœurs qui ont choisi de vivre ensemble leur vie de foi, de s’encourager les unes les autres dans cette vie de foi, de s’aider, de vivre dans la paix.

Alors oui, interrogeons-nous : nos communautés sont-elles des lieux où, ensemble, nous nous encourageons ? Où, ensemble, nous cherchons la perfection ? Où, ensemble, nous plongeons dans la joie ?

Tout à l’heure, comme nous y invite saint Paul, nous allons nous saluer les uns les autres pour un baiser de paix, est-ce que nous mesurons ce que cela représente ? Je vais vous donner la paix, pas moi, mais Dieu lui-même, le Dieu trinitaire, et vous allez l’échanger les uns avec les autres.

Alors oui, aujourd’hui, ce dimanche de la Trinité est pour nous un encouragement.

La Trinité est le moteur de notre foi. Alors, cette semaine, à ceux qui vous demanderont : « Dimanche, tu as fêté la Sainte Trinité, explique-moi la Trinité ? », qu’allez-vous répondre ? Qu’allez-vous dire ?

Pour vous aider à répondre, 2 pistes, que je répète chaque année, mais peu importe. La première nous est donnée par Grégoire de Nysse qui explique la Trinité à la manière du soleil, c’est très simple à comprendre : Dieu le Père, c’est le soleil lui-même, Dieu le Fils, ce sont les rayons et Dieu l’Esprit Saint, c’est la chaleur diffusée. Une seule réalité, trois personnes. Première explication de la Trinité.

Ensuite, les trois missions de la Trinité. Un autre père de l’Église : Basile de Césarée – si je ne m’abuse – nous dit que Dieu le Père a voulu l’homme gratuitement et par amour, que c’est par sa Parole, par le Christ, qu’Il a créé l’homme à son image, et que l’Esprit Saint nous conduit à la perfection, à la sainteté. Retenez : Dieu le Père a voulu l’homme, Dieu le Fils l’a créé, Dieu l’Esprit Saint le mène à sa perfection.

Dès lors, vous voyez que la Trinité n’est pas une réalité dogmatique à autopsier, à disséquer.

« Ne parlons pas de la Trinité, vivons-là pleinement » dirait Maurice Zundel, que je plagie. Pour vivre la Trinité, il faut vivre dans la joie, vivre dans la paix, vivre dans la concorde, chercher la perfection, partager cette paix, ne pas juger le monde, mais vouloir avec le Christ le sauver.

La Trinité est notre moteur, c’est elle qui nous réunit, c’est elle qui nous fait vivre.

Ne l’oublions jamais.

 

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Dimanche 4 juin 2017

Pentecôte

[1ère lecture : Lecture du livre des Actes des Apôtres (Ac 1, 1-11) – Psaume :(Ps 103 (104), 1ab.24ac, 29bc-30, 31.34) – 2ème lecture : Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens (1 Co 12, 3b-7.12-13) – Évangile selon saint Jean (Jn 20, 19-23)]

Il y a des jours où il est plus difficile de parler que d’autres. Aujourd’hui, fête de la Pentecôte, j’avais envie de me réjouir avec vous, et les événements de cette nuit nous ont ramenés au principe de réalité. Car nous, chrétiens, ne devons pas oublier une chose : nous ne devons pas nous étonner de ce qui arrive dans le monde, le Christ, les apôtres, nous ont prévenus. Le Prince de ce monde, qui est-il ? Satan, encore appelé le diable, le diviseur. Certains esprits forts ne veulent plus y croire, rayant ainsi la moitié des Évangiles. Satan est le Prince de ce monde. Il est le diviseur, il cherche à diviser l’être humain lui-même qui tend à faire le bien et qui fait le mal. Il divise nos communautés, nos familles, nos pays, les religions les unes contre les autres, parce qu’il ne veut pas que l’être humain s’élève. Il veut que l’être humain mette en avant ses plus bas instincts, se combatte lui-même intérieurement et combatte ses frères.

Saint Paul aussi nous avait prévenus : nous sommes en guerre, depuis longtemps. Il nous a demandé de revêtir le bouclier de la foi, la cuirasse du salut et l’épée de l’Esprit Saint. Nous sommes loin d’une vision de la religion de la foi « Bisounours » : développement personnel où nous cherchons à aller moins mal. Il y a un combat et nous ne devons pas l’ignorer, mais, dans ce combat, nous avons reçu l’arme la plus forte : l’Esprit Saint. Nous ne devons jamais l’oublier.

Alors, plutôt que de faire une homélie théorique sur la Pentecôte, j’ai envie de poser une question : que pouvons-nous faire, nous, concrètement, nous qui sommes ici, nous, petits Poitevins ? Que pouvons-nous faire pour éradiquer le mal dans le monde ? Que pouvons-nous faire pour combattre Satan ?

Là aussi, tout est dit dans l’Évangile et par l’Église. Le Christ nous signale très rapidement que face à certains démons, il n’y a que deux remèdes : le jeûne et la prière. Qu’en est-il du jeûne ? Alors que partout dans le monde s’ouvrent des cliniques du jeûne, parce que jeûner est bon pour la santé, le jeûne est tombé en désuétude chez nous, chrétiens, et nous jeûnons au grand maximum le Mercredi des Cendres et le Vendredi Saint. Nous n’y croyons plus vraiment. Pourtant, le Christ l’a dit. Alors, peut-être que nous pourrions écouter le Christ et jeûner régulièrement, en fonction de notre âge, en fonction de notre état de santé.

Jeûner et prier. Le jeûne n’est pas une privation, c’est un don à Dieu. C’est dire à Dieu que sa Parole est plus importante que les aliments et que, au moins un jour dans la semaine ou ne serait-ce qu’un repas dans la semaine, nous pouvons nous passer de nourriture et lire la Parole de Dieu, nous en nourrir, nous en imprégner.

Le deuxième remède face au mal, c’est la prière, et d’ailleurs, dans le passage que je vous citais de saint Paul, avec l’épée de l’Esprit Saint, il indique qu’il nous faut prier sans cesse. Est-ce que nous prions suffisamment ? Est-ce que nous prions tous les jours ? Est-ce que la prière est la respiration de notre âme ? Est-ce que nous prions pour la paix dans le monde ? Est-ce que nous prions pour ceux qui commettent le mal ou qui veulent le commettre ?

C’est une question. Si nous ne le faisons pas, il faut le faire. Dans la prière, plusieurs pistes nous sont données par l’Église, par la Bible. Dans un passage de la Genèse que l’on appelle le Proto-Evangile, il est indiqué qu’une femme terrassera de son talon le démon. L’Église a vu dans cette femme la Vierge Marie.

C’est pourquoi, lorsque j’ai eu la chance de parler, ne serait-ce que quelques minutes, avec le pape François l’année dernière, lorsque je lui ai demandé : «  que faire pour combattre le mal ? ». Il m’a dit : « Patrice, il n’y a qu’une solution : prie Marie. Que ta prière se porte vers Marie, elle triomphera du mal ». Alors, je nous pose une question : est-ce que nous prions Marie tous les jours ? Est-ce qu’au moins une fois par semaine, nous disons le chapelet ? Ou, est-ce que, comme le jeûne, c’est une pratique dévote et désuète ? Interrogeons-nous. Nous pourrions ainsi terminer nos journées ou les commencer par trois « Je vous salue Marie », par un dizainier. En avons-nous un dans notre poche ? Belle arme contre le démon !

Un autre moyen nous a été rappelé par le pape François, quand, à peine installé au Vatican, il a fait ériger une statue de saint Michel archange. Il y a une prière à saint Michel archange pour combattre le démon. Cette prière, il est demandé aux prêtres de la dire avant ou après la messe. Ce n’est pas suggéré par l’Église, c’est demandé depuis Léon XIII. Mais cette prière n’est pas réservée aux prêtres, vous la trouverez sur Internet et chacun d’entre-vous pourra la dire. Enfin, nous sommes dans un monastère bénédictin, et au magasin, vous trouverez, sans difficulté, des médailles de saint Benoît avec, elles aussi, une prière pour combattre le démon. Parce que, si nous ne combattons pas le démon, il étend son emprise, d’abord sur notre âme, ensuite sur le monde et, aujourd’hui, le rouge que je porte rappelle à la fois la force de l’Esprit et le sang de ceux qui tombent, victimes innocentes, et de leurs bourreaux. Ce sang qui crie vers Dieu.

Le dernier moyen que j’aimerais vous indiquer m’a été donné cette nuit en songe, et je crois aux songes : Joseph n’a jamais vu l’ange, l’ange lui a toujours paru en songe. Cette nuit, dans un songe, je vous ai vues, mes sœurs, dans cette église, devant la Sainte Croix, devant la relique de la Sainte Croix dont vous êtes les gardiennes depuis 1400 ans, la nef de l’église était vide, vous étiez là, silencieuses, à vénérer, comme vous le faites tous les premiers dimanches du mois et aux grandes occasions, cette relique qui a été confiée à ce monastère ; la nef était vide, personne n’était là. Et une voix me dit : « Patrice, pourquoi n’es-tu pas là ? Qu’as-tu de plus important à faire que de venir ici prier devant le bois de la croix, là où j’ai donné ma vie par amour pour le monde, là où j’ai désiré sauver le monde en indiquant le chemin ? »

En me réveillant, ce matin, inutile de vous dire que je me sentais plus ou moins bien. Alors ce soir, premier dimanche du mois, je serai là à 17 heures avec les sœurs pour vénérer la relique de la Sainte Croix, pour demander au Christ, qui a versé son sang pour le monde, de nous aider à combattre le mal, pour le prier pour notre monde, pour que sa parole, aujourd’hui : « La paix soit avec vous », devienne une réalité.

Alors oui, une question se pose à chacun d’entre-nous : que ferons-nous à 17 heures ? Qu’avons-nous de mieux à faire que de prier devant la relique de la Sainte Croix ? Elle a été confiée à ce monastère, au sein même de notre diocèse, notre diocèse l’a-t-il oublié ? Les chrétiens sont-ils amnésiques ? Alors, parlons de ce temps de vénération de la Sainte Croix, pour qu’à un moment donné ou à un autre, non seulement il y ait les sœurs qui la vénèrent, mais que la nef soit pleine de chrétiens qui viennent prier le Christ à travers sa sainte croix. Ou alors, sommes-nous comme ces esprits forts qui trouvent le jeûne désuet, la prière à Marie désuète, la vénération des reliques désuète ? Je ne le crois pas. Je crois que tout cela est important. Nous voulons un monde meilleur, nous le désirons. Alors, que l’Esprit Saint, reçu au baptême et à la confirmation, ne soit pas un symbole, mais une réalité.

Et si notre cœur est tiède, demandons au Seigneur devant la relique de la Sainte Croix de le rendre brûlant, car comme il est dit dans l’Apocalypse : « Dieu vomit les tièdes ! »

Le Christ, j’en suis certain, nous écoutera.

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Dimanche 28 mai 2017

7ème dimanche de Pâques

[1ère lecture : Lecture du livre des Actes des Apôtres (Ac 1, 12-14) – Psaume :(Ps 26 (27), 1, 4, 7-8) – 2ème lecture : Lecture de la première lettre de saint Pierre apôtre (1 P 4, 13-16) – Évangile selon saint Jean (Jn 17, 1b-11a)]

Je suis certain que, comme pour moi aujourd’hui, la lecture de la première lettre de saint Pierre apôtre a résonné de manière particulière : « Que personne d’entre vous, en effet, n’ait à souffrir comme meurtrier […]. Mais si c’est comme chrétien, qu’il n’ait pas de honte, et qu’il rende gloire à Dieu pour ce nom-là. ». Cette semaine, une fois de plus, des hommes, des femmes et de nombreux enfants – et je pense aux jeunes qui sont parmi nous – sont morts en Egypte dans un attentat. Alors qu’ils se rendaient dans un monastère, au sein même de cette partie d’Egypte où les Pères du désert avaient essaimé pendant des dizaines, des centaines d’années, leur car a été mitraillé : 29 ont été tués. Leurs noms s’ajoutent à la liste des noms de ces hommes, de ces femmes, de ces enfants qui meurent aujourd’hui en martyrs.

Ceci n’est pas pour nous un fait divers. Ceci n’est pas pour nous une information vue sur les chaînes infos en boucle. Ceci devrait retentir en nous comme un coup de poignard parce qu’il touche nos frères, nous touche. Leur peine aujourd’hui est notre peine. Leur souffrance aujourd’hui est notre souffrance. Leur peur aujourd’hui est notre peur. C’est ce qu’on appelle la communion des saints, qui nous unit aux vivants et aux morts. Malheureusement, nous, chrétiens, qui vivons dans le monde, devenons parfois comme tout le monde : c’était une information, une de plus, au milieu de multiples catastrophes ou de matchs de tennis ou de foot…

Pourtant, l’enjeu est énorme. Ce qui nous rend humain, à mes yeux, c’est être capable d’être heureux avec ceux qui sont heureux, d’être triste avec ceux qui sont tristes, et de ne pas être indifférent. Or notre société nous pousse parfois, par protection, à l’indifférence. Nous ne pouvons pas devenir indifférents, non seulement avec nos frères chrétiens, mais aussi, et pour élargir, avec nos frères humains. N’oublions pas, en effet, que « catholique » veut dire « universel », et que tout ce qui touche un être humain, nous touche. Bien sûr, cela peut parfois nous déranger, mais un chrétien est quelqu’un de bousculé, sans cesse, de dérangé par ce qui arrive.

Ainsi, alors qu’hier les commentateurs allaient tous de leur mot sur le sommet du G7 qui vient de se terminer, il a à peine été mentionné qu’en Afrique actuellement 20 millions de personnes, 20 millions, risquent de mourir de faim à cause d’une nouvelle famine. Cela nous rappelle, tout simplement, une statistique : 1 être humain meurt de faim toutes les 3 secondes, aujourd’hui, en 2017. Là-encore, nous ne pouvons pas être indifférents parce que nous sommes catholiques et nous sommes universels : tout ce qui touche à l’être humain, nous touche !

Mais alors, une question retentit, qui m’a été posée cette semaine : « Comment Dieu peut-Il tolérer cela ? ». Comment Dieu peut-Il laisser des chrétiens mourir mitraillés dans un attentat ? Comment Dieu peut-Il laisser des hommes et des femmes et des enfants mourir de faim ?

Pour beaucoup, c’est une incompréhension, voire, comme le signalait le cardinal de Lubac, une cause d’athéisme, de rejet de Dieu. Alors oui, il est important que nous réfléchissions à cette question pour savoir quoi répondre. Hier soir, alors que je lisais Maurice Zundel, comme tous les soirs avant de m’endormir, je suis tombé sur une phrase de celui-ci : « Dieu est la première victime du mal ». Dieu est la première victime du mal. Cette phrase peut apparaître surprenante, et pourtant, elle est logique : Dieu a créé l’humanité par amour, purement gratuitement. Il l’a tellement aimé qu’Il a voulu qu’en chaque être humain, il y ait l’image de Dieu, et qu’en chaque être humain, il y ait le potentiel d’avancer vers Dieu. Alors, Il souffre. Il souffre quand un être humain meurt, surtout quand c’est injuste. Il nous montre tellement qu’Il souffre, qu’Il a souffert sur une croix. N’oublions pas qu’il y a, à peine 7 dimanches, si nous fêtions la Résurrection du Christ, nous avions fêté, juste avant, sa Passion.

Dieu est un passionné de l’homme, c’est pour cela qu’Il s’est fait homme. Dieu a accepté de souffrir sa Passion, injustement. Alors, pour nous, aujourd’hui, se pose une question capitale : face à tout ce mal, que pouvons-nous, ou plutôt, que voulons-nous faire ? Parfois, nous sommes découragés en nous disant : « Je ne peux rien, c’est trop loin ! ». Eh bien non, nous pouvons sans cesse, parce que le bien se multiplie, comme le mal, mais plus nous faisons le bien, plus le bien s’étend.

Tout à l’heure, avant la messe, je rencontrais certains scouts qui vont faire leur promesse, un moment important pour un scout. Ils vont s’engager à ce que l’on appelle « la bonne action quotidienne » qui fait sourire les esprits forts, et apparaît ringard. Et pourtant, je vous l’affirme, scouts, et à chacun d’entre-nous, la bonne action quotidienne est quelque chose de capitale : c’est nous rappeler que chaque jour, nous avons à faire le bien, au moins une fois par jour. Et non pas le bien auprès de ceux et celles que nous aimons, que nous côtoyons, qui pensent comme nous, mais auprès de tout être humain. Si chacun d’entre-nous, chaque jour, au nom du Christ, faisait le bien, alors je suis persuadé que le bien, fait au fin fond du bois de cette abbaye, va profiter à l’ensemble de l’humanité, tout comme le mal que nous pouvons faire. Nous avons constamment le choix.

Alors oui, interrogeons-nous tout simplement aujourd’hui : est-ce qu’en sortant de cette église, nous avons envie de vivre cette bonne action quotidienne, comme ces scouts ? Et la bonne action peut se multiplier chaque jour, et peu à peu envahir tout notre être. N’oublions pas ce que nous a dit le Christ dans l’Évangile : « La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ ».

Si vous faites, vous les scouts, si nous adultes, religieux, prêtres, laïcs, nous faisons le bien au nom du Christ, alors le monde connaîtra le Christ, et le monde sera sauvé.

A chacun d’entre-nous de choisir : sommes-nous passifs ou actifs ?

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Jeudi 25 mai 2017

Ascension

[1ère lecture : Lecture du livre des Actes des Apôtres (Ac 1, 1-11) – Psaume :(Ps 46 (47), 2-3, 6-7, 8-9) – 2ème lecture : Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Ephésiens (Ep 1, 17-23) – Évangile selon saint Matthieu (Mt 28, 16-20)]

Je m’imagine, je ne sais pas ce qu’il en est pour vous, à la place des apôtres, voyant le Christ monter vers le ciel. Comme eux, j’aurais sans doute regardé le ciel, espérant même, peut-être, monter au ciel avec le Christ, s’élever avec Lui pour retrouver Dieu le Père. Ici, de manière tout à fait surprenante, deux hommes en vêtements blancs, c’est-à-dire des anges, dirent aux apôtres : « Pourquoi restez vous là à regarder le ciel ? ». Presque un reproche : « Que faites-vous à regarder le ciel ? ».

Cette interpellation peut paraître mystérieuse, parce que, très souvent, quand nous prions, nous avons les yeux levés vers le ciel, et quand nous pensons au retour du Christ nous regardons vers le ciel, guettant sa venue. Maurice Zundel, qui avait le sens de la formule, nous donne une piste dans l’un de ses ouvrages ; il nous dit : « Ne regardez pas vers le ciel, ne cherchez pas à entrer au ciel, devenez le ciel ».

Devenir le ciel, tel est l’objectif qu’il nous montre, qu’il pointe à travers ses paroles. Cela peut nous paraître invraisemblable : comment devenir le ciel ? En fait, celui-ci ne fait que reprendre de nombreux textes de la tradition. Ainsi, saint Grégoire disait que « le ciel c’est une âme juste ». Angelus Silesius, quant à lui, disait : « Où cours-tu ? Le ciel est en toi. ». Alors oui, Maurice Zundel nous dit que le Christ a fait du ciel, non pas une réalité extérieure à nous mêmes, mais une réalité intérieure. C’est donc vers ce ciel intérieur qu’il faut nous tourner et cela pour de multiples raisons. La première, c’est que le Royaume de Dieu est en nous, et qu’il nous faut regarder vers l’intérieur de nous-mêmes pour retrouver au plus profond de notre âme, de notre cœur, l’image de Dieu. Ensuite, lorsque Maurice Zundel nous dit de devenir le ciel, il nous invite à devenir beaux comme le ciel, azurés, illuminés, afin que les autres, ceux qui vont nous croiser, puissent à travers nos yeux, nos paroles, notre manière de vivre, voir le ciel. D’une réalité passive : regarder le ciel comme les apôtres, nous entrons alors dans une réalité active où nous sommes mobilisés et qui nous oblige à plonger au plus profond de nous-mêmes. Est-ce que parfois notre vie, notre ego, nos manques d’amour, de tolérance, et bien d’autres choses encore, ne voilent-ils pas le ciel ?

Alors, nous sommes appelés à agir et à éliminer de notre âme, de notre cœur, tout ce qui nous sépare de Dieu. Nous devons, comme le disait le pape François, que je vous citais dimanche dernier, devenir des « transparents de Dieu ». Quand nous serons des transparents de Dieu, ceux qui nous entourent, verront le ciel. Imaginez : si chacun d’entre-nous devenait une parcelle du ciel. En quittant cette église, nous allons rejoindre : familles, amis, milieux professionnels, voisins, si chacun d’entre-nous était une parcelle du ciel, cela permettrait au ciel de s’étendre sur la terre dès maintenant, et cela correspondrait à cette demande du Christ qui nous invite à faire de toutes les nations des disciples. Non pas par des mots mais par ce que nous sommes.

Alors, si nous arrivons par nos vie à montrer le ciel à ceux qui nous entourent, ils auront envie d’être baptisés. C’est une question que je me pose aujourd’hui, personnellement, est-ce que ma vie donne envie à des non-baptisés d’être baptisés ?

Cette question est importante, parce que, si en France les baptêmes étaient fort nombreux il fut un temps, vous le savez, ils le sont de moins en moins. Beaucoup ne viennent plus dans nos églises, ne vont plus dans nos presbytères. Alors c’est à nous d’aller vers eux, c’est à nous de leur donner envie d’être baptisés, leur donner envie de recevoir l’Esprit-Saint.

Oui, un chrétien c’est finalement quelqu’un de lumineux qui donne envie à ceux et celles qui l’entourent de devenir lumière. Ce n’est pas une tâche impossible, nous avons l’Esprit-Saint en nous, il suffit de ne pas Lui faire obstacle. Nous savons comment faire : prier le Seigneur le plus souvent possible, lire la parole de Dieu, communier au corps et au sang du Christ, aider ceux et celles qui sont dans le besoin, aider ceux et celles qui n’ont rien, qui sont blessés par l’existence.

Alors que le monde est frappé par cet attentat qui a tué de jeunes enfants, le meurtrier lui-même étant jeune, 22 ans, nous mesurons combien il est important pour chacun d’entre-nous de devenir cette parcelle du ciel. Nous voulons que la violence quitte le monde, devenons paix. Nous voulons que les rapports entre les uns et les autres soient harmonieux, devenons amour. Souvenons-nous de cette magnifique parole de saint François : « Là où il y a la haine, que je mette l’amour », prière qui devrait nous habiter à chaque instant.

Alors, tout simplement, pendant quelques instants de silence, interrogeons-nous : comment laisser le ciel devenir visible au plus profond de nos âmes ?

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Dimanche 30 avril 2017

3ème dimanche de Pâques

[1ère lecture : Lecture du livre des Actes des Apôtres (Ac 2, 14.22b-33) – Psaume :(Ps 15 (16), 1-2a.5, 7-8, 9-10, 11) – 2ème lecture : Lecture de la première lettre de saint Pierre apôtre (1 P 1, 17-21) – Évangile selon saint Luc (Lc 24, 13-35)]

En voyant le pape François – même si les images des médias étaient rares cette semaine – présent à la Mosquée Al-Azhar au Caire, je n’ai pu m’empêcher de penser à saint François. Alors que les croisades battaient leur plein, qu’on allait faire la guerre, François a décidé de franchir la Méditerranée et d’aller parler au Sultan dans un objectif de paix. Quelques siècles plus tard, notre Pape a fait la même chose. Était-ce raisonnable ?

Beaucoup, comme je l’ai dit en introduction, avait conseillé au pape François de ne pas aller en Égypte, 45 morts dans 2 attentats, il y a à peine trois semaines. Il a voulu aller au-delà, et en allant au-delà, il a honoré l’une des dimensions de notre baptême : l’aspect prophétique. En effet, lorsque nous avons été baptisés, nous avons été faits prêtre, prophète et roi. Un prophète, ce n’est pas seulement celui qui annonce ce qui va venir, un prophète, c’est celui ou celle qui pose des actes contraires à ce qui est raisonnable à vue purement terrestre. C’est ce que nous montre le récit des pèlerins d’Emmaüs. Les uns les autres avaient beaucoup d’espoir dans le Christ : un monde nouveau. Mais tout s’est effondré. Le Christ a été trahi, renié, jugé, condamné injustement, crucifié et mis au tombeau.

A vue purement humaine, tout était terminé. Beaucoup ont eu peur d’être à leur tour arrêtés, crucifiés. Personnellement, je pense que j’aurai sans doute fait partie de ceux qui avaient peur, parce qu’à vue purement humaine, en effet, la mort du Christ annonçait une répression contre ses disciples, et la raison humaine, l’instinct de conservation, voulait qu’on se cache, qu’on se terre, qu’on évite les problèmes, qu’on quitte Jérusalem. Le Christ, avec une immense patience, une immense pédagogie, apparaît à ces pèlerins comme il apparaîtra à d’autres. Peu à peu, chez les premiers chrétiens, ce qui paraissait inconcevable prend vie : Un homme mort ressuscite, et aujourd’hui notre foi est fondée sur un événement, aux yeux humains, déraisonnable.

Tout au long de l’histoire de l’Église, des hommes et des femmes ont posé des actes qui, à vue purement humaine, n’était pas raisonnables. C’est ce qui a permis à de grands saints de devenir saint : en s’opposant à l’esprit du temps, en ne se laissant pas contaminer par l’esprit du temps, en posant des actes contraires à l’esprit du temps. Des actes bâtis sur une chose, une certitude : nous croyons en un Dieu créateur, qui aime passionnément l’être humain et qui au fond de chaque être humain a déposé son image.

Dès lors, nous comprenons mieux cette parole de saint Pierre, qui vous a peut-être heurtés : « Vivez donc dans la crainte de Dieu pendant le temps où vous résidez ici-bas en étranger. ». « Nous résidons ici-bas en étranger ». En effet, pour les chrétiens, chaque être humain sur cette terre vit comme un étranger, et nous sommes étrangers. Pourquoi ? Parce que nos regards sont tournés vers notre véritable patrie, et saint Augustin le dira très bien : la patrie des chrétiens, c’est la Jérusalem Céleste, avec les valeurs de la Jérusalem Céleste. Ce qui fait qu’aujourd’hui, pour nous, chrétiens, nous vivons sur terre un véritable déchirement.

Mais le Christ l’avait annoncé, n’attendez pas du christianisme d’être un club de bien-être, un endroit où on apprendra la « zen attitude », où l’on cherche à tout prix la quiétude et la paix intérieure, avec un air éthéré. Un chrétien sur cette terre vit, selon un terme inconnu aujourd’hui mais bien connu des Pères du désert, les premiers temps de l’Église, en épectase. Il vit en tension entre le terrestre et le céleste, entre l’humain et le divin. Cette tension provoque dans nos cœurs un véritable déchirement et nous pose une question dans tous nos actes, dans notre vie : nous, chrétiens, vers où regardons-nous ? Vers le terrestre ou vers le céleste, vers le court terme ou vers la vie éternelle ? Parce que, de notre regard dépendent nos actes, dépendent nos pensées, dépendent nos attitudes. Si nous regardons vers le terrestre, nous allons devenir comme tout le monde, raisonnant comme tout le monde. Si nous regardons vers le céleste, vers le ciel, vers Dieu, nous ne pourrons pas raisonner comme tout le monde. Ainsi, en s’appuyant sur cette parole de Pierre qui nous dit que nous sommes ici-bas des étrangers, dès lors, pour un chrétien, nous sommes à la fois tous des étrangers et personne n’est étranger. Nous partageons la dignité humaine, nous sommes des êtres à l’image de Dieu.

[Il y a une dame qui ne se sent pas bien … Je ne sais pas s’il y a un médecin dans l’assistance ? Merci.]

Voilà, illustration concrète, nous ne nous connaissons pas les uns les autres, quelqu’un a un malaise, nous l’aidons. C’est ça l’être humain. L’être humain, c’est la solidarité constante pour l’autre, pour celui qu’on ne connaît pas. L’être humain, c’est celui qui cherche l’unité du genre humain parce que nous partageons cette image de Dieu au plus profond de notre cœur. Et le geste du Pape, comme le geste de saint François, comme des gestes inconnus à travers le monde de solidarité, s’expliquent sur cette base.

Ainsi, à chaque célébration, nous avons à nous poser cette question : comment vais-je vivre ma semaine, avec des valeurs et un raisonnement purement humain ou alors avec des valeurs et un raisonnement divin ? Cela nous met parfois mal à l’aise, nous invite à ne pas avoir le même point de vue que tout le monde, mais c’est cela la condition d’un monde nouveau. Au Caire, le pape a voulu montrer que les grandes religions ne sont pas là pour s’opposer mais qu’elles sont là pour promouvoir une humanité dans le respect de l’autre.

Alors oui, aujourd’hui, en ce jour où la France fait mémoire de la déportation, nous avons à nous poser une question, pour nous, et je pense notamment à tous ces jeunes qui sont présents aujourd’hui : quel monde voulons nous bâtir, un monde de défiance basé sur un raisonnement humain ou alors un monde meilleur, à venir, où, les vertus de la Bible, l’accueil de la veuve, de l’orphelin, de l’étranger, ne céderont pas le pas aux contingences terrestres ?

Oui, être chrétien n’est pas facile, Alors ? pour savoir comment agir, il faut écouter le Christ : « Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit !». Les pèlerins se dirent l’un à l’autre : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? ».

Arrêtons de raisonner avec seulement notre mental. Tournons-nous vers notre cœur. N’oublions jamais que ce cœur nous a été donné par Dieu, que c’est à ce cœur que Dieu parle et que c’est avec ce cœur que nous sommes appelés à aimer et à créer le monde nouveau, le monde à venir.

Cette journée de la déportation nous le rappelle : plus jamais ça. N’oublions jamais !

Amen

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Dimanche 2 avril 2017

5ème dimanche de Carême

[1ère lecture : Lecture du livre du prophète Ézékiel (Ez 37, 12-14) – Psaume : (Ps 129 (130), 1-2, 3-4, 5-6ab, 7bc-8) – 2ème lecture : Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains (Rm 8, 8-11) – Évangile selon saint Jean (Jn 11, 1-45)

Hier, alors que nous avions ici même une session sur la quête intérieure, je répétais qu’il ne faut jamais s’habituer à écouter, à entendre un texte de l’Évangile. Si l’écoute ou la lecture de l’Évangile nous laissent indifférent, c’est que notre cœur n’est pas touché.Alors, aujourd’hui, je vous le demande : est-ce que votre cœur a été touché par ce texte ? Ou, avez-vous dit : « Lazare, je connais l’histoire ! Jésus va le ressusciter. »

Non, ce texte est bouleversant, parce que, tout d’abord, il est cru. Il renvoie à une chose terrible : la mort de ceux et celles que nous aimons. Lazare était aimé de Jésus. Et tous et toutes, l’âge avançant, nous perdons des êtres que nous aimons : ils meurent, disparaissent de notre vue, nous ne pouvons plus les entendre et cela nous bouleverse. Cela, parfois, nous ravage. Certains s’en remettent, d’autres gardent une blessure ancrée au plus profond du cœur. La mort fait partie de l’existence, et pourtant nous ne pouvons pas nous habituer à la mort. Le monde dans lequel nous vivons, qui est si merveilleux sur certains aspects, est terrible sur d’autres. Aujourd’hui, quand on est en deuil, on a le droit d’aller voir son psychiatre ou son psychologue pour aller mieux, mais la société ne veut pas l’entendre. Quand j’étais enfant – il n’y a pas cent ans – lorsque quelqu’un mourrait, il y avait de grands draps noirs aux portes des maisons, la personne en deuil était habillée de noir, voire avait un brassard noir sur le bras, durant trente jours au moins. Cela signifiait : « Soyez doux avec moi, je suis en deuil, je vis quelque chose de difficile ». Aujourd’hui, la mort est cachée : on meurt dans les services de soins palliatifs à l’hôpital, derrière de grands murs ; et quand un membre de notre famille décède, on a droit à trois jours de congés si c’est un très proche, et au bout de trois jours il faut à nouveau être opérationnel. Les amis, l’entourage parfois même, réagissent : « Allez, allez, ça fait un mois, passe à autre chose, la vie est là, la vie reprend ». Autant de coups de poignard envoyés à la personne frappée par un deuil. Récemment, une personne s’excusait auprès de moi : « Excusez-moi, je suis triste, je pleure parce que j’ai perdu mon mari il y a un mois ». Je lui ai demandé alors : « Pourquoi vous excusez vous ? Être triste est normal, c’est justifié ». Mais notre société n’aime pas la tristesse. Oh si, de temps en temps, au cinéma, on nous invite à verser nos larmes devant des tragi-comédies. Mais la société n’aime pas la tristesse, être triste est presque considéré comme une pathologie. Quand je dis presque, je suis dans l’erreur : en psychiatrie – et le psychologue que je suis avait bondi – « tristesse après deuil » est le symptôme d’une maladie psychiatrique et relève d’un traitement. La tristesse est désormais pathologique, nous sommes sans cesse appelés à être joyeux, or nous savons que c’est un mensonge.

Alors, aujourd’hui, le texte nous ramène au bon sens, et le bon sens c’est quoi ? C’est que face à la mort les larmes sont justifiées. « Jésus lui-même » nous dit le texte, « se mit à pleurer ». Jésus, le Fils de Dieu, qui sait qu’Il a le pouvoir de ressusciter les morts, pleure parce qu’Il est triste que Lazare soit mort. Nos larmes sont justifiées, n’en faisons pas l’économie. On apprend trop souvent que pleurer est une faiblesse. Non, pleurer est une force. Et nous savons bien qu’en spiritualité, le don des larmes est quelque chose d’irremplaçable.
Alors, n’ayons pas peur de pleurer, n’ayons pas peur d’être émus, n’ayons pas peur d’être comme le Christ, saisis d’émotion, bouleversés. Oui, c’est justifié, la mort c’est dur, c’est dur. Et le texte est dur quand Marthe dit à Jésus : « Seigneur, il sent déjà ». La mort a une odeur qu’on repère même chez celui qui n’est pas encore mort. Si je dis cela, ce n’est pas par esprit sordide ? mais c’est parce qu’on ne peut pas évacuer la mort, et qu’évacuer la mort de l’existence, c’est se contraindre au malheur.
Alors, une fois que cela est dit, tournons notre regard vers le Christ. Imaginons-Le, en ce moment, en larmes devant le tombeau de Lazare, bouleversé par ce qu’Il vit, et le texte d’aujourd’hui, que j’ai lu, qui est la version brève, est moins complet. Il nous dit que Jésus est triste de voir les gens pleurer, Il est ému au plus profond de lui-même, Lui le Fils de Dieu, Il est en communion avec nous : quand nous sommes tristes, Jésus est triste, quand nous pleurons, Jésus pleure avec nous. Jésus n’est pas un Dieu impassible, sans âme et sans amour.

Arrive cette scène extraordinaire où Jésus se tourne vers son Père et les yeux levés au ciel, Il prie, puis Il crie : « Lazare vient dehors », et Lazare ressuscite. Notre foi en la résurrection est le fondement de ce qui nous amène ici. Je disais la semaine dernière : beaucoup de chrétiens, aujourd’hui, ne croient plus à la résurrection, cela ne les intéresse pas, c’est après ! Ce qui compte, c’est maintenant ! Soyons heureux. Non, être chrétien c’est croire que la mort n’a jamais le dernier mot, c’est croire qu’en Dieu nous ressusciterons tous et que nous retrouverons au ciel ceux et celles qui nous précèdent dans cette communion des saints. La mort n’a pas le dernier mot et un chrétien a à être témoin de cette espérance.

Durant le Carême, nous sommes censés nous être allégés de ce qui nous sépare de Dieu, mais la question que je pose, est la suivante : de quoi allons-nous témoigner après le dimanche de Pâques ? Parce que, là aussi, si nous sommes simplement dans la joie ce dimanche, en criant : « Christ est ressuscité ! », ce n’est pas suffisant. Nous aurons à témoigner de la Résurrection, à en témoigner sans cesse, dans un monde parfois mortifère, dans une culture de mort qui environne notre quotidien. Nous sommes les témoins de la vie. La vie envers et contre tout. Nous avons à être ces témoins parce que Jésus nous donne délégation pour témoigner, à chacun d’entre-nous, que nous soyons jeunes, en aumônerie comme certains aujourd’hui, ou plus âgés.

Passage extraordinaire que l’on ne repère pas assez : Lazare sort du tombeau, entouré de bandelettes, le visage avec un suaire. On aurait pu penser qu’il s’arrache ses bandelettes et qu’il dise : « Je suis vivant ! ». On aurait pu penser que Jésus lui arrache ses bandelettes, ce n’est pas le cas. Jésus déclare : « Déliez-le et laisser-le aller ». Jésus donne délégation à ceux qui l’entourent pour délier Lazare. Cela signifie quoi pour nous ? Que dans notre quotidien, nous avons délégation de Dieu Lui-même pour délier les bandelettes de ceux et celles qui aujourd’hui sont aveugles, qui ne voient pas la Lumière de Dieu, qui n’ont pas d’espérance, qui ne croient plus en rien. Nous avons cette mission. Un chrétien n’est pas un être passif, éthéré. C’est quelqu’un d’actif, qui est là pour délier les yeux de ceux qui ne voient pas. Le Christ continue : « Laissez-le aller ». Nous ne sommes propriétaires de personne. Nous avons à témoigner, ensuite chacun fera son chemin.

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Dimanche 26 mars 2017

4ème dimanche de Carême

[1ère lecture : Lecture du 1er livre de Samuel (1 S 16, 1b.6-7.10-13a) – Psaume : (Ps 22 (23), 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6) – 2ème lecture : Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Éphésiens (Ep 5, 8-14) – Évangile selon saint Jean (Jn 9, 1-41)]

Nous savons tous, soit parce que nous l’avons vu à la télévision dans des films ou parce que nous l’avons étudié dans des livres, que dans certaines traditions spirituelles, dans d’autres religions, des hommes et des femmes se tracent symboliquement au milieu du front un petit rond de couleur. Ce petit rond de couleur signifie pour eux le troisième œil c’est-à-dire l’œil qui voit Dieu, l’œil qui voit le ciel, et toutes leurs pratiques sont tournées vers l’ouverture de ce troisième œil. Nous savons peu, par contre, nous, catholiques, que dans les textes anciens de notre tradition chez des pères de l’Église comme Grégoire de Nysse, Basile de Césarée, chez des pères du désert, qu’il est sans cesse question de l’œil intérieur. Les pères de l’Église, qu’on ne peut pas soupçonner de syncrétisme, nous invitent à regarder autrement, à voir autrement, insistant sur le fait que, depuis le péché originel, nos sens eux-mêmes sont devenus malades, et que nous n’écoutons pas comme nous devrions écouter, que nous n’entendons pas comme nous devrions entendre, que nous ne voyons pas comme nous devrions voir, que nous ne parlons pas comme il faudrait. Oui, nos sens sont malades. Ils insistent sur la restauration des sens par le baptême dans lequel nous sommes plongés. Alors, pour eux, il s’agit d’ouvrir cet œil intérieur pour redécouvrir le sens profond des Écritures, pour être capable de voir le chemin de Dieu dans nos vies, même si cela est parfois difficile, pour être capable de voir en l’autre non pas un étranger, un concurrent, quelqu’un que nous n’aimons pas, mais voir en lui un être à l’image de Dieu.

Aujourd’hui, il est question pour nous de cette restauration. Le texte de l’évangile selon saint Jean qui pourrait apparaître comme une histoire qu’on nous raconte, un miracle effectif du Christ, effectué il y a deux mille ans, nous concerne tout à la fois à titre individuel en tant que chrétien, mais aussi à titre collectif, à titre ecclésial. Pourquoi ? Parce que, et ce texte le montre avec une acuité terrible, si nous pouvons être aveugle à titre individuel, nous pouvons l’être aussi à titre collectif. C’est tout le drame de cette parabole : les pharisiens, qui ne sont pas des gens méchants, (arrêtons de les caricaturer, les pharisiens sont des hommes pieux qui croient en Dieu, qui étudient la Torah, qui prient régulièrement), se sont égarés par de multiples pratiques totalement déconnectées de Dieu, que le Christ pointe souvent. Ils se sont égarés aussi intérieurement, et là au lieu de voir le miracle que fait le Christ, ils ne voient qu’un règlement : le jour du Sabbat, on ne fait rien. Le rite est devenu plus important que le fond. Gardons-nous de les caricaturer. Notre Église ne vit-elle pas parfois des divisions sur le rite qui sont absolument inacceptables et qui doivent être dépassées ? Mais cela semble bien difficile !

Il n’y a pas une manière de célébrer Dieu. Il y a différentes manières de célébrer Dieu. Dans l’Église catholique, avec nos frères orientaux, il y a d’autres manières de célébrer Dieu. Ainsi, ce matin, portant la communion à un moine de Fontgombault qui se trouvait à l’hôpital, j’ai découvert que durant le carême, chaque jour, dans l’ancienne liturgie, dans la tradition, dans le rite extraordinaire, il y a une station c’est-à-dire un pèlerinage à Rome à travers différentes églises. Aujourd’hui, clin d’œil de la Providence, le pèlerinage proposé est à la basilique sainte-Croix de Rome où se trouve, là aussi, comme ici, une relique de la Sainte Croix. J’y ai vu un clin d’œil de la Providence. Cette liturgie nous appelle à nous transporter dans cette basilique pour y prier, et nous sommes ici, alors qu’à quelques mètres, il y a cette relique de la Sainte Croix comme à Santa-Croce, et la croix du Christ nous renvoie à la profondeur du carême que nous vivons.

La croix du Christ est une clé, une clé importante pour recouvrer la vue, parce que, si nous voulons que notre Église soit témoin de la lumière de Dieu, il faut que, nous-mêmes, nous soyons illuminés intérieurement par cette lumière. Mais cette lumière, nous n’avons pas à la chercher dehors, elle est dedans. Or, nous passons beaucoup de temps à nous occuper du dehors. Nous sommes sans cesse distraits par de multiples occupations, et notre présence parmi vous, mes sœurs, nous rappelle l’importance de la vie contemplative : savoir à certains moments de la journée, de la semaine, du mois, faire un peu comme vous, s’isoler du monde, non pas pour le fuir, mais pour le rejoindre dans sa profondeur, au-delà des apparences. La prière, le silence, sont fondamentaux dans la vie d’un chrétien, parce que c’est en plongeant en nous que nous trouverons la lumière, en plongeant dans nos cœurs que nous retrouverons la vue. Nous passons trop de temps à l’extérieur, beaucoup trop de temps. Ce qui fait que nous vivons comme des aveugles : nous croyons voir, nous ne voyons que les apparences, nous croyons entendre, nous n’entendons finalement que ce que nous voulons bien entendre. Dieu ne cesse de nous parler.

Saint Paul, quant à lui, nous invite, dans cette phrase extraordinaire, à nous réveiller, à nous relever d’entre les morts, parce qu’alors le Christ nous illuminera. Cette phrase est une clé pour notre Carême : nous pouvons le vivre de manière habituelle, comme des endormis, ou nous pouvons au contraire souhaiter nous réveiller intérieurement.

Alors, comment faire ? Je lisais hier un passage de Grégoire de Nysse où il parlait de l’œil intérieur et il nous invitait à « nager dans la Parole de Dieu ». J’ai trouvé cette expression très belle : « Nager dans la Parole de Dieu ». Toute la semaine, nous nageons dans le monde, tous les jours, et parfois ce monde est boueux, graisseux, haineux, et nous récoltons sur nos cœurs et dans nos âmes, cette graisse, cette boue, cette haine.

Alors, pour nous renouveler, Grégoire de Nysse nous invite à nager dans la Parole de Dieu, c’est-à-dire à la lire, à la relire sans cesse, et cette parole nous transformera, cette parole nous réveillera, cette parole nous redonnera la vue et elle nous illuminera. Ce qui paraît obscur dans nos vies – et nous avons des moments obscurs – sera transformé, si nous plongeons dans la Parole. Alors, pendant les quelques jours qui nous restent, nageons au cœur de la Parole de Dieu.

Amen !

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Dimanche 19 mars 2017

3ème dimanche de Carême

[1ère lecture : Lecture du livre de l’Exode (Ex 17, 3-7) – Psaume : (Ps 94 (95), 1-2, 6-7ab, 7d-8a.9) – 2ème lecture : Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains (Rm 5, 1-2.5-8) – Évangile selon saint Jean (Jn 4, 5-42)]

Voilà bientôt seize ans que je suis prêtre et plus les années passent, plus je trouve difficile de commenter la Parole de Dieu. On pourrait croire que c’est l’inverse et qu’à force de fréquenter les textes, il est facile d’en parler. Mais non, justement, à force de les fréquenter, on est étourdi, totalement étourdi par leur profondeur, par leur hauteur. Plus les années passent, plus on se sent petit par rapport à la Parole de Dieu.
Alors, aujourd’hui, pour dire quelques mots sur ce texte si complexe, j’ai appelé au secours les Anciens, et je me suis tourné vers saint Augustin, Origène, et bien d’autres. Car, en effet, pour lire un texte, il y a plusieurs manières, tout comme pour entrer dans une église. On peut considérer que ce lieu est un bâtiment fait de mains d’hommes, la partie visible. Ou bien, alors, on peut considérer que ce lieu est une parcelle du ciel, qu’il est le cœur de Dieu qui bat pour l’humanité, et qu’en venant ici, nous plongeons dans le cœur de Dieu. Il faut alors ouvrir non pas nos yeux pour voir le visible, mais l’œil intérieur dont parlent les Anciens. Cet œil intérieur qui illumine notre intelligence et nous permet de voir l’invisible des lieux, des objets, des symboles, du texte lui-même. Saint Augustin nous fait remarquer tout d’abord l’humilité de Jésus : Il est là, Il est fatigué par la route, Il s’assoit près de la source. S’asseoir, c’est-à-dire qu’Il ne reste pas debout, Il n’est pas là pour nous dominer par sa parole, Il se met à hauteur d’homme, tout comme Il l’avait fait avec la femme adultère que tout le monde condamnait : Il était assis au sol, Il faisait des dessins. Dieu n’est pas un Dieu qui domine, Dieu est un Dieu qui se donne. Le Dieu des chrétiens n’est pas resté au ciel, Il est descendu sur la terre, tout comme Il s’est assis près de cette source. C’était la sixième heure, environ midi. Sixième heure, cela doit vous rappeler beaucoup de choses : il y a deux « sixièmes heures », la sixième heure de la nuit, c’est minuit, le moment où les chrétiens, le 24 décembre, fêtent tous ensemble la naissance du Christ, l’Incarnation. Mais aussi, il y a la sixième heure, celle du jour, vers laquelle nous avançons petit à petit, au fil des semaines, celle que nous allons vivre le Vendredi saint. La sixième heure, le Christ est crucifié, il mourra à la neuvième heure ; et à la sixième heure, on nous dit, dans Matthieu et dans Luc, que l’obscurité tombe peu à peu sur la terre. On pourrait croire, au contraire, qu’à midi le soleil est à son zénith, comme dans ce texte. Eh bien, non, saint Augustin nous dit que si le Christ est assis là à la sixième heure, c’est parce que la nuit commence à tomber sur un monde ancien, un monde qui va disparaître et qui annonce déjà un nouveau monde. Six c’est aussi, et j’y reviens, le sixième jour que Dieu créé l’homme, et c’est le sixième jour de la semaine sainte qu’Il donne sa vie.
Il est assis près d’un puits. Un puits, c’est là où l’on va boire, où l’on s’abreuve, mais saint Augustin, en décalage, avec nombre d’auteurs, nous dit que ce puits représente ce qui est terrestre, ce qui est pesant et qui nous renvoie à Adam, le premier homme, celui qui a péché, et que cette femme qui a soif, vient s’abreuver à ce qui est terrestre, alors que Lui souhaite lui proposer autre chose, quelque chose de plus grand.
Alors un dialogue, incroyable pour l’époque, s’engage, je dis incroyable parce que nous, Samaritains, juifs…, nous ne faisons pas attention. A l’époque, pour les juifs pieux, un Samaritain était un hérétique, et on ne lui parlait pas, on ne lui adressait pas la parole, un juif pieux le méprisait. Jésus nous montre qu’Il ne méprise personne et qu’Il va au devant de ce que les bonnes consciences rejettent.
Oui, un dialogue s’annonce avec cette femme, un dialogue sur l’eau, sur la soif, et ce qui est remarquable, c’est de voir combien cette femme a soif et quelle connaissance elle possède de l’Ancien Testament, de ce qui est enseigné !
Ayant choisi la lecture brève – car la lecture longue était très longue – je n’ai pas mentionné que cette femme avait été mariée cinq fois et qu’elle était unie à un sixième homme. Origène voit dans ces cinq hommes, ces cinq premiers maris, les cinq premiers livres de la Bible : le Pentateuque, auquel se réfère les juifs : l’Ancien Testament, le Nouveau arrive. A travers ces petits signes, que nous ne savons plus vraiment lire – moi le premier, et j’ai beaucoup découvert en lisant saint Augustin – tout un décor est planté : nous sommes près d’une source, près d’un puits terrestre, à la sixième heure, un monde ancien est en train de disparaître, une nouvelle création va jaillir, et le Christ, à travers ces mots que cette femme perçoit en demi-teinte, l’annonce. Ce qu’Il annonce, c’est que nous n’aurons plus à nous désaltérer à des sources terrestres, et que si nous cherchons Dieu, ce n’est pas dans le sol qu’il faut le chercher à l’extérieur de nous-mêmes, mais à l’intérieur, à l’intérieur de chacun d’entre-nous. Car, à travers cette source d’eau vive dont parle le Christ et à laquelle Il s’identifie, c’est du baptême qu’il s’agit.
La source que nous cherchons, et si nous sommes là aujourd’hui, c’est ce que nous cherchons, n’est pas dans le sol, elle est en nous, c’est cet Esprit-Saint qui nous a été donné au baptême et qui ne demande qu’à couler. Le problème, c’est que cette source est obstruée de déblais : tout ce qui nous sépare de Dieu, et Origène y fait souvent référence. Alors, pour que cette source coule, nous irrigue, il faut enlever ces déblais. Quand le Christ est apparu à sainte Faustine, Il lui a demandé de peindre un tableau d’où échappent deux rayons : un rayon blanc, un rayon rouge, et l’on voit très bien dans ces rayons : d’un côté, le baptême, de l’autre, la mort du Christ et sa résurrection à venir. Cette femme est tellement touchée par ce que dit le Christ qu’elle va laisser là la cruche avec laquelle elle était venue chercher de l’eau. C’est un symbole pour nous : cette cruche n’est plus nécessaire, l’eau qu’elle cherchait, elle l’a trouvée en Jésus-Christ.
Alors, pour nous aujourd’hui, que retenir ? La première chose, certainement, c’est qu’un lieu, un texte, peuvent se lire visiblement ou invisiblement. L’autre chose, c’est que ce que nous cherchons n’est pas dehors mais au dedans de nous : ne nous dispersons pas ! Plongeons en nous-mêmes et nous y trouverons le Christ. Plongeons en nous-mêmes et nous trouverons la source. Cette source est capitale, non seulement pour irriguer chacun d’entre-nous, mais pour le monde, parce que, si cette source coule en nous et par nous, alors il y aura autant de sources dans le monde à laquelle pourront venir boire des hommes et des femmes qui cherchent Dieu.
Le Christ est la source, Il fait de nous des sources.
Ne l’oublions jamais.

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Dimanche 12 mars 2017

2ème dimanche de Carême

[1ère lecture : Lecture du livre de la Genèse (Gn 12, 1-4a) – Psaume : (Ps 32 (33), 4-5, 18-19, 20.22) – 2ème lecture : Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre à Timothée (2 Tm 1, 8b-10) – Évangile selon saint Matthieu (Mt 17, 1-9)]

Nous voici donc, en ce deuxième dimanche du mois, réunis pour cette messe célébrée et expliquée. Expliquée, parce que, parfois, à force d’habitude ou – pardonnez-moi, ce n’est pas un jugement – d’ignorance, nous ne comprenons plus très bien ce qui se passe à la messe. Nous ne comprenons plus très bien le fond, la symbolique. Les mots eux-mêmes résonnent, beaucoup de mots : les lectures, le missel, le prêtre, et nous sommes comme emportés, étourdis par les mots, au risque de rester à la surface des mots.
Alors, aujourd’hui, en ce deuxième dimanche de Carême, j’avais envie de poser une question, de nous poser une question, et je dis « nous » parce que je me la pose à moi aussi : croyons-nous à ce que nous entendons durant la messe ? Cette question peut sembler provocante, et vous allez me dire : « Mais bien sûr, si je suis là, c’est que j’y crois. C’est évident. Que voulez-vous dire ? ». Prenons un exemple tiré de la lecture de la lettre de saint Paul : « Le Christ a détruit la mort, Il a fait resplendir la vie et l’immortalité ». Je pose une question : croyons-nous à la Résurrection d’entre les morts ? La question mérite d’être posée parce que, selon les statistiques, les sondages – et l’on sait bien que les sondages sont faillibles – près de 50% des catholiques ne croient pas à la Résurrection. C’est un chiffre dramatique, assourdissant, parce qu’en parallèle nous avons la voix de Paul qui crie : « Si vous ne croyez pas que Jésus-Christ est ressuscité d’entre les morts, votre foi ne sert à rien ». Le fondement de la foi, c’est ce vers quoi nous nous dirigeons durant ce Carême : la mort et la résurrection du Christ. C’est ce que nous préparons durant ce carême, et nous avons à prendre garde : est-ce qu’en ce moment, le christianisme n’est pas en train de devenir une sagesse du XXIe siècle ? Une sagesse de vie. Après tout, les préceptes de Jésus sont applicables dès maintenant : « Aimez-vous les uns les autres, ne faites pas aux autres ce que vous n’aimeriez pas qu’on vous fasse », et demain, à la messe, nous verrons : « Ne jugez pas, vous ne serez pas jugés », et bien d’autres choses encore. Sagesse de vie, tout à fait, mais qui se fonde sur une espérance plus grande : le Christ a vaincu la mort. Nous croyons, en effet, qu’ici sur terre, nous préparons notre vie éternelle de par notre attitude, de par la foi qui nous anime et de par l’amour dont nous sommes les témoins, ou dont nous devrions être les témoins. Mais le fondement de tout cela, c’est que le Christ a vaincu la mort. C’est ce que nous allons célébrer à Pâques. Il a vaincu la mort de multiples manières : il a vaincu la mort physique en ressuscitant, alors que Lui, Jésus, le Fils de Dieu, avait rendu son dernier souffle. Trois jours plus tard, Il est revenu d’entre les morts, nous indiquant ainsi que nous aussi, un jour, après notre mort, nous allons ressusciter, et que nous allons vivre pour la vie éternelle, avec Dieu, si nous avons choisi de vivre en chrétien. Posez-vous cette question : est-ce que la Résurrection tient une place fondamentale dans votre foi ? Est-elle le pilier ou n’est-elle, finalement, qu’un élément qui viendra en plus… Le deuxième sens du mot « ressuscité » nous est donné par le Christ Lui-même : « Relevez-vous et soyez sans crainte ».
Saint Paul, dans une lettre, nous dit : « Vous êtes déjà ressuscité », c’est-à-dire que le Christ nous a relevé. Le mot « ressusciter » en grec veut dire non seulement « revenir d’entre les morts », mais « se lever », « s’éveiller » ; c’est pourquoi nous écoutons l’Évangile debout, parce que l’Évangile nous met debout. Quand nous sommes par terre, quand nous sommes désespérés, notre foi nous met debout. Parfois, nous désespérons : le monde, la société, la politique, tout cela va mal, nous désespérons et nous râlons. C’est un manque de foi, c’est un manque d’espérance. L’élection aujourd’hui d’une mère abbesse dans ce monastère, s’inscrivant dans une histoire de 1400 ans, est pour nous un signe : le Christ relève, le Christ nous relève, et en nous relevant, Il nous appelle à aider les autres à se relever. Un chrétien ne peut jamais désespérer. En vous disant cela, je pense à une église du XVe arrondissement où, lorsque j’étais parisien, j’allais tous les dimanches, sur le fronton de celle-ci, il était marqué : « Espère quand même ». Cela m’avait choqué. En me disant : « Espère » aurait suffit, pourquoi « quand même », qu’est-ce que les sœurs ont été inventer ! Pourtant, quelques années plus tard, dans ma vie, ce fut un cataclysme : licenciement économique, décès autour de moi. Tout s’effondrait, tout était par terre, tous mes repères éclataient, le « quand même » a pris son sens. « Espère quand même », même si la vie est dure, Dieu nous relève.
L’autre question que j’ai envie de vous poser, c’est ce texte de Matthieu avec cette transfiguration du Seigneur : y croyons-nous ou n’est-elle, finalement, qu’un épisode merveilleux de l’Évangile ? Certains le disent : « C’est une image ! ». Moi, je dis : « Non, ce n’est pas une image ! », le Christ a été transfiguré parce qu’il était le Fils de Dieu. Autour de Lui, ses disciples l’ont vu lumineux. C’est un appel à notre propre transfiguration. Je prends toujours cet exemple, qui a des limites, mais quand deux personnes sont amoureuses, leur regard brille, leur visage est lumineux, illuminé par l’amour. L’amour de Dieu nous transfigure. L’amour de Dieu nous rend lumineux. Si nous disons que c’est symbolique, nous renvoyons au fond des bibliothèques de nombreux mystiques qui ont eux-mêmes connus ces épisodes de transfiguration. Je pense notamment à saint Siméon le Nouveau Théologien qui, au XIe siècle, a fait plus d’une fois ces expériences de transfiguration, devenant lumineux, devenant flamme.
Alors oui, interrogeons-nous aujourd’hui, parce que, au-delà de ces questions, se pose une autre question : dans un mouvement extrêmement généreux, extrêmement positif, l’Église a voulu se fondre dans le monde pour évangéliser le monde ; mais est-ce qu’à l’inverse le monde et sa rationalité n’ont pas envahi l’Église, et qu’aujourd’hui, finalement, nous ne croyons plus en ce que nous nommons « surnaturel » ? Pourtant, une messe est surnaturelle : Dieu va se rendre présent sur l’autel, Dieu va descendre sur l’autel. Nous ne sommes pas dans un simple repas convivial, et dans notre foi s’unissent constamment le visible et l’invisible, le naturel et le surnaturel. Mais, y croyons-nous ? Nous critiquons parfois la laïcité, mais les chrétiens ne sont-ils pas plus laïcs que les laïcs en dehors de l’Église en voulant rationaliser tout ce qui est du domaine de la foi ? Le résultat est simple : à force d’avoir rationalisé, beaucoup de personnes en quête de divin, en quête de Dieu, vont chercher ailleurs : dans des traditions, dans le meilleur des cas, ou dans des mouvements peu sûrs…
Alors oui, la foi est l’union de l’humain et du divin, du visible et de l’invisible, ne l’oublions jamais.
Amen.

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Dimanche 5 mars 2017

1er dimanche de Carême

[1ère lecture : Lecture du livre de la Genèse (Gn 2, 7-9 ; 3, 1-7a) – Psaume : (Ps 50 (51), 3-4, 5-6ab, 12-13, 14.17) – 2ème lecture : Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Romains (Rm 5, 12-19) – Évangile selon saint Matthieu (Mt 4, 1-11)]

Étant présent tous les dimanches de carême, j’ai choisi comme thème, comme fil directeur, la conversion intérieure. « Pas très original », allez-vous me dire ! Peut-être, mais je ne crois pas, et je crois même que c’est un peu provocateur.
En effet, mercredi dernier, pour le Mercredi des Cendres, chacun d’entre-nous a entendu l’appel : « Convertis-toi et crois à l’Évangile ». Le carême est donc un temps de conversion, et nous savons que le mot latin « pénitence » est la traduction grecque du mot « metanoia » qui signifie se convertir, se tourner vers, changer de vie. Le carême est donc un temps de conversion, un temps de pénitence avant tout. Et pourtant, depuis le Mercredi des Cendres, je vois fleurir dans différents lieux, sur les réseaux sociaux, sur Internet, dans des applications, de très nombreux appels à des œuvres de miséricorde : les quêtes sont consacrées à telles ou telles œuvres, des opérations « Bols de riz » ou « Pommes » sont organisées afin de recueillir de l’argent pour donner à manger à ceux qui n’ont rien. Tout cela est justifié et je ne le critique pas. Mais je m’interroge cependant : le carême n’est-il pas devenu le temps privilégié, et avant tout, des œuvres de miséricorde ? Si c’est le cas, c’est inquiétant. En effet, le carême ne dure que 40 jours, que va-t-il se passer pendant les 325 jours restants ? Allons-nous oublier les œuvres de Miséricorde ? C’est une question, une simple question. Non, je crois que le carême est avant tout un temps de conversion, un temps de pénitence. Penser autrement, c’est renvoyer dans le patrimoine commun de l’histoire de l’Église les textes que nous avons lus ce jour.
Permettez-moi de reprendre avec vous la première lecture tout d’abord. Cette lecture du Livre de la Genèse qui raconte le drame de notre humanité à travers Adam et Eve, l’homme et la femme créés à l’image de Dieu, par Dieu Lui-même, par amour et gratuitement, se méfient de Lui, se détournent de Lui, lui tournent le dos, cela à l’appel du serpent, le diable, le diviseur. Ce péché d’Adam et Eve, nous le commettons tous lorsque nous mettons Dieu en dernière place, lorsque nous n’avons pas confiance en Lui, lorsqu’en voyant le monde et la dureté de celui-ci, nous disons : « Si Dieu existait, tout cela n’arriverait pas ! ». Nous sommes appelés à aller plus loin. Nous sommes appelés à changer de vie et à mettre Dieu à la première place. C’est cela se convertir, et pour cela, il faut reconnaître que nous sommes dans l’erreur, dans le péché, et c’est tout le sens du Psaume 50, qui a été lu aujourd’hui : «  Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché. Lave-moi tout entier de ma faute, purifie-moi de mon offense. » .
Comment changer de vie si nous ne reconnaissons pas que nous nous sommes égarés ? Comment changer de vie si nous ne reconnaissons pas que nous sommes pécheurs ? Le cri que nous lançons vers Dieu est un cri profond, sincère : « 
Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu,renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit. ». Il s’agit d’être transformé par Dieu Lui-même, il s’agit d’être habité par Lui, d’effacer de nous tout ce qui est mauvais. Et je pense à cette phrase si belle de saint François de Sales : « Sois le changement que tu souhaites voir dans le monde ». Nous souhaitons que le monde soit meilleur, eh bien, soyons meilleurs ! Nous souhaitons que l’humanité soit meilleure, alors soyons meilleurs ! Nous le pouvons, et c’est ce que saint Paul nous explique dans cette lettre aux Romains, nous le pouvons. Autant Adam et Eve nous ont conduit à nous détourner de Dieu, autant le Christ nous amène à nous tourner vers Lui.
Alors oui, la conversion n’est pas se tourner vers les hommes mais se tourner vers Dieu. Après nous être tournés vers Dieu, illuminés par Lui, alors, et alors seulement, nous nous tournons vers les hommes. L’Église n’est pas une ONG. C’est ce que le pape François rappelait déjà, à peine élu, en 2013. Des œuvres de miséricorde, tout le monde peut en faire. Il est tragique de voir la complexité de l’être humain qui peut être généreux sans amour et qui peut parler d’amour sans aimer. Nous sommes appelés à changer le plus profond de notre cœur. Nous sommes appelés à nous laisser transformer.
Alors, comment faire pour être transformé ? Que faire ? Eh bien, aujourd’hui, permettez-moi de vous donner une piste qui nous est donnée par le Christ Lui-même dans son combat de 40 jours contre Satan. Satan, beaucoup n’y croient plus, beaucoup le rejettent, mais ne pas croire en Satan, c’est être condamné à perdre dans le combat spirituel. Si l’on ne croit pas en Satan, ce texte des tentations est un texte symbolique, c’est notre « part d’ombre » dirait Jung. Mais nous sommes appelés à aller plus loin : je suis catholique, je crois en Dieu créateur, je crois qu’Il a créé les anges et qu’un des anges s’est révolté contre Dieu, voulant devenir Dieu sans Dieu, comme l’homme lui-même quand le serpent lui a dit : « Tu deviendra comme Dieu ». Et cet ange déchu, Satan, refuse de se convertir, refuse de se tourner vers Dieu. Nous ne sommes pas dans la Guerre des Étoiles, d’un côté le dieu du bien, de l’autre côté le dieu du mal, non, il y a Dieu créateur et une créature qui s’est révoltée et qui nous invite, qui nous entraîne avec elle, et les 40 jours sont aussi, durant le carême, un temps de combat spirituel contre Satan, qui nous invite à pécher.
Alors, prenons un moyen, un moyen important qui nous est donné lorsque le Christ, lors de la première tentation, nous dit : « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. ». Nous passons beaucoup de temps à manger : petit déjeuner, déjeuner, goûter, dîner, plus les en-cas entre deux moments. Combien de temps passons-nous à nourrir notre âme ? Considérons-nous que la parole de Dieu est fondamentale pour chacun d’entre-nous, tout comme l’est la nourriture que nous mangeons tous les jours ? Si c’était le cas, les uns les autres, nous lirions l’Évangile tous les jours. C’est loin d’être le cas.
Alors, je vous propose de passer au moins une soirée par semaine en famille, entre amis, avec des voisins, à lire la parole de Dieu, à discuter sur cette parole de Dieu, à se laisser nourrir au plus profond de nous par cette parole. Il faut nourrir notre âme. Pour les plus jeunes, vous pouvez très bien leur passer un film sur la vie de Jésus, pour leur rappeler, en images, qui Il est. Il est Celui qui nous conduit des ténèbres à la lumière, Celui qui nous permet d’avancer, d’être transformé. Mais pour cela, je le répète, il faut nous tourner vers Lui en priorité. Le carême n’est pas prioritairement le temps des œuvres de miséricorde, il est le temps de la conversion intérieure, c’est-à-dire le temps où nous nous tournons vers Dieu, où nous Le supplions de nous aider, où nous Le supplions de nous transformer.
Allons-nous sortir du carême comme nous y sommes entrés ? Ne considérer le temps du carême que comme un temps d’œuvres de miséricorde, c’est prendre le risque de ne pas vouloir se laisser transformer intérieurement. Plus nous avancerons vers le Seigneur, plus nous tournerons vers Lui notre regard, plus nous serons illuminés par sa Lumière. Et, c’est illuminé par le Seigneur, qu’ensuite, nous plongerons dans les œuvres de miséricorde pour aider tous ceux et celles qui en ont besoin. Mère Térésa, sœur Emmanuelle, ont fait tout ce qu’elles ont fait au nom du Christ. Parce qu’au plus profond de nos cœurs, nous le croyons : Christ est ressuscité, Il est vivant. C’est la victoire de Dieu sur la mort.
Alors oui, ensemble, tournons notre regard vers Dieu. Laissons-nous convertir. C’est la première étape, la plus fondamentale. Amen.

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Dimanche 26 février 2017
8ème dimanche du Temps Ordinaire

[1ère lecture : Lecture du livre du prophète Isaïe (Is 49, 14-15) – Psaume : (Ps 61 (62), 2-3, 8, 9) – 2ème lecture : Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens (1 Co 4, 1-5) – Évangile selon saint Matthieu (Mt 6, 24-34)]

Les textes de ce jour, à mes yeux, vont nous permettre de mieux comprendre pourquoi nous sommes appelés à vivre intensément les 40 jours qui nous préparent à Pâques. En effet, le Carême a mauvaise presse : « Faire une face de carême ». On assimile le Carême à une phase de privation, de tristesse. Il n’en est rien, c’est au contraire pour chacun d’entre-nous une période dynamique, qui doit nous permettre d’accueillir, de vivre ce mystère, à la fois si merveilleux et si terrible, de la mort et de la résurrection de Dieu.
Alors oui, les textes de ce jour, si l’on y fait attention, vont nous donner un sens, une direction. Mais attention, il ne faut pas réagir avec l’esprit du monde. Ainsi, quand le Christ nous invite à ne pas nous faire tant de soucis, en disant : « Qu’allons-nous manger ? Qu’allons-nous boire ? Avec quoi nous habiller ? », je pense que, les uns et les autres, nous avons mis en place nos résistances. En effet, il est important pour soi et pour ceux et celles dont nous avons la responsabilité – je pense aux parents pour leurs enfants – de veiller à ce qu’ils aient à manger, à boire, de quoi s’habiller. Le Christ n’est pas irresponsable, mais nous sommes marqués par l’esprit du siècle, nous voulons tout prévoir, tout assurer, d’où le succès de toutes ces assurances que nous sommes appelés à prendre, dès la plus tendre enfance, même quand nous partons en voyage : assurance perte de bagages, assurance retard d’avion, assurance perte de carte bleue… Tout doit être prévu. Le Christ nous invite à une autre dynamique. Mais la pointe de l’Évangile n’est pas là. La pointe de l’Évangile nous est donnée par la première lecture, dans cette phrase merveilleuse : « Une femme peut-elle oublier son nourrisson ? Ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ? Même si elle l’oubliait, moi je ne t’oublierai pas, dit le Seigneur ».
Le Seigneur nous aime profondément, Dieu nous aime comme une mère. A partir de là, nous comprenons que la priorité est pour nous de répondre à cet amour maternel de Dieu. C’est pourquoi Il nous invite à ne pas perdre de temps à ce qui n’est pas foncièrement nécessaire. Nous avons le don pour nous créer des soucis, nous avons le don pour regretter le passé constamment : « Ah, si j’avais fait ça !… Ah, si j’avais fait ces choix !… Ah, si je n’avais pas fait ça !… ». Nous avons le don de nous angoisser pour l’avenir : « Mais qu’arrivera-t-il demain ? Que va-t-il se passer ? ». Je n’en sais rien de ce qui va se passer demain, ce que nous savons, c’est que le Christ nous appelle à vivre l’  »ici et maintenant », c’est la pointe de l’Évangile : « Ne vous faites pas de soucis, demain aura souci de lui-même, à chaque jour suffit sa peine ». Nous ne sommes pas, bien entendu, dans ce qu’on désigne le carpe diem : « Je vis l’instant et je me moque de demain ». Pas du tout, le  »ici et maintenant » de l’Évangile, le  »ici et maintenant » des pères de l’Église, des mystiques, est là pour nous inviter à tout faire pour être disponible pour Dieu. L’une des plus belles définitions de la prière à mes yeux m’a été donnée par un père du désert. Prier, pour nous, c’est soit louer, soit  demander, soit adorer, celui-ci nous dit : « Priez, c’est être avec ».
Être avec Dieu, être présent à Dieu. Or, nous le savons bien, si notre esprit vagabonde sans cesse, nous n’entendrons pas Dieu, nous ne serons pas avec lui. Or, Dieu nous demande d’être avec Lui, comme un enfant est dans les bras de sa mère qui prend soin de lui.
Alors oui, à mes yeux, cette première lecture et cet Évangile, relus ainsi, nous donnent le sens de ce que nous allons vers – lapsus : de ce que nous allons « faire », de ce que nous allons « vers », les deux sont justes -.
Le Carême est cette période merveilleuse, fantastique, dynamique, pour nous remettre par rapport à l’essentiel. Nous passons beaucoup de temps à nous préoccuper de l’homme extérieur que nous sommes : le vêtement, la nourriture, la boisson, le faire. Combien de temps passons-nous à prendre soin de l’homme intérieur ? A dynamiser celui-ci ? A faire que notre vie ne soit pas seulement paroles mais prière et intériorité ? A nous permettre de vivre cette unité de l’être ?
Ainsi, par exemple, Mercredi des Cendres et Vendredi saint sont les deux seuls jours où l’Église nous demande, de manière plus ardente, de jeûner. Des jeûnes vont être organisés, certains en ont déjà peur : « Mon Dieu, se priver, je risque le malaise ». On peut voir le Carême comme l’occasion de manger moins pour partager l’argent dégagé avec les plus pauvres, et donner à manger à ceux qui n’ont rien. C’est juste, mais ce n’est pas le fond du jeûne. Pourquoi jeûne-t-on ? Le jeûne nous rappelle les 40 jours du Christ au désert : « L’homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole qui vient de la bouche de Dieu ».
Mercredi des Cendres, nous ne sommes pas appelés à nous priver, nous sommes appelés à nous combler de la Parole de Dieu. Un jeûne vécut sans la lecture de la Parole de Dieu ne sert à rien. C’est la Parole de Dieu qui va nous faire tenir debout mercredi.
Mais, réfléchissons, est-ce que la Parole de Dieu nous nourrit intérieurement ? Est-ce qu’elle nous comble ? C’est une question qu’il faut nous poser mercredi et durant tout le carême.
Alors, vous le comprenez, le jeûne, comme tous les efforts de Carême que nous allons faire, ne sont pas des privations. Ils vont être l’occasion de prendre soin de l’homme intérieur. Personnellement, je vous distribuerai dimanche prochain un appel que je lance dans le journal « La Vie » pour un jeûne un peu particulier, à mes yeux fondamental, le jeûne technologique.
Nous perdons beaucoup de temps sur nos Iphones, sur nos Ipad, sur nos ordinateurs, çà en devient maladif. Je pense à cette famille dans le train, qui, pendant une heure trente, jusqu’à Paris, n’a pas échangé un mot, tous les quatre étaient sur leurs tablettes ou sur leurs téléphones, pas un mot. Le seul mot que j’ai entendu des parents, ça a été : « On est arrivé, mettez vos vêtements ». Mon Dieu, quelle tristesse ! Je pense à ces amoureux dans un restaurant, leurs visages étaient illuminés, l’un en face de l’autre, mais pas par leur amour, mais par leurs Iphones qu’ils avaient chacun dans la main. Je pense à ces prêtres, à ces laïcs, lors de la messe des cendres que j’ai vécue l’année dernière au Vatican, en présence du Pape, comment être présent quand, le téléphone portable au bout d’une barre, les uns les autres prenaient des selfies pour immortaliser le fait qu’ils étaient au Vatican à une messe pontificale.
Oui, les nouvelles technologies sont faites pour l’homme, non l’homme pour les nouvelles technologies.
D’autres propositions vous seront faites, à chacun de faire nos choix, mais le temps gagné sera un temps pour Dieu, un temps pour les autres, un temps pour soi.
Amen

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Dimanche 19 février 2017
7ème dimanche du Temps Ordinaire

[1ère lecture : Lecture des Lévites (Lv 19, 1-2.17-18) – Psaume : (Ps 102 (103), 1-2, 3-4, 8.10, 12-13) – 2ème lecture : Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens (1 Co 3, 16-23) – Évangile selon saint Matthieu (Mt 5, 38-48]

Ceux qui, parmi nous, sont sportifs – et je suis sûr qu’il y en a – savent qu’avant une épreuve sportive, il faut s’entraîner. Si on ne s’entraîne pas, on a peu de chance d’aller au bout. Mais, ils savent aussi que l’entraînement est progressif, on ne peut pas, surtout après l’hiver, recommencer trop durement un entraînement, au risque d’un claquage. Il en est de même pour nous. En effet, dans une dizaine de jours, le 1er mars, sauf erreur de ma part, commencera le carême. Ce jour-là, nous sommes invités, et n’oubliez pas, à aller à la messe, pour y recevoir les cendres, et aussi à jeûner. Le carême est pour chaque chrétien un moment important d’entraînement. On s’entraîne pour se préparer à la fête de Pâques. Dans un texte datant du IVe siècle, j’avais trouvé une expression si extraordinaire que je lui avais consacrée un livre : « Faire fondre nos graisses spirituelles ». Le carême est là pour faire fondre nos graisses spirituelles. Mais que sont ces graisses ? Evagre le Pontique, père du désert, disait : « La graisse spirituelle, c’est l’épaisseur que le mal fait prendre à l’intelligence ». Plus nous faisons le mal, plus nous sommes méchants, égoïstes, malveillants, médisants, plus nos graisses spirituelles augmentent, à tel point qu’elles nous empêchent de monter vers le ciel. L’Église, dans sa grande sagesse, nous propose 40 jours pour faire fondre ces graisses spirituelles.
Mais avant de commencer l’entraînement du carême, il est bon de savoir pourquoi nous nous entraînons. Les sportifs qui participent à des épreuves, qu’il s’agisse du ski, des jeux olympiques, sont là pour gagner, pour remporter la médaille, pour aller jusqu’au bout de l’épreuve. Nous, chrétiens, nous allons nous entraîner, avec l’aide de Dieu, pour une chose très claire, exprimée dans la première lecture et dans l’Évangile : « Le Seigneur dit à Moïse :  »Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint. » », « Vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait. ».
Ainsi, il est bon de le rappeler, parce que trop souvent nous perdons de vue le but, si nous sommes chrétiens, si nous sommes là aujourd’hui, ce n’est pas seulement pour participer à la messe, ou y assister, mais pour devenir des saints, pour devenir parfaits, comme Dieu est parfait. La sainteté est notre objectif, et la perfection pour un chrétien dont nous parle le Christ aujourd’hui, c’est la sainteté.
Alors je sais, j’entends déjà dans certains cerveaux en ce moment : « Oh, la sainteté, c’est trop compliqué. Je fais ce que je peux, on verra bien ». Imaginez un sportif qui dirait : « Remporter une médaille aux Jeux Olympiques, c’est trop compliqué, je fais ce que je peux, on verra bien » . Quel manque de motivation ! Quel manque d’objectif ! Quel manque de désir ! Être chrétien, ce n’est pas faire partie d’une communauté, d’une paroisse, d’un mouvement, comme d’une association. Si nous sommes ensemble, si les sœurs vivent ensemble au sein d’un monastère, c’est pour se motiver mutuellement à la sainteté, c’est pour s’entraîner ensemble à la sainteté. Nous sommes là pour nous entraîner et pour nous aider mutuellement. L’objection immédiate qui surgit : « La sainteté, c’est trop difficile, c’est pour les autres : les curés, les bonnes sœurs et les moines ». C’est ce que j’entends dire régulièrement dans la société.
Mais c’est faux, parce que ce serait croire que le christianisme est une religion d’élites et qu’avec les sœurs, aujourd’hui, nous sommes dans une grande école, réservée à une élite, et que nous, pauvres petits chrétiens, nous ne faisons que regarder. Non, nous avons une chance inimaginable, ou même plusieurs, mais que nous oublions. La première chance, c’est que nous sommes créés à l’image de Dieu. Et ça nous l’oublions. Sur la terre, le seul être vivant, créé à l’image de Dieu, c’est l’être humain, c’est l’homme. Cela veut dire qu’au fond de chaque homme sur cette terre, il y a ce potentiel, il y a l’image qui fait de nous ce que les Pères appellent « des êtres capables de Dieu ». Nous sommes appelés, c’est le texte de la Genèse qui le dit, à la « ressemblance ». Aujourd’hui, cette ressemblance est claire : pour ressembler à Dieu, il faut être saint comme Lui est saint, il faut être parfait comme Lui est parfait.
Je résume : en nous il y a un potentiel, l’image de Dieu. L’objectif, c’est la ressemblance. Comment faire ? Croire que nous pouvons y arriver par nos seules forces est bien entendu une erreur, nous ne pourrons devenir saint qu’avec l’aide de Dieu. Mais Dieu ne pourra nous aider à devenir saint que si nous avons ce désir chevillé au corps, que si tous les matins nous nous réveillons en disant : « Seigneur, aide-moi à devenir saint. Seigneur, je veux devenir saint ». Le désir est primordial. Ensuite, qu’a fait Dieu pour nous aider ? Dieu nous a donné l’Esprit-Saint qui est en nous, saint Paul rappelant dans sa lettre : « Ne savez-vous pas que vous êtes un sanctuaire de Dieu, que l’Esprit de Dieu habite en vous ? ».
En lisant ce texte, cette semaine, j’ai secoué plusieurs fois la tête, en me disant : « Mais est-ce qu’à chaque minute, j’ai conscience d’être le sanctuaire de Dieu ? » de par mon baptême, de par la réception de l’Esprit-Saint. Je dois dire humblement que ma réponse a, bien entendu, été : « Non ». Parce que, si j’avais conscience d’être à tout instant le sanctuaire de Dieu, jamais je ne serais pessimiste sur l’avenir, jamais je n’aurais une parole de travers, jamais je ne pourrais dire du mal, jamais je ne pourrais être en colère, jamais je ne pourrais passer devant un être humain dans la rue sans le saluer.
Oui, nous sommes le sanctuaire de Dieu. Et l’Esprit-Saint permet à l’image de Dieu qui est en nous de déployer tout son potentiel. Sans l’Esprit, nous ne pouvons rien.
Je résume : nous sommes à l’image de Dieu. Nous sommes appelés à la ressemblance. Dieu fait de nous son sanctuaire pour nous aider à le devenir, et on dit même, chez certains pères de l’Église, que Dieu a semé en nous des graines, et que ces graines peuvent pousser grâce à l’Esprit de Dieu qui est en nous. Mais Dieu vient encore plus loin, parce que nous pourrions dire : « Je suis perdu. Je suis le sanctuaire de Dieu, mais je ne sais pas quoi faire. Que faut-il faire pour devenir saint ? ».
Alors, aujourd’hui, à moins d’être complètement sourd, et nous ne le sommes pas, nous avons un certain nombre de pistes très claires : « Tu ne haïras pas ton frère dans ton cœur. Tu ne devras pas réprimander ton compatriote. Tu ne te vengeras pas. Tu ne garderas pas de rancune. Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Voici ce que Dieu disait aux lévites. Et le Christ continue tout au long de l’Évangile : « Ne pas riposter au méchant. Si on te gifle la joue droite, tends-lui encore cette joue. Si vous n’aimez que ceux qui vous aiment, quel est votre mérite ? Aimez vos ennemis ». L’Évangile, la Parole de Dieu, c’est un « mode d’emploi ». Un « mode d’emploi » pour la sainteté. Quand vous achetez un appareil ménager – pardonnez-moi cette comparaison bien triviale – vous prenez le temps de lire la notice pour pouvoir l’utiliser parce que, si vous ne le lisez pas, vous n’arrivez même pas à mettre le contact ! Pour la sainteté, il faut lire, relire l’Évangile. Et c’est pourquoi le pape François nous invite à une chose : « Ayez un évangile dans votre poche ». Que chacun d’entre nous, toute la journée, ait un évangile dans sa poche afin de pouvoir, dès que l’occasion se présente, le lire, le relire, pour nous en imprégner.
A nous de faire nos choix !

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Dimanche 12 février 2017
6ème dimanche du Temps Ordinaire

[1ère lecture : Lecture du livre de Ben Sira le Sage (Si 15, 15-20) – Psaume : (Ps 118 (119), 1-2, 4-5, 17-18, 33-34) – 2ème lecture : Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens  (1 Co 2, 6-10)  – Évangile selon saint Matthieu Mt 11, 25)

Comme je le disais au début de cette célébration, et pour ceux et celles qui ne le savent pas, le deuxième dimanche du mois, nous célébrons la messe « célébrée et expliquée ». Pourquoi ? Parce que la messe est une forêt de symboles. La messe est une dynamique. Ce ne sont pas des rites qui se succèdent les uns après les autres. Le problème, cependant, c’est que la plupart de nos contemporains ont perdu de vue la substance même de la messe, et s’y ennuient. Ce qui explique qu’il y ait si peu de jeunes et qu’actuellement nous n’avons que trois pour cent de pratiquants.
Je ne vous cache pas, qu’en tant que prêtre, je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il y a là un échec de notre part, à nous prêtres. Nous n’avons pas su faire aimer la messe à nos contemporains. Nous n’avons pas su leur en montrer l’importance. Alors, il faut se battre pour renverser un mouvement qui n’est pas inéluctable.
Aujourd’hui, il est beaucoup question dans les lectures, de commandements, de lois, de préceptes, et le Christ nous met en garde en expliquant qu’II n’est pas venu abolir la Loi. Mais attention, une mauvaise interprétation de cet Évangile serait juridique, et consisterait à dire que le christianisme est une morale. Or, le pape Benoît XVI, rappelant les propos du père Maurice Zundel, l’avait dit : « Le christianisme n’est pas une morale, c’est une rencontre». Une rencontre qui bouleverse l’existence, et après avoir rencontré le Christ, on n’a plus envie de vivre comme avant.
Seulement, nous sommes de pauvres humains et nous avons besoin qu’on nous guide sur un chemin. C’est pourquoi, il y a des paroisses, c’est pourquoi, il y a des communautés religieuses, et je salue plus particulièrement aujourd’hui nos sœurs bénédictines qui nous accueillent, et qui ont fêté vendredi sainte Scolastique, la sœur de saint Benoît. Si nous sommes là aujourd’hui, c’est grâce à vous, c’est grâce à votre fidélité dans la prière.
Le Christ nous dit comment vivre, Il nous dit ce qu’il faut faire, Il nous dit ce qu’il ne faut pas faire. Mais ces commandements de Dieu ne sont pas là uniquement pour un « vivre-ensemble », dont on parle tant en politique, pour que, dans paroisse, dans une aumônerie, un groupe scout, on vive ensemble et que l’on soit content. Nous n’aurions là qu’une dimension purement horizontale.Alors, qu’elle est notre spécificité ? Le texte d’aujourd’hui est clair, d’une clarté éblouissante : « Celui qui rejettera un seul de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire ainsi, sera déclaré le plus petit dans le Royaume des Cieux. Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux. ».
Le Royaume des Cieux, voici ce dont il est question à la messe, voici ce dont il est question dans la vie chrétienne. Le christianisme n’est pas seulement cette dimension horizontale de solidarité et de gentillesse, de souci du plus faible et du plus pauvre. Ensemble, nous cheminons vers le Royaume de Dieu. C’est pourquoi, avant, les églises étaient toutes orientées vers l’orient, et tout le monde était orienté vers l’Orient pour montrer de manière précise, qu’ensemble, nous cheminons vers le Royaume de Dieu. Seulement, peut-être qu’au cours de notre histoire, nous l’avons mal présenté, on a tellement fait peur aux gens : « Si vous n’êtes pas gentils sur la terre, vous irez en enfer » que, finalement, on a fait prendre aux personnes en horreur ce qui allait se passer après.
On fait tellement attention dans tous nos groupes, à vivre bien ensemble, à bien organiser nos célébrations, nos rencontres, qu’on oublie que le fondamental, c’est ce qui va se passer à l’issue de notre existence. Notre vie sur la terre n’est pas un grand livre avec, en conclusion, en postface, le Royaume de Dieu. Notre vie sur la terre, c’est à peine la préface du livre. Parce que, l’éternité c’est ce qui va se passer après. Sur terre, nous sommes là pour préparer notre éternité, et pas seulement, je le répète, pour vivre bien ensemble, nous préparons notre entrée dans le Royaume de Dieu. Avons-nous, avez-vous, ai-je envie après ma mort, d’entrer dans le Royaume de Dieu ? Ou alors, on s’en moque, on dit : « Ce n’est pas important, ce qui est important, c’est maintenant ». Bien sûr que c’est important maintenant, mais ce qui est encore plus important, c’est ce Royaume. Pour préparer l’entrée dans ce Royaume, le Christ nous donne des commandements, et ces commandements sont éblouissants : aimer Dieu, aimer son prochain comme soi même, ne pas se mettre en colère contre l’autre, ne pas commettre l’adultère, ne pas prêter de faux serments, ne pas faire aux autres ce qu’on n’aimerait pas qu’on nous fasse.
Mais tout cela est orienté vers le Royaume de Dieu.
C’est pourquoi, vous l’avez remarqué à plusieurs reprises durant la célébration, je me mets face à l’autel, pour bien montrer, qu’ensemble, nous sommes orientés vers ce Royaume à venir. Royaume à venir, mais royaume déjà commencé. Oui, le Royaume de Dieu a commencé le jour où le Christ s’est incarné. Dans l’Évangile selon saint Matthieu, au chapitre V, II déclare : « Le Royaume de Dieu s’est avancé », parce que le Royaume de Dieu, c’est Lui. Nous sommes déjà plongés dans l’éternité, nous sommes déjà aux prémices de ce royaume. Mais nous vivons en tension. Les théologiens, qui rarement sont clairs, ont une expression qui me plaît bien : « Nous sommes dans le déjà-là du royaume, mais aussi dans le pas-encore », parce qu’il n’est pas encore complètement révélé.
Alors oui, interrogeons-nous aujourd’hui : est-ce que nous avons envie de préparer notre éternité, ou est-ce que nous y penserons cinq minutes avant de mourir ? Est-ce que nous avons conscience que suivre les commandements de Dieu, la loi de Dieu, c’est une loi de vie ? Ce ne sont pas des commandements comme le code de la route ou les lois, cela n’a rien à voir, ce sont des chemins de vie. Avons-nous conscience qu’en les vivant, nous préparons l’éternité ? Avons-nous conscience qu’en écoutant le Christ, qu’en prenant soin des plus faibles, qu’en prenant en compte le fait, comme nous l’avons vu dimanche dernier, qu’en chaque être humain se trouve l’image de Dieu et qu’en respectant cette image, nous préparons notre éternité ?
C’est capital de ne pas l’oublier ! C’est pourquoi, vous l’avez remarqué, quand je donne la communion, je ne dis pas seulement : « Le corps du christ », c’est une formule, tout à fait. Mais il y en a une autre que le prêtre peut dire, et qu’il dit malheureusement rarement : « Que le corps du Christ vous garde pour la vie éternelle ». C’est un rappel de cette vie éternelle, c’est le rappel que la communion au corps du Christ n’est pas un repas convivial, mais que nous communions en l’éternité, nous communions à Dieu, nous sommes envahis par Dieu.
Alors oui, aujourd’hui, comme sujet de réflexion pour votre déjeuner dominical, interrogez-vous, interrogeons-nous : avons-nous envie de préparer notre entrée dans le Royaume de Dieu, et pour cela, avons-nous envie de suivre la voie du Christ ?
A chacun d’entre-nous de répondre.

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Dimanche 5 février 2017

5ème dimanche du Temps Ordinaire

[1ère lecture : Lecture du livre du prophète Isaïe (Is 58, 7-10) – Psaume : (Ps 111 (112), 4-5, 6-7, 8a.9) – 2ème lecture : Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens (1 Co 2, 1-5) – Évangile selon saint Matthieu (Mt 5, 13-16)

Difficile de parler aujourd’hui après ce passage de saint Paul dans cette lettre aux Corinthiens. Il nous invite, en effet, à ne pas avoir dans notre proclamation de l’Évangile un langage trop humain, même s’il est plein de sagesse. Il nous invite à parler à partir de la puissance de Dieu, et c’est là, plus que jamais à mes yeux, que prend sens la parole du Christ : « Vous êtes en ce monde, mais pas de ce monde ». Même si nous vivons dans le monde, nous ne pouvons pas, nous chrétiens, être comme tout le monde et parler comme tout le monde. Le monde attend des chrétiens une parole différente. Le monde, ceux qui nous côtoient, ceux que nous rencontrons, attendent de nous que nous leur montrions le ciel, que nous leur montrions Dieu par notre vie. Alors, aujourd’hui, au risque d’être moi-même désarçonné, je vais tenter de lire les textes non pas avec la sagesse du monde, mais avec un regard différent.
En lisant ce texte d’Isaïe, la première lecture, j’ai pensé à ce qu’on apprend en psychologie ou en management d’entreprise, et à cette fameuse pyramide de Maslow qui consiste à dire qu’il faut d’abord procurer aux uns et aux autres les besoins essentiels : se nourrir, être logé, s’habiller, pour arriver ensuite à l’ultime échelon, au degré spirituel. D’abord ce qui est humain, ensuite ce qui est spirituel. C’est la sagesse des hommes.
Avec saint Paul, on ne peut pas lire ainsi les choses, il nous faut utiliser la pyramide inversée. En effet, si l’on reconnaît en chaque être humain une dimension spirituelle, si on reconnaît qu’en chaque homme, femme, enfant, vivant sur cette terre, se trouve l’image de Dieu, alors tout change. L’être humain ne peut plus être jugé, critiqué, il n’y a pas de surhomme ou de sous-homme, il n’y a pas de classe supérieure ou inférieure, il n’y a pas ceux qui savent et ceux qui ne savent pas.
Il y a des hommes et des femmes à l’image de Dieu. Ce qui donne à chacun une dignité irremplaçable. L’être humain ne peut plus être considéré alors comme un bien de consommation ou comme un consommateur. Il est bien plus que cela. Chaque être humain sur cette terre est « une histoire sacrée » comme le dit un chant que nous connaissons tous.
C’est pourquoi, nous, chrétiens, tout en nous investissant concrètement dans les changements du monde, et c’est capital, nous avons à honorer en tout premier lieu cette dimension spirituel de l’être humain. Au risque de vous choquer, tout le monde peut être gentil sur cette terre ! Il n’y a pas besoin d’être chrétien pour cela. Tout le monde peut s’occuper d’œuvres caritatives : donner à manger, vêtir, il n’y a pas besoin d’être chrétien pour cela. « Les chrétiens », comme l’a dit un jour le Cardinal Lustiger lors d’une homélie, « n’ont pas le monopole de l’amour », ni de la charité, et nous connaissons tous des personnes extrêmement généreuses qui ne croient en rien et qui pourtant ne comptent pas leurs heures pour rendre service et aider les autres. Nous, chrétiens, devons voir les choses différemment et honorer, je le répète, cette dimension divine qu’il y a en chaque homme.
C’est pourquoi, aujourd’hui, je lis le prophète Isaïe différemment : « Partage ton pain avec celui qui a faim » : partage ta foi avec celui qui cherche. « Accueille chez toi les pauvres sans abri » : guide les uns et les autres vers la maison du Seigneur. « Couvre celui que tu verras sans vêtement » : donne à chaque être humain sa dignité. Nous avons, plus que jamais, à témoigner de cette dimension divine de l’homme, parce que, sinon, nous allons agir comme tout le monde. Le monde va mal, nous le savons. Notre pays ne va pas très bien, nous le savons. Il semble que les uns et les autres perdent leurs références et que beaucoup ne croient plus en rien : la politique et bien d’autres choses encore… Nous avons à redonner du sel dans le monde. Nous avons à redonner de la lumière et à rappeler cette dimension divine de chaque être humain.
A partir de là, nous pouvons bâtir un monde plus juste, parce que, s’il est scandaleux qu’un être humain meurt de faim toutes les trois secondes, nous, chrétiens, avons à être encore plus scandalisés, parce que quand un être humain meurt de faim toutes les trois secondes, c’est un être à l’image de Dieu qui s’éteint. Quand des hommes et des femmes vivent dehors dans le froid, n’ont rien, perdent tout, nous avons, nous, chrétiens, à être encore plus scandalisés que les autres, parce que c’est un être à l’image de Dieu qui est dans la rue, qui n’a rien, qui n’est pas honoré. On se rend compte que notre humanisme, l’humanisme chrétien, trouve sa source dans le divin, et que ce qui n’est pas humain ne peut pas être divin, parce que Dieu s’est fait homme.
Les textes de ce jour nous rappellent l’importance de notre mission dans le monde. Vous êtes ici, nous sommes ici, vous, moi, les sœurs, parce que nous croyons en Dieu. C’est notre bien le plus cher, personne ne pourra nous le retirer, personne ne pourra nous l’enlever. Comme nous le rappellent aujourd’hui les chrétiens d’Orient, on peut tuer l’être humain, le persécuter, on ne peut pas lui retirer sa foi, elle est un bien fondamental. C’est de cette foi que nous avons à témoigner. Et nous avons donc dans notre monde aujourd’hui à rappeler cette dimension divine, cette dimension spirituelle de tout homme. Nietzsche, en décrétant la mort de Dieu, a entraîné la mort de l’homme, parce qu’en décrétant que Dieu était mort il a décrété que la partie divine de chacun d’entre-nous était morte. A partir de là, l’être humain peut être considéré comme n’importe quoi. En rappelant que Dieu est vivant et qu’Il se trouve en chaque être humain, nous redonnons à chaque homme sa dignité, et alors notre action se fonde sur cette dignité : en l’autre, il y a Dieu. Ce qui est fantastique, parce que le chantier est énorme, c’est que nous battre pour plus de justice dans le monde, nous battre pour que le scandale de la faim cesse, ne nous épuisera pas, parce qu’Isaïe nous le dit : « Partage ton pain avec celui qui a faim, recouvre celui que tu verras sans vêtement, alors ta lumière jaillira comme l’aurore et tes forces reviendront vite ». A partir du moment où notre action se fonde sur notre foi, nous ne serons jamais épuisés, au contraire la force en nous sera décuplée parce que nous serons témoins de la lumière de Dieu.
Alors oui, il est urgent pour nous de combler les besoins spirituels de notre humanité, de rappeler à ceux qui ne croient en rien que Dieu existe. Il est urgent pour nous, que l’on se moque de nous – parce qu’on se moquera de nous mais peu importe -, de rappeler que dans le cœur de chaque être se trouve Dieu. Mais pour cela, notre vocabulaire doit s’adapter : à un nouveau-né, on ne donne pas un steak tartare. Pierre et Paul le disent très bien dans leur lettre : le Christ se fait laitage pour ceux qui commencent, Il se fait légume pour ceux qui sont plus affirmés, et enfin, Il se fait viande pour ceux qui ont à aller plus loin.

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Dimanche 29 janvier 2017

4ème dimanche du Temps Ordinaire

[1ère lecture : Lecture du livre du prophète Sophonie (So 2, 3 ; 3, 12-13) – Psaume : ((Ps 145 (146), 7, 8, 9ab.10b) – 2ème lecture : Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens (1 Co 1, 26-31) – Évangile selon saint Matthieu (Mt 5, 12)

Cette semaine, en lisant les textes de ce dimanche, j’ai été pris de vertige intérieurement et presque physiquement. Imaginez la scène : Jésus gravit une montagne, Il est au sommet de celle-ci, ses disciples prennent place autour de Lui, et une foule nombreuse, nous, chacun d’entre-nous. Et là, Jésus parle. Jésus nous entraîne sur un chemin qui nous paraît si difficile qu’alors nous pouvons éprouver du vertige. En effet, nous sommes des êtres humains, quand on nous attaque, on réplique, quand on n’aime pas quelqu’un, soit on ne dit rien dans le meilleur des cas, soit on le lui fait sentir. Nous aimons bien critiquer, de préférence en leur absence, ceux qui ne pensent pas comme nous, et le Pape encore, il y a quelques jours, dénonçait les méfaits de la malveillance au sein des communautés chrétiennes.
Face à cette humanité, dans le mauvais sens du terme, le Christ nous propose une restauration. Je dis une restauration, parce que, pour comprendre ce texte, il nous faut remonter le temps et revenir à la création de l’homme. Dans ces magnifiques textes de la Genèse, nous apprenons que Dieu a fait l’homme à son image, je répète : Dieu a fait l’homme à son image. Or, nous le savons, la définition de Dieu par saint Jean, c’est : « Dieu est amour », Dieu est bon, Dieu est miséricordieux. Comme Il a fait l’homme à son image, l’homme est bon, l’homme est amour, l’homme est miséricordieux. C’est sa nature profonde, la nature profonde de chacun d’entre-nous. Il est important de le répéter, à temps et à contre-temps, à une époque où on a tendance à dire : « Moi, je suis bien, l’autre est mauvais », où l’on a tendance à fermer non seulement les frontières, mais à fermer les cœurs par peur, par protection. Non, chaque être humain sur cette terre a été fait à l’image de Dieu, il est bon, rempli d’amour et miséricordieux. Le problème, c’est que l’homme est à l’image de Dieu et Dieu est libre. L’homme peut choisir de faire le mal, l’homme peut décider d’être méchant, malveillant, égoïste. C’est sa liberté et Dieu a voulu que l’homme soit libre. Il aurait pu choisir de nous enlever cette liberté et de nous empêcher de nous retourner contre Lui. Il n’a pas voulu, nous aurions été des clones, des instruments et Dieu veut être aimé et que nous aimions, librement. L’homme est tombé malade, malade du péché, malade de l’égoïsme, malade de la peur, malade de la colère, malade de la fermeture de son cœur et c’est pourquoi j’employais ce mot : « restaurer ».
Le Christ nous permet de retrouver notre nature première et la mène à sa perfection, parce que dans la Genèse, on nous dit que : « Dieu a créé l’homme à son image et à sa ressemblance ». Les Anciens nous disent que l’image de Dieu est dans notre cœur, mais que la ressemblance nous appartient. Il nous appartient de décider aujourd’hui, en ce début d’année, alors que les murs de cette église abbatiale éblouissent presque, il nous faut décider si nous voulons être doux, si nous voulons avoir faim et soif de justice, si nous voulons être miséricordieux, si nous voulons purifier notre cœur des déblais qui l’encombrent, si nous voulons être des artisans de paix, si nous acceptons que notre soif de justice, y compris sur cette terre, nous conduise à la persécution.
Il nous faut décider si nous acceptons d’être insultés, persécutés, calomniés, parce que nous croyons en Jésus, parce que nous croyons en Dieu.
Oui, nous sommes libres, et devant nous, à l’issue de cette célébration, il va y avoir un choix, soit je vis comme d’habitude, soit je vis comme avant, la routine, soit je dis à Dieu : « Mon Dieu, je veux changer. Je veux devenir comme Toi. Je veux être vraiment moi, c’est-à-dire un être plein d’amour, plein de bonté, plein de miséricorde». Pour cela, il nous faut faire l’effort au quotidien d’être des artisans de paix. Il ne suffit pas de dire que ce texte des Béatitudes est beau. Oui, il est beau, mais c’est un beau qui doit nous toucher, un beau qui doit nous pousser à agir et les chantiers sont immenses : en économie, en politique, dans notre cœur. Les chantiers sont immenses : être chrétien, c’est du plein temps, c’est de l’intensif. Il nous faut choisir en sortant de cette église de dire à Dieu : « Oui, je désire faire un effort ».
A ce moment-là, à ce moment-là, s’unissent d’une manière totalement harmonieuse l’effort et la grâce. J’ai coutume de dire que dans la vie chrétienne l’effort et la grâce sont les deux ailes du même oiseau. Je n’ai jamais vu un oiseau monter au ciel avec une seule aile. Nous ne monterons jamais au ciel uniquement par notre effort, ni uniquement par la grâce. Il nous faut l’harmonie de Dieu, de tout. Sans nous, Dieu ne peut rien, sans Dieu nous ne pouvons rien.
Dieu nous comble, et c’est le psaume 145 qui nous le dit : « Le Seigneur fait justice aux opprimés. Aux affamés, Il donne le pain. Il délie les enchaînés ». Mais comment le fait-il ? Par notre intermédiaire. Nous sommes les instruments de Dieu. Avons-nous choisi de donner du pain à ceux qui sont affamés, d’aider ceux qui sont opprimés, de guérir ceux qui sont malades, comme de la lèpre par exemple, de délier les enchaînés ?
Dieu nous aide, comme le souligne le psaume : Il ouvre les yeux des aveugles, et nous sommes ces aveugles. Il redresse les accablés, et parfois, certains jours, nous sommes fatigués, épuisés, cassés. Le Seigneur protège l’étranger. Je répète : le Seigneur protège l’étranger, et dire ces paroles, aujourd’hui, va être de plus en plus mal vu, par la peur, par le danger inspiré. Vous vous rendez bien compte qu’il ne s’agit pas de politique, il ne s’agit de social, il s’agit d’écouter la Bible : le Seigneur protège l’étranger. Pourquoi ? Parce que nous sommes tous des étrangers sur cette terre. Soyons clairs, notre patrie quelle est-elle ? La Jérusalem Céleste. Nous sommes des pèlerins sur la terre, nous faisons notre travail de conversion, mais nous sommes des pèlerins et nous allons rejoindre la Jérusalem Céleste, notre vrai royaume. Le Seigneur soutient la veuve et l’orphelin, il y en a tant aujourd’hui à cause des guerres, des enfants seuls, sans parents, à l’avenir broyé. Le Seigneur aime les justes, et c’est ce que nous voulons faire, être aimés de Dieu. Mais pour être aimés de Dieu, il nous faut accomplir sa volonté. Tout à l’heure, dans le Notre Père que nous disons, là aussi, parfois trop rapidement, nous allons dire : « que ta volonté soit faite », mais ça veut dire quoi ? Que ta volonté soit faite
par moi. Nous allons tout à l’heure recevoir la paix du Christ, ça veut dire quoi ? On est content : j’ai eu la paix du Christ. Cela se traduira réellement quand nous croiserons quelqu’un qui nous agace prodigieusement, quelqu’un que nous n’aimons pas, y compris dans nos familles, parce que cela arrive. Nous regarderons cette personne et nous lui dirons : « La paix soit avec toi », non pas ma paix, mais celle de Dieu. C’est là, c’est à ce moment là, dans ce geste de pardon, de réconciliation que le geste de paix prendra son sens. Sinon, c’est un rite, un beau rite sans fondement.
Oui, être chrétien c’est du plein temps, mais Dieu est avec nous.

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Dimanche 22 janvier 2017

3ème dimanche du Temps Ordinaire

[1ère lecture : Lecture du livre du prophète Isaïe (Is 8, 23b – 9, 3) – Psaume : (Ps 26, 1a) – 2ème lecture : Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens (1 Co 1, 10-13.17) – Évangile selon saint Matthieu (Mt 4, 12-23)]

Depuis quelques jours, et on ne peut que s’en réjouir, l’Église nous invite à prier pour l’unité des chrétiens. De nombreuses manifestations sont organisées notamment avec les protestants. Des protestants viennent à l’église, des catholiques vont au temple, les orthodoxes aussi, et l’on discute de cette unité. Tout le monde est d’accord pour dire que cette unité ne doit pas être uniformité, et que chacun doit pouvoir garder sa spécificité. Ce qui est important, c’est que l’on ne connaisse plus ces guerres de religions où des catholiques massacrent des orthodoxes ou bien massacrent des protestants ou vise-versa. Nous sommes loin de ce temps de la guerre, c’est le temps du dialogue, on ne peut que s’en réjouir !
Cependant, cependant, je ne peux m’empêcher de penser, depuis le début de la semaine, à une histoire des Pères du désert du IVe siècle. A cette époque, on allait voir des pères du désert, des sages, pour leur demander des conseils. Un jour, une femme fit de nombreux kilomètres avec son fils parce que celui-ci était extrêmement gourmand et mangeait beaucoup de bonbons. Elle va voir un père du désert et lui dit : « Dis à mon fils de ne plus manger de bonbons ». Le père du désert resta silencieux et ne dit rien. Au bout d’un certain temps, il lui dit simplement : « Reviens dans un mois ». Cette femme était un peu déçue parce qu’il fallait faire de nombreux kilomètres. Elle obéit par respect pour ce sage. Un mois plus tard, elle revint et immédiatement le père du désert cria à l’enfant très fortement : « Ne mange plus jamais de bonbons ». Celui-ci terrorisé entendit la leçon. La mère cependant fut un peu surprise et dit au père du désert : « Tu es très gentil de lui dire ça, je pense qu’il est guéri des bonbons, mais pourquoi ne l’as-tu pas dit il y a un mois ? Cela m’aurait évité de revenir », et là le père du désert lui répondit : « Il y a un mois,
je mangeais des bonbons ».
A travers cette petite histoire, on voit que les Pères du désert ne prêchaient que ce qu’ils vivaient, uniquement ce qu’ils vivaient. Et c’est peut-être là le problème, nous, catholiques, sommes très contents d’organiser ces rencontres sur l’unité des chrétiens, mais que se passe-t-il au sein même de l’Église catholique ? Vivons-nous l’unité ? Personnellement, je ne le crois pas. J’ai l’impression que nous sommes un peu au temps de Paul où, au sein même de l’Église naissante, les uns et les autres se disputaient : « Moi, j’appartiens à Appolos », « Moi, j’appartiens à Pierre », « Moi, j’appartiens au Christ », « C’est moi qui ai raison et toi qui as tort ! »… Aujourd’hui, c’est : « Moi, je suis en col romain ou en soutane, c’est moi qui ai raison, toi qui as tort ! » . « C’est moi qui, aujourd’hui, ne mets aucun signe distinctif pour être plus proche des gens, c’est moi qui ai raison et toi qui as tort ! » On a vite fait, dans notre Église, de cataloguer ceux qui se disent progressistes, ceux qui se disent traditionnels, et au lieu de vouloir discuter, de s’entendre, très vite le torchon brûle. Je pense ainsi aux discussions qui ont suivi les déclarations du Cardinal Sarah, préfet, je le rappelle, de la Congrégation pour le culte divin, ce qui, dans l’Église, lui donne une vraie autorité. Celui-ci, au mois de juillet dernier, avait dit : « Mais il est très bien de célébrer
ad orientem ou de célébrer en latin ». Il n’a jamais dit qu’il fallait supprimer la liturgie dans les langues dites vernaculaires, pour nous en Français. Immédiatement pourtant, la blogosphère s’est emballée, Facebook a vu fleurir des messages d’une intolérance et d’une méchanceté inouïes.
Certains évêques, et le cardinal me l’a confié avant-hier, puisque j’ai eu la chance de passer du temps avec lui, certains évêques lui ont interdit l’accès de leur diocèse. Venant d’une entreprise privée où j’ai travaillé pendant quinze ans, je ne m’imagine pas dire à mon grand patron : « Ne venez pas nous voir, et restez chez vous ». Cela aurait été une cause de licenciement immédiat pour faute grave… Mais dans l’Église tout est possible, un évêque peut dire à un préfet de Rome, « Ne venez pas dans mon diocèse ». Ainsi, je le pense, l’Église est malade, foncièrement malade, malade de cette intolérance.
Alors, une fois que le constat est fait, des solutions, proposons. Je propose la semaine, voire le mois de l’unité des catholiques. Chaque année, nous veillerons entre nous à pouvoir nous écouter, discuter et à cesser de nous chamailler, parce que l’enjeu est terrible : la division sème la division et la discorde. L’oraison, tout à l’heure, disait que l’unité des chrétiens était nécessaire pour que les gens aient envie de venir à l’église. Pensez-vous que des personnes auront envie de venir dans nos paroisses, dans nos communautés chrétiennes, s’ils entendent, à l’issue de la célébration ou même pendant la célébration, Mr et Mme Michu se disputer parce qu’ils ne voient pas les choses de la même manière ? Seraient-ils heureux d’entendre un prêtre, dans son homélie, jeter l’anathème sur ceux qui ne pensent pas comme lui ? En liturgie, grâce au pape Benoît XVI, il est prévu de pouvoir célébrer soit selon le rite ordinaire, soit selon le rite dit « extraordinaire ». Laissons faire ! Ne faisons pas comme cet évêque canadien qui a eu l’audace d’écrire, il y a quelques jours, qu’il interdisait dans son diocèse toute messe selon le rite extraordinaire, désobéissant ainsi totalement aux directives de Rome.
Vous voyez que cet enjeu de l’unité parmi les catholiques dépasse cela. Comment une Église divisée peut-elle annoncer l’Évangile ? C’est impossible, elle n’est témoin de rien.
Alors oui, reconnaissons-le, nous sommes revenus au temps de Paul. Certains disent : « Moi, j’appartiens au rite ordinaire », d’autres disent : « Moi, j’appartiens au rite extraordinaire ». L’enjeu est considérable parce que cela touche même l’investissement des chrétiens dans la société. Aujourd’hui, il y a une marche pour la vie ; des catholiques à Paris ont choisi de marcher pour défendre la vie de l’enfant à naître. Certains, parmi les catholiques, les taxent d’intégristes, parce que pour défendre la vie, il faut être intégriste… A d’autres moments, certains chrétiens s’investissent dans le social pour aider les uns et les autres. A ce moment-là, j’en entends qui disent : « Ah, là, là, ce sont des ‘rouges’, ce sont des gauchistes » – S’investir pour le social, c’est être « rouge » !…
Alors oui, je propose cette semaine de l’unité des catholiques, où les catholiques pourront se parler dans leur diversité, parce que l’enjeu, c’est le Christ, et il y a plusieurs chemins pour aller au Christ. Il suffirait que je passe dans les rangs – rassurez-vous, je ne le ferai pas – pour demander aux uns et aux autres : « Comment voyez-vous le Christ ? Pourquoi êtes-vous là aujourd’hui ? ». Nous verrions, les uns et les autres, la richesse de notre diversité, parce que nous sommes tous le fruit d’une histoire. C’est cela qui est merveilleux. Les douze apôtres n’étaient pas douze clones, ils étaient différents, mais ils annonçaient le Christ.
Alors oui, aujourd’hui, en cette journée de l’unité des chrétiens, prions pour l’unité de notre Église, qu’elle puisse être, et c’est sa force, dans sa diversité, témoin de l’Évangile. Pour terminer, je dirai que cela touche même la mystique. Nous sommes, les uns et les autres, attirés par tel ou tel type de spiritualité. Certains sont plus ignaciens, jésuites, d’autres sont plus avides d’entendre les paroles de saint François, proches de la nature, d’autres sont proches des dominicains, d’autres sont proches des bénédictins, d’autres sont proches des pères du désert. Diversité, diversité, diversité…
Prions pour que cette diversité au sein de notre Église, soit une richesse et non pas une cause de division. Jamais une Église divisée, jamais une communauté divisée, ne sera témoin du Christ. Amen.

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Dimanche 15 janvier 2017

2ème dimanche du Temps Ordinaire

[1ère lecture : Lecture du livre du prophète Isaïe (Is 49, 3.5-6) – Psaume : Ps 39 (40), 2abc.4ab, 7-8a, 8b-9, 10cd.11cd – 2ème lecture : Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens (1 Co 1, 1-3) – Évangile selon saint Jean (Jn 1, 29-34)]

Je vous l’ai dit tout à l’heure, je n’aime pas le mot « ordinaire », il est dangereux, il est piégé. Depuis quelques jours, nos rues ont perdu leurs guirlandes de lumière, les crèches peu à peu sont rangées dans des boites, les sapins de Noël, qui ont fait la joie des plus jeunes, sont désormais secs sur nos trottoirs. Nous reprenons peu à peu, après cette période de fêtes, comme on dit, le rythme de notre vie. Le danger est là, nous risquons peu à peu de vivre en actionnant « le pilote automatique ». Nous faisons automatiquement ce que nous avons à faire : notre travail, notre vie de famille, notre vie associative et bien d’autres choses encore. Nous avons un emploi du temps pour l’année, nous avons prévu beaucoup de choses.
Le domaine de la foi peut-il tomber dans le pilote automatique, dans l’habitude, dans la routine ? Sûrement pas, parce que tout dans la foi est extraordinaire. La plupart d’entre-nous ici ont été baptisés dans l’Esprit-Saint. Ce n’est pas ordinaire d’être baptisé ! Baptisé au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Cet Esprit, qui est en nous, nous guide intérieurement vers la perfection, et saint Paul le dit : « Nous sommes appelés à être saints ». Est-ce que cet objectif est ordinaire ? Non. Est-ce que cet objectif ne nécessite pas que nous soyons vigilants à chaque instant ? La sainteté ne se décrète pas, on ne parle pas de la sainteté, on essaie de la vivre, et la sainteté, c’est la perfection de l’amour, c’est aimer comme Dieu Lui-même. « Aimer », un mot facile à prononcer, plus difficile à vivre. Un mot facile à partager avec ceux qui pensent comme nous, ceux qui nous aiment, plus difficile avec ceux qui nous sont opposés ou que nous n’aimons pas beaucoup. Et pourtant, c’est l’objectif, la sainteté, la perfection de l’amour, à une époque où, de plus en plus, nombre de personnes, politiques compris, nous parlent de vivre ensemble. Nous savons, nous, comment vivre ensembles : les uns avec les autres, les étrangers, les uns avec les autres, les générations, les unes avec les autres, un seul socle, une seule chose : aimer, aimer.
Alors, le temps qui s’ouvre devant nous, cette nouvelle année qui peut être vécue comme un nouveau départ, va constituer minute par minute, et chaque minute est unique, un entraînement. Nous sommes des sportifs, des sportifs de Dieu, et sur le stade, les sœurs nous montrent l’exemple. Je l’ai souvent dit, avec respect, vous êtes des sportives de Dieu. Vous vous entraînez à travers votre vie, à travers vos offices, à travers votre prière, à travers la lecture de la Bible, à travers votre capacité d’accueil des uns et des autres, vous vous entraînez pour Dieu.
Nous avons à faire de même, là où nous sommes, dans notre quotidien, dans notre vie de famille, dans notre vie professionnelle, dans notre vie associative, dans nos quartiers, et bien entendu, dans nos communautés et dans nos églises. C’est quand même mieux de le dire pour être sûr que là aussi ce soit pratiqué… Le socle, c’est l’amour, c’est l’accueil, l’accueil de la différence, l’accueil des uns avec les autres.
Alors, comment faire pour s’entraîner ? Il y a de multiples manières : la messe du dimanche, bien entendu, constitue, comme le dit le Concile Vatican II, la source et le sommet de la vie chrétienne. Nous venons boire à la source, il faudrait imaginer que de l’autel coule de l’eau, mais l’Eau Vive, l’eau de Dieu, et qu’elle nous irrigue..
Mais un sportif qui ne s’entraînerait que le dimanche, serait qualifié à juste titre de « sportif du dimanche », c’est à dire quelqu’un qui s’entraîne peu. L’entraînement, c’est tous les jours. Cet entraînement, c’est une rencontre imprévue, c’est une contrariété, c’est une joie, c’est la lecture de l’Évangile. Le pape François ne cesse de dire : « Chrétiens, ayez dans votre poche un évangile ». Un évangile, ce n’est pas très gros, vous en trouverez partout des tous petits : l’Évangile de Marc, de Matthieu, de Luc, à mettre dans la poche arrière, dans un sac. Dès qu’une minute se présente, on plonge dans l’Évangile. Pourquoi ? Pour s’en imprégner.
Mais l’entraînement doit être perpétuel, comme notre prière. Saint Paul nous appelle à prier sans cesse, à chaque instant. Comment faire, allez-vous me dire ? Comment faire alors que je travaille ? Comment faire alors que je vais faire les courses ? Comment faire alors que je passe l’aspirateur ? Comment faire alors que je m’occupe des uns et des autres ?
Aujourd’hui, saint Paul nous donne une piste, une piste importante qui, malheureusement, chez nous, Catholiques, passe souvent inaperçue : « … à ceux qui ont été sanctifiés dans le Christ Jésus et sont appelés à être saints avec tous ceux qui, en tout lieu, invoquent
le nom de notre Seigneur Jésus Christ ». Cette invocation du nom de Jésus, est une pratique courante chez nos frères Orthodoxes, cela s’appelle la prière de Jésus.
Pourquoi invoquer ce nom ? On prophétise, on fait des miracles au nom de Jésus, on guérit les malades au nom de Jésus, on chasse les démons au nom de Jésus, on se réunit au nom de Jésus, on accueille au nom de Jésus. Tout ce que nous faisons, nous dit Paul, doit glorifier Jésus, quelque soit notre action. Jésus est le centre de notre foi et le nom de Jésus est capital. Prophétiser, c’est annoncer Jésus à temps et à contre temps. Faire des miracles, c’est réussir l’impossible, et nous pouvons réussir l’impossible si nous nous basons sur le nom de Jésus. Guérir les malades, nous pouvons le faire aussi, ceux qui sont désespérés, ceux qui ne croient plus en rien, ceux qui pensent qu’il n’y a plus d’avenir, plus rien, nous pouvons les guérir de la désespérance au nom de Jésus. Nous pouvons chasser le démon au nom de Jésus. Tous ici même, nous sommes soumis à la tentation, tous ici même nous connaissons la tentation. La parole méchante, l’égoïsme, la luxure et bien d’autres choses encore, nous avons tous nos combats. Par le nom de Jésus, nous pouvons gagner. On se réunit au nom de Jésus, une communauté chrétienne, un groupe chrétien, n’est pas une association, une sympathique rencontre de personnes. Nous sommes réunis au nom de Jésus, et c’est ce qui permet de surmonter les différences. On accueille au nom de Jésus, c’est ce que font les sœurs en ouvrant ce monastère au plus grand nombre, c’est au nom de Jésus et nous avons à accueillir, au plus profond de notre cœur, les autres, l’autre, au nom de Jésus. Tout ce que nous faisons doit glorifier Jésus quelque soit notre action.
Vaste programme et, en lisant cette phrase, j’ai l’impression de signer ma condamnation, parce que tout ce que je fais n’est pas toujours pour glorifier le nom de Jésus, car je ne suis pas encore un saint, mais c’est un objectif. Nous sommes un peu comme le fumeur qui dit : « J’ai envie d’arrêter de fumer », il n’a pas encore arrêté, mais il a l’objectif et peu à peu il va réussir. Il faut avoir le désir.
Pour rappeler ce désir à notre souvenir, car nous avons vite fait d’oublier, une méthode simple : toute la journée, constamment, dès que nous le pouvons, prononcer à voix basse, dans son cœur : « Jésus, Jésus, Jésus, Jésus ». Ce mot, le nom de Dieu, prononcé non pas avec nos lèvres mais avec nos cœurs,peut changer notre vie. A chaque minute, vous pouvez le faire, et quand on prononce le nom de Jésus, on ne peut qu’aimer et demander à Dieu de nous aider à aimer comme Lui. Alors, nous deviendrons tous et toutes des saints et des saintes. Amen.

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Dimanche 8 janvier 2017

Epiphanie

[1ère lecture : Lecture du livre du prophète Isaïe (Is 60, 1-6) – Psaume : Ps 71 (72), 1-2, 7-8, 10-11, 12-13 – 2ème lecture : Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens (Ep 3, 2-3a.5-6) – Évangile selon saint Matthieu (Mt 2, 1-12)]

Au risque d’apparaître provocateur, mais cela ne vous étonnera pas, une fête comme la nôtre aujourd’hui est à la fois une grande joie et un grand danger. Une grande joie parce que, comme vous certainement, j’imagine la venue de ces mages venus d’Orient, ayant fait une longue route, venir adorer, se prosterner dans une étable devant le Christ. J’imagine le bouleversement des grands prêtres, des scribes, d’Hérode, se demandant ce qui se jouait. Comme vous, je les vois, ainsi qu’ils se présentent devant la crèche, s’agenouiller et offrir de l’or, de l’encens, de la myrrhe. Et vous savez certainement que l’or représente la royauté du Christ, que l’encens représente sa divinité et que la myrrhe représente son immortalité. Ainsi, en adorant le Christ, ils reconnaissaient en Lui le Roi du monde, le Roi des hommes, Dieu Lui-même et l’immortalité de Dieu. Nous ne pouvons être que bouleversés et dans la joie.
Mais le danger s’élève alors : considérer cet événement comme ayant eu lieu il y a deux mille ans, faire mémoire de…, commémorer…, se souvenir de…, celui-ci devenant un « spectacle » extérieur auquel nous sommes, en quelque sorte, des spectateurs. Mais nous ne pouvons pas être spectateurs de cette fête. Nous avons à en être les acteurs, et en ce début d’année, une question est capitale, la voici : comment aujourd’hui, comme les mages, venons-nous adorer Dieu, nous prosterner devant Lui ? Comment aujourd’hui, vivons-nous cette fête de l’Épiphanie ? Quelles sont ses conséquences dans notre vie ? Cette fête nous interroge, nous interpelle, nous, mais aussi vous, les jeunes, vous, des scouts, vous êtes chefs de patrouilles, chef de troupes, vous êtes responsables d’autres jeunes et être responsable implique pour chacun d’entre-vous de vivre intensément les choses pour en être témoins devant d’autres, sinon vous n’êtes que de mauvais acteurs de série B. Si vous ne vivez rien intérieurement, et cela s’adresse à chacun d’entre-nous, et à moi prêtre, et à vous religieuses – pardonnez-moi de vous interpeller – si nous ne vivons pas les choses intensément, nous ne sommes que de mauvais acteurs, et le monde n’a pas besoin de mauvais acteurs, le monde a besoin de témoins qui portent la flamme de la procession, non pas à l’extérieur, mais à l’intérieur pour devenir eux-mêmes par leur vie des portes-flammes.
Alors oui, la question qui se pose à nous avec acuité : comment venons-nous adorer le Seigneur, comment notre vie est-elle, en elle-même, une adoration de Dieu ?
Alors, revenons aux fondamentaux : une naissance, la naissance d’un enfant. Les uns les autres, nous-mêmes, autour de nous, avons vu un enfant naître. Nous sommes venus voir les parents avec un petit cadeau. Et qu’est-ce que nous avons fait ? En règle générale, nous avons embrassé l’enfant, en signe d’affection, en signe d’amour. Ce geste, je le fais trois fois à chaque messe, et en tant que prêtre, je le vis avec intensité. Vous avez tous remarqué, en effet, qu’au début de la célébration, le prêtre vient et embrasse l’autel, de même à la fin.
Il pourrait simplement s’incliner devant lui, non, il embrasse l’autel, tout est dit. A chaque fois que j’embrasse l’autel, dans mon cœur je prononce les mêmes mots : « Jésus, je t’aime », parce que l’autel représente le Christ, et la première crèche édifiée par saint François était un autel avec de chaque côté Joseph et Marie. Quand j’embrasse l’autel, je ne le fais pas mécaniquement, je pense au Cantique des cantiques, c’est un geste d’amour, d’affection : « Oui, Jésus, je t’aime et c’est pourquoi je suis là ». Ensuite, le prêtre de nouveau, après avoir lu l’Évangile, embrasse l’Évangile, non pas mécaniquement, mais avec son cœur, en disant : « Jésus, j’aime ta Parole, merci ». Vous voyez ce geste du baiser est à lui seul un symbole, il nous renvoie à l’état d’esprit qui devrait nous guider à chaque célébration : l’amour, l’amour pour le Christ. Nous sommes, nous Chrétiens, des amoureux de Dieu. Nous n’avons pas peur de Dieu, nous ne venons pas le vénérer comme une autorité, nous venons l’aimer comme les mages.
Oui, notre vie, pour qu’elle devienne Épiphanie, doit être une vie d’amour, et à chaque fois que nous disons : « Jésus je t’aime », nous le manifestons au monde, parce qu’animés par l’amour de Dieu au plus profond de notre cœur, nous sommes appelés à en témoigner. Alors la question se pose à vous les jeunes et à chacun d’entre-nous : est-ce que nous aimons Jésus ? Pourquoi, finalement, avons nous choisi de venir à la messe aujourd’hui ? Parce que c’est obligatoire, parce que c’est un devoir ou parce qu’au plus profond de notre cœur, c’est important ? Et ce point de vue est capital pour vous, parce qu’ensuite, vous aurez à en témoigner auprès des jeunes, donc vous êtes responsables. Si vous ne vivez pas cette proximité avec le Christ, de quoi allez-vous témoigner ? Faire des cabanes, faire des jeux, animer, tout le monde peut le faire. Il y a plein d’associations, on n’a pas besoin d’être scout pour cela ! Vous témoignez d’autre chose, et cette autre chose, le monde en a besoin, tout comme nous. Vous êtes dans le monde, nous sommes dans le monde ou contemplatives, les gens, qui nous croisent, ont besoin de sentir que nous aimons Dieu et que cet amour nous tient debout, que cet amour nous met debout, parce que le monde est dur, parce qu’il y a de la cruauté, parce qu’il y a de la méchanceté, parce qu’il y a de la haine, nous avons à être les témoins de cet amour. C’est capital pour nous, c’est capital pour notre Église, c’est capital pour le monde. Quand dans notre Église, dans nos communautés, on entend des personnes critiquer ceux et celles qui ne sont pas là, dire du mal, médire, que ce soit à la base ou au sommet de l’Église, c’est un contre-témoignage dont nous aurons à répondre devant le jugement de Dieu. Le Christ nous dit : « A chaque fois que tu dis ‘imbécile’ à ton frère, tu es passible de la Géhenne de feu. Ne juge pas, tu ne seras pas jugé ». Nous ne serons témoins de rien si nous critiquons les autres, si nous médisons. Nous sommes appelés à aimer, même ceux qui ne nous aiment pas. Nous sommes appelés à aimer même ceux et celles qui ne vivent pas la foi de la même manière que nous. Notre Église doit être témoin de l’amour et non pas une fabrique d’intolérance et d’exclusion. C’est un enjeu capital, parce que, sinon, les gens iront ailleurs. Ils iront chercher la bienveillance ailleurs. Et je me souviens toujours de cet homme, baptisé à l’origine, pratiquant bouddhiste, je l’interroge et je lui dit : « Pourquoi vous, chrétien, baptisé, maintenant êtes-vous devenu bouddhiste ? », et il me répond : « Parce que là, au moins, je vis la bienveillance et l’amour et qu’on en parle ». Alors, je lui dis : « Excusez-moi, mais dans la foi chrétienne, il n’y a que deux commandements : aimer Dieu, aimer son prochain comme soi-même », et il me répond, triste : « Je n’ai pas trouvé de témoins, alors je suis parti ».
Pour qu’au fur et à mesure des mois, des années, nos églises soient pleines, nous devons être témoins de l’amour, envers et contre tout. Jamais de critiques, jamais de jugements, alors réellement nous manifesterons Dieu au monde, Dieu qui est amour.
Amen.

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Dimanche 1er janvier 2017

Journée mondiale de la paix

[1ère lecture : Lecture du livre des Nombres (Nb 6, 22-27) – Psaume : Ps 66 (67), 2-3, 5, 6.8 – 2ème lecture : Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Galates (Ga 4, 4-7) – Évangile selon saint Luc (Lc 2, 16-21)]

Difficile de parler de la Journée mondiale de la paix après l’attentat de cette nuit à Istambul, causant pour l’instant la mort de 32 jeunes. Et pourtant, il est plus que jamais capital qu’aujourd’hui, nous, Chrétiens, nous puissions prier pour la paix. Le pape François, dans son discours annuel à cette occasion, invite à la non-violence les uns et les autres. Cette non-violence se heurte à une difficulté : les germes de violence qui sont dans nos cœurs. Pour débusquer, éliminer ces germes de violence, il nous faut à la fois quelqu’un qui puisse être pour nous un modèle et, en même temps, qui intercède pour nous auprès de Dieu. Marie est cette personne.
Je l’ai déjà dit ici il y a quelque temps, un moine de Lérins m’a dit, alors que j’étais séminariste : « On ne peut pas devenir saint si on n’a pas un véritable amour, une vraie dévotion pour Marie ». Marie, selon certains mystiques, en effet, est non seulement la Mère de Dieu, la Mère de l’Église, la Mère des hommes, mais elle est, avant tout, la première disciple. C’est elle qui, la première, a dit : « Oui » à l’ange, et à travers l’ange, à Dieu. Cette femme simple s’est laissée surprendre par Dieu. Imaginez sa surprise, elle allait concevoir un enfant qui était le Fils de Dieu ! Tout ce qu’elle a prévu avec Joseph s’est trouvé bouleversé. Et elle a accepté ce bouleversement.
Et nous, nous prévoyons beaucoup de choses peut-être pour cette année. Allons-nous accueillir les surprises de Dieu ? Allons-nous même les demander ? La vie spirituelle n’est pas un plan à moyen terme que l’on maîtrise, la vie spirituelle est parsemée de ces surprises de Dieu. Mais pour voir, entendre, goûter ces surprises, il nous faut, comme Marie, être disponible et donc prendre le temps. Comment souhaitons-nous vivre cette année : surbookés, avec plein d’activités, de projets ? Mais avons-nous planifié ces espaces de respiration où, seul devant Dieu, nous n’avons qu’une seule chose à faire : l’écouter, et pour l’écouter, il faut nous taire.
Marie est non seulement celle qui a accueilli les surprises de Dieu, mais « celle qui retenait », comme nous le dit l’Évangile d’aujourd’hui, « tous ces événements et les méditait dans son cœur ». Ces événements nous sont relatés dans les évangiles, et si les sœurs ici présentes, de par leurs vocations, ont un contact régulier avec l’Évangile, qu’en est-il de nous ? Est-ce que nous nous contentons de l’écouter le dimanche ? Ou, est-ce que nous prenons le temps durant la semaine de le lire, voire chaque jour ? Parce que, si nous ne lisons pas la Parole de Dieu, elle ne peut pas nous imprégner, elle ne peut pas infuser en nous et transformer notre cœur.
Le début de l’année est le temps des résolutions. Peut-être pourrions-nous accorder plus de temps à la lecture de la parole de Dieu ? Peut-être qu’une soirée par semaine pourrait être consacrée, seul, en couple ou en famille, à cette lecture de la Parole de Dieu ?
Et pour intéresser les plus jeunes, rien de tel qu’un bon DVD sur la vie de Jésus, les familiariser à cette présence du Christ, leur faire aimer le Christ.
Marie, c’est celle qui, avec douceur, a accompagné des moments capitaux de la vie de Jésus depuis le miracle des noces de Cana jusqu’à la Pentecôte. C’est pour nous une invitation à être avec le Christ à travers ces événements et les fêtes que nous allons vivre, d’une manière particulière, avec amour. Parce que, si Marie est mère, c’est qu’elle aime et nous sommes tous appelés, hommes et femmes, à être mère. Cela peut surprendre, mais souvenez-vous, lorsque j’étais revenu de Rome, ces mots du Pape aux missionnaires de la Miséricorde : « Si vous n’êtes pas capable de vous montrer maternels avec ceux et celles qui viennent vous voir, sortez ! » avait-il dit.
Nous avons, nous aussi, à être les témoins de la maternité de Dieu, de la maternité de l’Église, et il y a du travail ! L’image de l’Église n’est pas bonne dans la société. Je suis triste de le dire un premier janvier, mais c’est vrai, elle n’est pas bonne. L’Église apparaît moralisatrice, dure, et même si le Pape fait tous les efforts pour montrer que nous ne sommes pas appelés à juger mais à aimer, l’image demeure, alors c’est à nous, là où nous sommes, de témoigner de cette maternité.
Enfin, Marie, même si il y a beaucoup d’autres choses à dire, est celle, comme le disait l’Oraison de départ, qui intercède pour nous auprès de Dieu. C’est pourquoi cette prière à Marie est capitale : elle intercède pour nous auprès de Dieu, nous pouvons lui confier avec confiance nos intentions. Peut-être que Dieu les exaucera, autrement, pas comme nous l’attendons. Mais Marie est celle qui tend la main vers les hommes et son regard vers son fils.
Pour terminer, et c’est pour moi un élément capital dans ce monde si violent, Marie est un rempart au Démon, au Diable. Je suis triste d’entendre des personnes dirent : « Depuis Vatican II, on ne croit plus au diable mais au mal qui est en nous, cette part d’ombre ! ». Non, ce n’est pas chrétien, nous croyons au Diviseur, à celui qui empêche l’harmonie, qui suscite la violence dans les cœurs, comme cette nuit, et la prière à Marie, comme l’avait dit le pape François en février dernier, est ce rempart au Démon.
Vous le voyez, si l’Église nous invite en ce premier jour de l’année, à tourner notre regard vers Marie, Mère de Dieu, c’est que tout un programme nous est proposé, un programme de vie. Alors, aujourd’hui en ce premier jour de l’année, même si nous allons peut-être, pour certains, passer un temps convivial dans nos familles ou avec des amis, prenons le temps de nous tourner vers Marie, de lui demander d’éclairer notre cœur, de nous confier à elle, de confier cette année, nos familles, nos communautés, notre Église si blessée, le monde.
Je suis certain que Marie nous écoutera.

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Dimanche 25 décembre 2016

Jour de Noël

[1ère lecture : Lecture du livre du prophète Isaïe (Is 62, 1-5) – Psaume : Ps 88 (89), 4-5, 16-17, 27.29 – 2ème lecture : Lecture du livre des Actes des Apôtres (Ac 13, 16-17.22-25) – Évangile selon saint Matthieu ((Mt 1, 1-25)]

Je ne vous cache pas que, si pour chacun et chacune d’entre vous, j’éprouve une vraie joie intérieure en ce jour de Noël, il s’y mêle cependant un filet de tristesse. Ce filet de tristesse vient de la manière dont Noël est vécu dans notre société. Il y a dix ans, j’écrivais un ouvrage qui s’intitulait : « Il faut sauver Noël », car j’estimais que Noël était en danger. Ce que j’ai vu cette année me confirme cela. En effet, une expression a fait florès cette année : « l’esprit de Noël ». Esprit de Noël provenant d’une joie provoquée par ces guirlandes lumineuses dans nos rues, par ces pères Noël rouge et blanc où nous vénérons, sans le savoir, Coca Cola qui a su remplacé saint Nicolas. La télévision elle-même s’en est mêlée et de nombreux films plein de bons sentiments nous ont été proposés tous les jours : le Père Noël, la magie de Noël, la Mère Noël, la fille du Père Noël, le fils du Père Noël, les elfes du père Noël, nous avons eu droit à tout. Cela provoquait certainement de la joie puisqu’à la fin du film tout se terminait bien, la magie de Noël était là. Mais cette magie, semblable à celle des guirlandes de nos rues, obscurcit la vraie lumière, dissimule la vraie joie.
En effet, que restera-t-il pour nos contemporains demain quand on va retirer les guirlandes de nos rues, quand on va enlever les boules lumineuses des vitrines où il n’y avait pas de crèches ? Que restera-t-il de cette joie si éphémère ? Va-t-elle redonner espoir à notre société qui en a tant besoin ? Je ne le crois pas. Nous, Chrétiens, savons que l’essentiel de cette fête de Noël est la naissance de Dieu parmi les hommes, et cette crèche présente ici même, nous le rappelle. Cette naissance de Dieu que l’on veut cacher aux hommes en empêchant ces crèches d’être dans nos rues et de montrer à travers le visible, l’invisible.
Oui, nous sommes dans la joie, à juste titre, Dieu se fait Homme. Avons-nous conscience du bouleversement intérieur que cela provoque ? Parce que, franchissant une deuxième étape, je vais aller plus loin : nous-mêmes, Catholiques, pouvons nous fourvoyer, nous réjouir jusqu’à bêtifier devant l’Enfant de la crèche : « Oh, comme Il est beau. J’aime cette crèche, elle est belle ! », « La veillée était magnifique ! », et nous nous arrêtons, nous aussi, au scintillement des lumières sans plonger dans l’essentiel : Dieu se fait Homme, et en naissant à la vie des hommes, Dieu nous invite à une chose fondamentale : Dieu nous invite à naître à la vie de Dieu. C’est cela Noël. La naissance du Christ nous renvoie à notre propre naissance. Avons-nous conscience aujourd’hui qu’en fêtant la naissance Dieu, nous fêtons notre naissance, la vraie naissance, la seule qui compte, la naissance à la vie de Dieu ? En se faisant homme, Dieu bannit toute dualité, il n’y a plus Dieu et l’homme, il y a UN, comme le disait l’Oraison du début de la célébration : Dieu vient nous diviniser. Il n’y a plus de visible et d’invisible, il n’y a plus de terrestre et de céleste, il n’y a plus d’action et de contemplation, il n’y a plus d’homme et de Dieu, il y a UN. En naissant à la vie des hommes, Dieu nous invite à naître à sa vie, et ce que nous fêtons aujourd’hui, c’est cette double naissance et nous ferions erreur en nous arrêtant seulement à la naissance de Dieu parmi les hommes. Dieu partage sa divinité. Le Dieu des chrétiens veut tout donner, Il ne reste pas sur son nuage à nous contempler dans nos erreurs, Il s’unit à nous pour que nous nous unissions à Lui.
Dès lors, la joie que nous allons éprouver ne peut pas être éphémère, elle va être perpétuelle, et tout au long de cette année, dans les moments de doute, dans les moments de tristesse, dans les moments de désespoir, il faudra nous souvenir que nous sommes nés à la vie de Dieu, que Dieu nous divinise et nous appelle à aller près de Lui. Cela transforme tout : notre vision sur nous-mêmes. En effet, parfois, mus par un réflexe égotique, nous nous contemplons, nous ne nous trouvons pas à la hauteur, pas assez beaux, pas assez intelligents, pas assez sûrs de soi, pas assez ceci, pas assez cela… pourquoi ? Nous nous arrêtons à la surface. C’est un peu comme si nous contemplions un magnifique fruit en disant : « Oh quelle belle surface » sans plonger nos dents dedans pour le croquer.
Oui, arrêtons de nous contempler superficiellement, plongeons dans notre intériorité. Dès lors, nous y trouverons le divin. Alors, nous pourrons nous aimer profondément, parce que Dieu nous aime profondément. Cela change aussi notre rapport aux autres, nos critiques continuelles sur les autres. Et l’Église vit des moments terribles actuellement, jusqu’à son plus haut sommet, où tout semble permis dans la mesquinerie, dans les réflexions, dans le jugement. Comment pouvons-nous juger notre frère, alors que Dieu est en lui ? Comment pouvons-nous critiquer l’autre, le mépriser, nous estimer supérieur à lui ou tout simplement dire « je ne l’aime pas », alors que Dieu est en lui ? Là aussi, nous sommes appelés à aller au-delà de la surface, à aller au-delà de signes qui nous agacent chez l’autre et à voir le divin qui est en lui.
Je regrette parfois de ne pas être hindou. En effet, quand on salue l’autre, on ne lui donne pas une poignée de main en détournant le regard comme parfois nous savons le faire, on joint les mains et on s’incline devant l’autre pour reconnaître en lui la divinité. Est-ce que cela ne changerait pas nos regards sur l’autre et sur nous-mêmes ? Ce geste de joindre les mains et de s’incliner, c’est honorer en l’autre ce qu’il est : le réceptacle de Dieu.
Oui, la naissance à la vie de Dieu change notre regard sur nous, change notre regard sur l’autre, change notre regard sur l’existence. Parfois nous désespérons. Il y a parfois, apparemment, de quoi : nous désespérons de la société, nous désespérons de notre Église, nous désespérons de nos communautés, mais comment peut-on désespérer dans un monde où Dieu se fait Homme et où Il nous invite à nous unir à Lui ? Désespérer, c’est ne pas reconnaître cela, c’est impossible pour un chrétien.
Enfin, quatrième temps, la joie qui nous habite ne passera pas lorsque vous retirerez les guirlandes lumineuses de vos sapins de Noël, elle demeurera, et vous aurez envie d’annoncer la Parole de Dieu, parce que, oui, tout cela ne sera possible que si chacun d’entre-nous devient le porte-parole de Dieu. Aujourd’hui Dieu est enfant, Il ne parle pas ; Il est devenu adulte, Il a parlé, Il a donné son message, Il nous l’a transmis et c’est à nous maintenant par nos pensées, par nos paroles, par nos actes à témoigner de Lui.
Si, en sortant de cette église, nous continuons à juger l’autre, à le traiter « d’imbécile » comme nous le dit l’Évangile, ou bien d’autres choses encore, nous condamnons l’Enfant de la crèche au silence parce qu’Il ne parlera pas à travers nous.
Alors oui, aujourd’hui, nous sommes dans la joie, mais une joie responsable. Bien sûr, nous sommes libres, à chacun d’entre-nous de savoir ce qu’il veut faire de la naissance de Dieu parmi nous et de sa naissance à la vie de Dieu.

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Dimanche 11 décembre 2016
3ème Dimanche de l’Avent, de Gaudete

[1ère lecture : Lecture du livre du prophète Isaïe (Is 35, 1-6a.10) – Psaume : Ps 145 (146), 7, 8, 9ab.10a – 2ème lecture : lettre de saint Jacques (Jc 5, 7-10) – Évangile selon saint Matthieu (Mt 11, 2-11)]

Comme tous les deuxièmes dimanches du mois, nous voici réunis pour cette messe célébrée et expliquée. En effet, comme le disait un auteur ancien, la messe est une forêt de symboles et parfois nous marchons comme des aveugles. C’est pourquoi, dès le début, je vous ai expliqué pourquoi, aujourd’hui, ce rose de ma chasuble : il témoigne de cette joie qui monte avant Noël, comme la couleur de l’aurore. D’autres mystiques aussi ont vu dans le rose le mélange du rouge désignant l’amour divin, mais aussi le blanc désignant la sagesse divine, l’ensemble donnant le rose. Inutile de vous dire qu’en revêtant tout à l’heure cette chasuble, je me suis senti pour le moins écrasé : porter l’amour divin et la sagesse divine comme un vêtement, en espérant qu’un jour elle pénètre mon cœur.
Mais aujourd’hui, nous sommes le troisième dimanche de l’Avent et peut-être que certains d’entre vous ont mis chez eux des couronnes d’Avent avec des bougies. J’ai interrogé nombre de jeunes cette semaine en leur demandant : « Alors, avez-vous une couronne d’Avent ? » Certains m’ont répondu : « Oui », et j’ai répondu : « Et alors, les bougies, cela sert à quoi ?
Cela éclaire, cela montre qu’on est le premier, le deuxième, le troisième dimanche de l’Avent… »
C’est beaucoup plus que cela.
Tout à l’heure, en retournant chez vous, pour ceux qui ont une couronne d’Avent, regardez la première bougie, elle est le symbole du pardon de Dieu donné à Adam et Eve. Regardez la deuxième bougie, elle désigne la foi des patriarches, la troisième quant à elle représente la joie, la joie de David qui fait alliance avec Dieu. Enfin, la quatrième désigne l’enseignement des prophètes.
Ainsi, vous le voyez, une simple couronne avec quatre bougies nous plonge dans l’histoire du salut, tout comme chacun d’entre-nous, tout au long de l’année liturgique, est plongé dans l’histoire du salut. Avons-nous conscience que nous sommes les descendants d’Adam et Eve, des prophètes, des patriarches, des apôtres, des premiers chrétiens qui ont tout donné pour le Seigneur et qui parfois ont donné jusqu’à leur vie, tout comme des chrétiens, aujourd’hui, le font dans nombre de pays. Alors, je vous repose la question que j’avais posée au début : avez-vous essayé de vivre l’Avent de manière différente, pas comme l’année dernière ? Chaque Avent est unique, chaque Avent est une aventure personnelle dans cet accueil de Dieu qui va venir, parce que, si nous reproduisons d’années en années les mêmes choses, nous nous habituons, nous ne savons plus nous émerveiller, nous sommes alors des aveugles, des sourds, des boiteux, des lépreux, avec cependant une chose terrible : nous ne le savons pas.
Le Christ, dans cet Évangile, poursuivant la première lecture, nous annonce qu’Il redonne la vue aux aveugles, qu’Il permet aux sourds d’entendre, qu’Il permet aux boiteux de marcher et aux lépreux d’être purifiés.
C’est de nous qu’il s’agit, nous sommes aveugles quand nous ne savons pas voir Dieu agir dans nos vies, quand nous ne voyons pas Dieu présent autour de nous qui se montre de multiples manières. Nous allons tellement vite, nous faisons tellement de choses que nous avons du mal à voir son action au fil de notre existence. Est-ce que l’Avent ne serait pas le moment de prendre une pause – il reste encore quelques jours – pour regarder cette action de Dieu dans nos vies ? Cette action qui vous a conduit ici aujourd’hui à poursuivre votre démarche de foi et qui va vous entraîner encore plus loin, si vous le demandez et si vous le souhaitez.
Les boiteux marchent. Qu’est-ce qu’un boiteux ? Un boiteux, c’est celui qui dit et qui ne fait pas, c’est celui qui dit aimer Dieu et qui n’aime pas les autres, c’est celui qui dit : « Je souhaite suivre le Christ » et qui ne vit pas comme le Christ le demande. Un boiteux, c’est un être en pleine contradiction, qui ne fait pas l’unité de son être. Or nous sommes appelés à faire l’unité de notre être. Maurice Zundel nous disait : « Ne parle que si l’on t’interroge, mais vis de manière à ce que l’on t’interroge ». Notre vie doit montrer que nous sommes différents.
Les sourds entendent. Oui, entendre c’est lire la Parole de Dieu, non pas comme un texte extérieur, mais comme une vérité gravée au plus profond de notre cœur. Entendre la Parole de Dieu, ce n’est pas la comprendre avec le mental, c’est la vivre avec le cœur. C’est pourquoi je vous encourage, de temps en temps, même si l’exercice va vous paraître curieux, de lire la Parole de Dieu avec la main droite sur le cœur. Il est étonnant de voir que des chercheurs, des neurologues, nous disent que, dans notre cerveau, se passent des choses incroyables quand nous avons la main droite sur le cœur. Pour moi, c’est tout simple : Dieu est là, présent. Sa parole est gravée en moi, et mettre la main sur son cœur, c’est désirer aller au-delà des apparences, au-delà du raisonnement, au plus profond de notre être.
Les lépreux sont purifiés, et nous sommes lépreux. Nous sommes lépreux parce que nous sommes pécheurs. Je le disais jeudi dernier, ici même, lors de la fête de l’Immaculée Conception, parler de l’Immaculée Conception pour un être humain est une tâche impossible parce que nous sommes pécheurs. Le Christ nous purifie de notre péché. Alors, n’hésitez pas, avant Noël, à vous débarrasser de ce qui vous oppresse, à vous débarrasser des manques d’amour que nous avons pu commettre les uns les autres, envers les uns les autres : manques d’amour de Dieu, manques d’amour de l’autre, manques d’amour de soi, et nous sommes appelés à nous aimer parce que nous sommes des êtres à l’image de Dieu et que la loi de Dieu est dans notre cœur.
Enfin les morts ressuscitent. Oui, et ici même, nous sommes une assemblée de ressuscités, ressuscités par le baptême qui fait de nous des êtres nouveaux. La résurrection n’est pas seulement à venir, elle s’opère dès maintenant, et un être ressuscité, c’est un être lumineux, lumineux dans son cœur qui émane cette lumière.
Alors oui, demandons-le plus que jamais au Seigneur : qu’Il nous aide dans ce chemin qui est le nôtre, parsemé de surprises, ces surprises de Dieu.
Amen.

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Jeudi 8 décembre 2016

Immaculée Conception de la Vierge Marie

[1ère lecture : Lecture du livre de la Genèse (Gn 3, 9-15.20) – Psaume : Ps 97 (98), 1, 2-3ab, 3cd-4 – 2ème lecture : lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens (Ep 1, 3-6.11-12) – Évangile selon saint Luc (Lc 1, 26-38)]

Parler de l’Immaculée Conception pour un être humain quel qu’il soit, c’est comme demander à un aveugle de parler de la vue, à un sourd de parler de l’audition, à quelqu’un qui est malade depuis sa naissance de parler de la bonne santé.
Oui, je crois qu’il nous faut avoir l’humilité de reconnaître que, si aujourd’hui nous nous réjouissons pour Marie à travers de cette fête de l’Immaculé Conception, il nous faut bien reconnaître que cela nous est étranger parce que nous sommes pécheurs. Le texte qui a été lu en premier, ce texte de la Genèse, en ce jour de fête, marque notre malheur. Nous avons choisi de refuser Dieu et nous le payons chaque jour, à travers le péché, à travers ce mal que nous faisons alors que nous aimerions faire le bien, à travers ce bien que nous ne faisons pas, alors que nous sommes appelés à le faire.
Marie a échappé à tout cela. Marie a eu la grâce du Seigneur d’être exemptée de ce péché qui est une séparation avec Dieu Lui-même. Alors oui, nous nous réjouissons pour elle même si nous comprenons mal ce que cela peut signifier.
Mais justement, comment ne pas rester spectateur de quelque chose que nous ne comprenons pas ? L’oraison du début de la célébration nous donne la clé : oui, Marie a été préparée par le Seigneur pour recevoir en elle le Christ et pour cela, il fallait qu’elle soit immaculée. Elle l’a été.
Aujourd’hui, nous dit l’Oraison, nous demandons à Marie d’intercéder pour nous, pour qu’avec l’aide de Dieu, nous puissions guérir du péché et nous préparer nous aussi à accueillir, avec un cœur pur, la présence de Dieu. L’immaculée conception de la Vierge Marie éclaire notre péché d’une lumière terrible, nous invite à cette humilité. Depuis hier, plus que jamais, je ne cesse de dire cette parole des pères du désert : « Seigneur Jésus, Fils de Dieu, prend pitié de moi pécheur ». C’est notre prière. Mais justement, Dieu a eu pitié, Il n’a pas voulu que nous restions dans cet état de péché. Et c’est pourquoi Il a préparé Marie qui aujourd’hui intercède pour nous. Marie qui a tout compris, qui a dit à l’ange : « Voici la servante du Seigneur, que tout m’advienne selon ta parole ». Elle a entendu cet ange qui lui a dit, qui nous dit aujourd’hui, rien n’est impossible à Dieu.
Alors oui, même si nous sommes pécheurs, Dieu peut nous guérir. Dieu va nous guérir. Mais pour cela, il faut que nous en ayons le désir et que tout au long de la journée chacune de nos pensées, chacune de nos paroles, chacun de nos actes soit une supplication auprès de Dieu : « Guéris-moi, guéris-moi, guéris-moi ». Marie, dans ce chemin chaotique qui est le nôtre, a un rôle irremplaçable : elle intercède pour nous auprès de son Fils, sans cesse. Mieux que cela, elle est celle que la Genèse annonce comme terrassant ce dragon en l’écrasant du talon. Oui, Marie écrase le mal, Marie écrase le démon, Marie écrase le diviseur, et pour cela nous sommes appelés certainement, comme Padre Pio, à la prier tout au long du jour, à la supplier d’intercéder pour nous.
Alors oui, aujourd’hui, nous nous réjouissons de ce plan divin qui a préparé Marie à accueillir dans son sein immaculé la présence du Christ. Nous sommes tristes d’être pécheurs, mais nous sommes des pécheurs, non pas voués au désespoir, mais plein d’espérance en la Miséricorde de Dieu.
La Miséricorde de Dieu ne connaît pas de limite. Alors aujourd’hui, persuadés que rien n’est impossible à Dieu, demandons-Lui de purifier notre cœur, demandons-Lui de nous aider à faire le bien, de fuir le mal, demandons-Lui de permettre cette chose incroyable que Maurice Zundel, ce mystique du XXe siècle, écrivait : « Seigneur, fais de mon cœur le berceau de Dieu. »

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Dimanche 4 décembre 2016
2ème dimanche de l’Avent

[1ère lecture : Lecture du livre du prophète Isaïe (Is 11, 1-10) – Psaume : Ps 71 (72), 1-2, 7-8, 12-13, 17 – 2ème lecture : lettre de saint Paul apôtre aux Romains (Rm 15, 4-9) – Évangile selon saint Matthieu (Mt 3, 1-12)]

Je vous l’ai souvent dit, et je le répète, préparer une homélie pour un prêtre est un exercice difficile. Tout d’abord parce qu’il ne faut pas qu’il s’imagine qu’il est celui qui sait et qu’il va s’adresser à ceux et celles qui ne savent pas. Non, le prêtre est comme chacun d’entre vous, il chemine, il avance.
De plus, je suis de plus en plus persuadé qu’une homélie n’est pas un exercice intellectuel, ce n’est pas un cours, ce n’est pas un enseignement au sens théologique du terme. Une homélie, à mes yeux, doit être un aiguillon qui pique et qui dérange comme la Parole de Dieu. Je ne vous cache pas que cette semaine, en lisant les textes d’aujourd’hui, j’étais perplexe en me disant : « Mais la plupart d’entre-nous connaissent ces textes ! ». Ce magnifique texte d’Isaïe dont on rêve tous : un monde sans violence, un monde sans guerre, un monde sans peur. Cette parole forte de Jean le Baptiste que nous entendons mais que nous n’écoutons peut-être pas. Jusqu’à hier soir avant de m’endormir, je me disais : « Mais qu’est-ce que je vais pouvoir dire demain ? ». Alors, Dieu est venu au secours de son pauvre serviteur et cette nuit, comme le curé de Cucugnan, j’ai fait un rêve, et devinez de qui j’ai rêvé ? Des Rois mages. Oui, des Rois mages. Parce que les Rois mages, finalement, nous allons y porter notre attention à leur arrivée, lors de l’Épiphanie. A ce moment-là, nous allons les mettre dans nos crèches et les regarder. Mais il s’agit de l’arrivée. Ce qui nous touche profondément, en cette période d’Avent, c’est leur départ, c’est leur mise en marche, dont nous ne parlons jamais. Nous les voyons arriver, offrir l’or, l’encens, la myrrhe, cette reconnaissance universelle de Jésus, mais ce qui me frappe en cette période d’Avent, c’est qu’ils se sont mis en marche en observant le ciel.
Ces hommes, ces rois, ces mages ont su lire ce que les Pères de l’Église appellent le livre de la nature, qui nous enseigne sur Dieu. Je les ai vus, cette nuit dans mes rêves, parlant avec ceux qui les entouraient et, d’un seul coup, observant le ciel, constater qu’une nouvelle étoile s’y trouvait. Événement suffisamment important, pour qu’elle les bouleverse et qu’ils s’arrachent à leurs habitudes, qu’ils quittent leur pays et qu’ils se mettent en marche. Je ne sais pas si nous réalisons ce que cela peut représenter à nous, qui deux mille ans plus tard, allons fêter Noël dans la joie certes, mais avec un brin de « déjà vu » et d’habitude. Nous passons certainement plus de temps à organiser les veillées de Noël, à préparer le dîner du soir de Noël ou du jour de Noël, à savoir qui nous allons inviter, à aller acheter des cadeaux, qu’à regarder le ciel et à désirer nous mettre en marche.
Tout semble balisé pour nous, pour Noël, tout ! Les horaires, la manière dont nous allons procéder, quelle place pour l’inattendu ? Quelle place pour la surprise ? Et pourtant, nous le savons, l’attente d’un enfant est une surprise : Comment va-t-il être ? Quel sera son premier regard, ses premiers gestes ? Alors, attendons-nous le Christ comme nous attendons une naissance ? Est-ce que nous avons envie de faire comme les mages : de nous arracher à nos habitudes, de nous arracher à cette routine qui tue, à comprendre que Noël n’est pas un événement extérieur et que nous n’allons pas bêtifier devant la crèche, mais qu’elle est le signe visible de la naissance de Dieu au sein même de l’humanité, en chacun d’entre-nous ? Allons-nous faire comme les Rois mages qui se mettent en marche vers l’inconnu, en ne sachant pas combien de temps durera leur voyage et vers où il les conduira ? Allons-nous faire comme les Rois mages : partir légers, nous désencombrer de ce qui nous encombre, nous désencombrer de ce qui obstrue nos cœurs et qui empêche à Dieu d’y prendre toute sa place ? Allons-nous faire comme les Rois mages, attentifs aux signes du ciel, attentifs aux rencontres que nous allons faire et qui vont peut-être bousculer ce que nous avons prévu pour Noël ?
Alors, certes, il n’est peut-être pas besoin de partir, de se mettre en route, et nous pouvons faire comme Amma Synclétique, une Mère du désert, à qui un gouverneur demandait : « Mais pourquoi n’avez-vous pas bougé de votre cellule depuis trente ans ? », et elle lui répondit : « Mais, je suis sans cesse en voyage, sans cesse en marche dans cette quête intérieure de Dieu ».
Alors oui, en me réveillant ce matin, j’étais bouleversé d’avoir rêvé des Rois mages, et depuis je suis avec eux. Je les imagine sur leurs chameaux, sur leurs chevaux – on n’en sait rien et peu importe – à pieds, partant suivant cette étoile, levant les yeux, alors que nous souvent nous les baissons, écrasés par le quotidien ou trop occupés à faire, à préparer.
Oui, la foi demande autre chose, et l’Avent est cette période où nous pouvons bousculer nos habitudes comme les Rois mages.
A chacun d’entre-nous de choisir : Allons-nous fêter Noël de manière statique et immobile, ou alors allons-nous le célébrer en mouvement ?
Chacun d’entre-nous pourra répondre dès la sortie de cette église : suis-je un chrétien en marche ou un chrétien immobile ?
Les Rois mages nous montrent le ciel, ne ratons pas l’étoile.

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Dimanche 27 novembre 2016
1er dimanche de l’Avent

[1ère lecture : Lecture du livre du prophète Isaïe (Is 2, 1-5) – Psaume : Ps 121 (122), 1-2, 3-4ab, 4cd-5, 6-7, 8-9 – 2ème lecture : lettre de saint Paul apôtre aux Romains (Rm 13, 11-14a) – Évangile selon saint Matthieu (Mt 24, 37-44)]

Je vous l’avais annoncé dimanche dernier, le thème des homélies de l’Avent que j’ai choisi, comme fil directeur tout au long des dimanches, est une phrase d’Angelus Silesius, mystique chrétien du XVIIe siècle : « Le Christ serait né mille fois à Bethléem, s’il ne naît pas dans ton cœur, cela ne sert à rien ». En effet, le soir de Noël, nous n’allons pas seulement contempler l’Enfant-Jésus dans la crèche, mais nous allons rendre gloire à Dieu de cette naissance de Dieu en nous.
Cette présence de Dieu en nous est omniprésente dans la spiritualité chrétienne et en Luc (chapitre XVII, verset 21), malheureusement, souvent mal traduit dans la Bible, le Christ dit : « Le Royaume de Dieu est en toi ». Les bibles ont traduit pour la plupart : « est parmi vous » car le mot grec « entos » veut dire à la fois « en » et « parmi », mais l’option – entre guillemets – « idéologique » qui a été prise, a été de dire, que dire que « le Royaume de Dieu est en nous » est une vision trop personnelle et qu’il vaut mieux traduire « parmi nous ». En fait, aucun Père de l’Église, aucun mystique chrétien, jusqu’à récemment André Louf, n’a traduit « parmi » mais « en lui ». Oui, du plus jeune âge jusqu’au plus âgé parmi nous, Dieu est en nous.
Il nous faut en prendre conscience, et la première piste que j’ai choisie aujourd’hui nous est donnée à la fois par saint Paul et par le Christ lui-même : « L’heure est déjà venue de sortir de votre sommeil ». Je suis sûr que même les scouts ici présents vont dire : « Mais qu’est ce que cela veut dire ? Nous ne sommes pas endormis en ce moment. Nous sommes debout. Nous sommes venus ici. Nous nous sommes habillés. Nous allons vivre une belle journée ». De même pour nous, adultes. Alors que veut dire saint Paul lorsqu’il s’adresse à nous : « L’heure est déjà venue de sortir de votre sommeil » ?
Tout simplement, qu’avec le temps, nous pouvons vivre notre vie en « dormant debout ». L’image que j’ai trouvée, qui parle peut-être à certains d’entre-nous, est celle de la Caverne de Platon, où des hommes voient des ombres sur le fond de la caverne et pensent que c’est la réalité, alors qu’il faut se retourner pour voir la lumière. Nous, adultes, et même les plus jeunes, nous faisons tellement de choses en une journée, que nous les faisons automatiquement, on dit en méditation : « en pilote automatique », sans prendre conscience de nos gestes. Ainsi en est-il aussi parfois de notre prière, nous disons un Notre Père, un Je vous salue Marie, nous allons à la messe, nous sommes devant le Saint-Sacrement à l’Adoration, et nous pensons à autre chose, nous ne sommes pas là. Nous vivons notre vie, mais en fait, nous n’avons plus conscience de la réalité. Des choses qui devraient nous choquer ne nous choquent plus. Nous disons que le monde est violent, mais est-ce que cette violence nous fait souffrir ? Nous déplorons que des êtres humains meurent de faim toutes les trois secondes, ou toutes les deux heures en Méditerranée, mais ce sont des statistiques. Est-ce que notre cœur est blessé ? Nous voyons des crucifix avec un Christ en croix, mais oui, c’est Jésus, Il a été crucifié, est-ce que de voir l’amour crucifié nous fait mal ? Nous voyons des SDF dans la rue, ils sont nombreux dans le froid, parfois nous détournons même les yeux, il y en a tellement que cela nous donne mauvaise conscience. Pourtant, ce sont des êtres humains, comme nous !
Alors oui, saint Paul nous invite à nous réveiller et à prendre conscience que nous sommes acteurs dans la construction du Royaume des Cieux. A chaque fois que nous ne sommes plus crucifiés intérieurement par l’injustice, par la tristesse des autres, c’est que nous nous sommes endormis, que nous sommes anesthésiés et que nous ne voyons plus Jésus-Christ qui est la Vérité. D’ailleurs le mot « vérité » est un mot extraordinaire, dont nous avons parfois oublié le sens. Nous pensons que la vérité c’est un « paquet » tout fait qu’il nous faut prendre et admettre. En grec, le mot « vérité » vient du mot « aletheia », qui signifie sortir de la léthargie. Oui, et c’est mon dernier exemple, nous pouvons même vivre avec des gens, des personnes à côté de nous, et ne plus leur dire : « Je t’aime », ne plus être émerveillés de leur présence, être habitués.
Alors, aujourd’hui, en ce début d’Avent, saint Paul nous invite à nous réveiller. La cloche qui sonne en ce moment est là aussi pour nous réveiller. Elle ne nous dit pas qu’il est onze heures, ça c’est une vision horizontale. La cloche est la voix de Dieu qui nous dit : « Je suis là et Je t’aime ». Est-ce que, lorsque nous entendons une cloche, nous nous arrêtons touchés par ce « Je t’aime » de Dieu qui attend notre : « Je t’aime » en retour ?
Alors oui, il est capital de vivre l’Avent et toute l’année liturgique en êtres éveillés ; et pour cela nous devons rester debout intérieurement et avoir en tête cet avertissement de l’Évangile : « C’est à l’heure où vous ne vous y attendez pas que le Christ viendra ». Mais la question primordiale : est-ce que nous attendons la venue du Christ ? Est-ce que nous espérons que le Christ sera là dans une minute ? Est-ce que nous prions de tout notre cœur pour qu’Il vienne ? Ou est-ce que nous nous préparons à vivre une nouvelle année liturgique scandée par des grandes fêtes à préparer ?
Je redis ce que j’ai dit il y a quelques années. J’espère du plus profond de mon cœur que cette année liturgique qui s’ouvre sera la dernière – et là, j’espère que vous êtes choqués ! – J’espère qu’elle sera la dernière parce que j’espère de tout mon cœur que le Christ va venir, qu’Il va changer le monde, qu’Il va se révéler pleinement, que l’injustice n’aura plus cours et que le Royaume de Dieu va triompher, que ce Malin, dont nous avons parler en bénissant l’eau et le sel, soit chassé une fois pour toutes, que les hommes ne s’entre-tuent plus, qu’ils ne se fassent plus la guerre, que les familles ne soient plus divisées, ni notre Église, ni nos communautés. Oui, je l’espère de tout mon cœur. J’espère que cette année liturgique sera la dernière. Tout à l’heure nous allons dire : « Que ton Règne vienne », pas dans cent ans, pas dans vingt ans, pas dans mille ans, maintenant. Mais ce règne peut venir par nous, déjà, par nous, si à chaque instant nous sommes témoins de l’amour de Dieu. Lorsque nous avons une parole maladroite, lorsque nous disons, comme nous le dit le Christ : « imbécile » à un de nos frères, lorsque nous le jugeons, lorsque nous le méprisons, que se passe-t-il si le Christ arrive dans les minutes ? Notre âme sera-t-elle prête à être accueillie par Lui ? Peut-être pas. Il faut qu’à chaque instant, notre âme soit prête. Pour cela il nous faut faire ce que font les anciens : mettre une garde à nos lèvres et une garde à nos pensées, savoir ne pas dire de mal, ne pas penser de mal, savoir ne pas émettre de jugement, n’avoir pas de pensées de jugement, savoir dire à l’autre qu’on l’aime et ne pas avoir de pensées de haine et de division.
C’est une discipline de chaque instant. Sans l’aide de Dieu, c’est impossible. Je nous invite donc à demander à Dieu de nous éveiller à chaque instant, afin que nous puissions parler comme le Christ, regarder comme le Christ, écouter comme le Christ, relever par mes paroles et mes actes l’autre comme le Christ. Pour cela, il nous faut ouvrir notre cœur. Ouvrons notre cœur, préparons-le à cette venue du Règne de Dieu.
Le pape François a souhaité que l’année de la Miséricorde continue, qu’elle ne soit pas close et ainsi il a donné au pauvre missionnaire de la Miséricorde que je suis de continuer sa mission, d’avoir les mêmes pouvoirs de confession.
Oui, sachons demander pardon à Dieu du mal que nous faisons. Demandons-Lui de nous aider à faire le bien. Alors, à chaque minute, nous serons prêts.
Amen.

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